Sergio Leone à la poursuite de Lee Van Cleef
Posté le 2008-12-01 05:54:14

Pour son deuxième western, Et pour quelques dollars de plus en 1965, Sergio Leone envisage de réunir Clint Eastwood, Gian Maria Volonte et Lee Marvin. Mais ce dernier, prévu pour le rôle du Colonel Mortimer, se désiste trois jours avant le tournage, préférant rejoindre Elliot Silverstein sur Cat Ballou (qui lui vaudra un Oscar). Leone doit donc trouver un remplaçant d’urgence…

«J’étais affolé. Je pris l’avion pour Hollywood. Pendant les onze heures de vol, je feuillette l’Academy players qui contient les photos de tous les comédiens américains. Et je m’arrête sur le visage de Lee Van Cleef. Je me souvenais de lui dans Bravados d’Henry King et surtout dans Le train sifflera trois fois de Zinnemann. Là, c’était une photo très ancienne. Il ressemblait à un garçon coiffeur du sud de l’Italie. Mais il avait aussi le nez d’aigle et les yeux de Van Gogh. J’ignorais à quoi il ressemblait à présent.

En arrivant à l’aéroport, je demande qu’on le recherche. Personne ne sait ce qu’il est devenu. Au bout de deux jours d’enquête, son ancien agent me confie que Van Cleef a passé trois ans dans un hôpital. Un soir qu’il était saoûl, il avait fait une chute. Tous les os du corps avaient été fracturés. Ensuite, il s’était fait désintoxiquer. Il avait abandonné le cinéma pour se consacrer à la peinture. Il en vivait très mal. Il connaissait la plus noire des misères. Je demande à l’agent de me le faire rencontrer au plus vite. Je devais repartir le lendemain.

Quelques heures avant que je reprenne l’avion, il est venu avec son agent. Ils m’attendaient dans le hall de l’hôtel. Je l’ai vu quand je descendais les escaliers. Il portait un vieux manteau très sale. Il avait les cheveux courts, gris et blancs. C’était l’incarnation exacte de mon personnage. J’ai pris mon assistant à part : «Fais son contrat tout de suite. Avant que je ne lui parle. Si je discute avec lui et que je le trouve idiot, je ne le prendrai pas. Et si je ne le prends pas, je ferai une erreur».

Le contrat fut signé aussitôt : quinze mille dollars pour tout le film. Et nous l’avons emmené à l’aéroport. J’ai constaté qu’il était loin d’être bête. C’était un homme sensible et intelligent. Et puis, il m’a dit en souriant : «C’est shakespearien !» À midi, nous étions à Rome. À treize heures, nous arrivions à Cinecittà. À quatorze heures, quinze, je tournais le premier plan».

Philippe Lombard

[Sources : «Conversation avec Sergio Leone» de Noël Simsolo (Stock, 1987)]

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