Le “Dune” de Jodorowsky
Posté le 2008-11-11 03:29:58

Publié en 1965, le roman de science-fiction de Frank Herbert intéresse tout d’abord le producteur de La Planète des Singes, Arthur P. Jacobs, qui en achète les droits en 1972. Mais il disparaît l’année suivante. En 1975, le cinéaste d’origine chilienne Alejandro Jodorowsky (El Topo, La Montagne Sacrée) découvre le livre à New York et contacte aussitôt le distributeur Michel Seydoux à Paris pour le convaincre d’en produire une adaptation.

Jodorowsky n’a pas en tête de réaliser une adaptation fidèle. «Je ne voulais pas respecter le roman, je voulais le recréer. (…) Dans le film, le Duc Leto (père de Paul) serait un homme châtré dans un combat rituel dans les arènes pendant une corrida de toros. Jessica - nonne du Bene Gesserit -, envoyée comme concubine chez le duc pour créer une fille qui serait la mère d'un Messie, devient tellement amoureuse de Leto qu'elle décide de sauter un maillon de la chaîne et de créer un fils, le Kwisatz Haderach, le sauveur. En utilisant ses pouvoirs de Bene Gesserit - une fois que le duc, amoureux fou d'elle, lui confie son triste secret - Jessica se fait inséminer par une goutte de sang de cet homme stérile... La caméra suivait (dans le script) la goutte rouge par les ovaires de la femme et assistait à sa rencontre avec l'ovule où, par une explosion miraculeuse, elle l'inséminait. Paul était né d'une vierge ; et non du sperme de son père mais de son sang...».

Il contacte le dessinateur Jean Giraud, alias Moebius, et lui demande de partir avec lui aux Etats-Unis pour rencontrer Douglas Trumbull, spécialiste américain des effets spéciaux (2001 l’Odyssée de l’Espace, Star Trek). Moebius va réaliser près de trois mille dessins, constituant ainsi un véritable story-board du film. Jodorowsky fait ensuite appel à Christopher Foss, dessinateur anglais de couvertures de romans de SF, pour concevoir les vaisseaux spatiaux. «Il a pu réaliser des machines semi-vivantes qui pouvaient se métamorphoser avec la couleur des pierres de l'espace...». C’est enfin vers l’artiste suisse H.R. Giger (pas encore révélé par Alien) que Jodorowsky se tourne. «Son art décadent, malade, suicidaire, génial, était parfait pour réaliser la planète Harkonnen... Il a fait un projet de château et de planète qui touchait vraiment à l'horreur métaphysique». L’auteur d’El Topo ne s’entend finalement pas avec Douglas Trumbull et le remplace par Dan O’Bannon (Dark Star, Alien).

Tout se met en place, Jodorowsky pense tourner dans le désert du Sahara, avec l’accord des autorités algériennes. Il obtient du groupe Pink Floyd qu’il compose la musique du film (l’album Dune est prévu pour sortir en deux disques). Le casting commence aussi à prendre forme. David Carradine (Kung Fu, Kill Bill) est intéressé par le rôle de Leto, Charlotte Rampling (Zardoz) refuse celui de Jessica. Pour l’Empereur, Jodorowsky veut Salvador Dali.

«Dans ma version de Dune, l'Empereur de la galaxie est fou. Il vit sur une planète artificielle d'or, dans un palais d'or construit selon les non-lois d'une anti-logique. Il vit en symbiose avec un robot identique à lui. La ressemblance est si parfaite que les citoyens ne savent jamais s'ils sont en face de l'homme ou de la machine...». Jodorowsky et Seydoux rencontrent Dali à New York. Le peintre accepte de tourner sept jours, moyennant 100 000 dollars de l’heure, et à la condition que l’Empereur utilise un «trône scatologique» (composé de deux dauphins entrecroisés, par lesquels sortent séparément l’urine et les excréments). Les tractations sont rudes. Après plusieurs semaines de négociations, Jodorowsky réduit son rôle à une page et demi de script, qui pourra être tournée en une heure, et demande l’autorisation à Dali de confectionner une poupée en polyéthylène, qui sera son double-robot dans le film.

Fin 1975, le projet Dune est abandonné, car les fonds américains ne suivent pas. «Le projet fut saboté à Hollywood. Il était français et non américain. Son message n'était pas ‘assez Hollywood’».

Philippe Lombard

[Sources : «Métal Hurlant» n°107, «The Greatest Sci-Fi Movies Never Made» de David Hughes (Titan Books, 2001)]

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