Le Crocodile (Gérard Oury)
Posté le 2008-12-15 16:00:06

Six mois ont passé depuis le triomphe en salles des Aventures de Rabbi Jacob lorsque Gérard Oury propose un nouveau film à Louis de Funès, provisoirement intitulé La Baraka. Le 26 mars 1974, lors d’un dîner chez Lipp, il raconte à son acteur fétiche, ainsi qu’à son épouse et à Michèle Morgan, les aventures du colonel Crochet, dictateur d’un pays imaginaire.

«Déconfiture économique, privation des libertés, la révolte gronde et façon Somoza au Nicaragua ou shah d’Iran, les Américains larguent un président à vie politiquement mort. «Baby-Crochet» trahit son papa et passe à la gauche révolutionnaire, tandis que Madame Crochet fomente une insurrection car elle couche avec le chef de la police et veut l’installer à la place de son mari. «Alors ?» demande Louis ? Il m’écoute, fourchette en l’air. Jeanne et Michèle aussi. Leurs choucroutes refroidissent dans les assiettes. Je continue : «Alors pour renverser la situation, Louis, tu organises contre toi-même une série de faux attentats, ignorant que de vrais attentats ont été préparés et tu passes au travers des vrais en croyant qu’ils sont faux : bombes, fusils à lunettes, grenades, tout vole en éclats, tout s’effondre autour de toi. Une maison s’écroule : «C’est une fausse explosion !» glisses-tu à ta femme, épatée par tant d’héroïsme. (…) Donc, elle te dégomme, faisant de son amant le nouveau maître du pays. Tous deux te jettent en prison, espérant que tu vas te faire massacrer par ceux qui s’y trouvent : c’est toi qui les y a fourrés. Mais Crochet est une ordure intelligente. Il retourne sa veste et ses ex-adversaires, s’appuie sur eux, s’évade et avec leur aide rétablit une dictature en tout point semblable à celle qu’il exerçait une semaine auparavant. À ceci près : le drapeau a changé de couleur !»

Pour le rôle de Mme Crochet, Oury pense à la cantatrice Régine Crespin, tandis que Charles Gérard et Aldo Maccione (déjà partenaires dans L’aventure, c’est l’aventure de Claude Lelouch) complèteraient la distribution. de Funès est enthousiaste. Le réalisateur se met à écrire le scénario avec sa fille Danièle Thompson, et part faire des repérages en Grèce, où la dictature des colonels vient de disparaître.

Le tournage du Crocodile est prévu à partir du 14 mai 1975 mais le 21 mars, Louis de Funès est victime d’une crise cardiaque. Les médecins sont formels : il doit ralentir son rythme et ne plus faire d’efforts. Le 11 avril, une pré-affiche du film fait la couverture du «Film Français», donnant ainsi l’impression que le projet suit son cours. Mais il n’en est rien. Louis de Funès ne reprendra le chemin des studios qu’en 1976, grâce à l’obstination du producteur Christian Fechner, qui lui fera tourner L’Aile ou la Cuisse, contre l’avis des assurances, et en lui confiant un rôle beaucoup plus reposant que celui du colonel Crochet.

Quatre ans plus tard, Gérard Oury fait la connaissance de Peter Sellers et lui parle du Crocodile. Le génial interprète de l’inspecteur Clouseau est partant pour faire le film. Jim Moloney, qui vient d’écrire pour l’acteur Le Complot Diabolique du Dr Fu-Manchu, travaille avec Oury sur la version américaine. Mais le 24 juillet 1980, Peter Sellers succombe à une attaque cardiaque. «Ça fait quand même un peu beaucoup !» déplore le réalisateur. «Superstitieuse, Danièle se bute : «Jamais deux sans trois, la prochaine fois ce sera toi, je ne veux pas que tu fasses ce film». Il est des moments où il faut écouter ses enfants».

Philippe Lombard

[Sources : «Le Film Français» n° 1575, «Mémoires d’Eléphant» de Gérard Oury (Olivier Orban, 1988)]

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