Le Deuxième Souffle (version 64)
Posté le 2008-12-05 18:05:38

Le 16 octobre 1964, «Le Film Français» publie en couverture la photo d’un portemanteaux où sont accrochés un chapeau et un holster contenant un pistolet, le tout accompagné de cette phrase extraordinaire : «Le film policier français le plus important de tous les temps sera réalisé par Jean-Pierre Melville». Il s’agit de l’adaptation d’un roman de José Giovanni, Le Deuxième Souffle, l’histoire vraie de Gu, un truand qu’il a connu en prison.

Melville engage Serge Reggiani, qu’il avait dirigé dans Le Doulos, pour incarner Gu face à Lino Ventura, le policier. Le reste de la distribution est prestigieux : Simone Signoret, Roger Hanin, Georges Marchal, Raymond Pellegrin et Pierre Clémenti.

Mais l’annonce faite dans «Le Film Français» met José Giovanni en colère. Ni son nom, ni le titre de son roman ne sont mentionnés. Déjà échaudé par la virilité de façade de Melville, qui s’invente des relations avec le Milieu, il lui annonce que le film ne se fera pas. «Je sais très bien qu’une autre possibilité de traiter le film ailleurs sera moins talentueuse, mais je m’en contrefous. Tout sauf ce jésuite», écrit-il dans ses mémoires.

Giovanni signe avec d’autres. Le réalisateur Denys de la Patellière (Un taxi pour Tobrouk, Le Tatoué) et le scénariste Pascal Jardin (La Horse, Le Train) travaillent à l’adaptation. Jean Gabin sera Gu et Ventura gardera le personnage du policier. De la Patellière propose à Pierre Clémenti de conserver son rôle, mais il refuse.

Jean-Pierre Melville fait bloquer la production par le biais du CNC, arguant du fait que des accords le liaient à Giovanni. L’affaire traîne en longueur et en 1966, Le Deuxième Souffle revient entre les mains de Melville. Mais Giovanni n’accepte de signer qu’à la condition d’approuver le casting. Le cinéaste au chapeau voit Tino Rossi dans le rôle de Paul Ricci, un gangster qui monte l’attaque d’un fourgon. «Je n’accepte que Raymond Pellegrin». Gu est maintenant prévu pour Paul Meurisse (Les Diaboliques, la série des Monocle), alors que le scénariste voit ce dernier dans le rôle du policier et Ventura dans celui du gangster. Melville finit par accepter et Le Deuxième Souffle se tourne à partir de février 1966.

Philippe Lombard

[Sources : «Le Cinéma selon Jean-Pierre Melville» de Rui Nogueira (Seghers, 1973), «Mes Grandes Gueules» de José Giovanni (Fayard, 2002)]

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