Petit Papa Baston (1994)
Posté le 2008-10-20 18:18:55

Après neuf ans de séparation, Terence Hill, 55 ans, et Bud Spencer, 65 ans, se retrouvent enfin. Depuis Les Super Flics de Miami, cependant, un projet a failli voir le jour. En 1988, Hill déclarait au magazine allemand «Cinema» : «Bud Spencer et moi allons tourner une nouvelle comédie l’année prochaine ou celle d’après». Le film en question, Ange ou Démon de Enzo Barboni, se fit en définitive en 1990 avec Bud Spencer et… Thierry Lhermitte. «Tous les jours, je me demandais ce que je foutais là. Mais bon… Terence Hill était pris. Il était en train de tourner Lucky Luke». Il est heureux que les deux célèbres partenaires n’aient pas reformé leur duo sur cette comédie pataude.

Durant cette période, Bud Spencer a beaucoup tourné mais peu pour le cinéma. En effet, après Aladin de Bruno Corbucci, il s’est lancé dans la télévision avec les séries Le Professeur de Steno (1988-1989), une coproduction franco-italienne, et Extra-large de Enzo G. Castellari et Alessandro Capone (1990-1993). Terence Hill l’a imité avec Lucky Luke (1991) d’après Morris et Goscinny, qu’il a décliné en un film et une série TV de huit épisodes. Sans doute est-ce cela qui lui a redonné l’envie de refaire un western avec son complice.

En fait, l’idée de réunir à nouveau les deux hommes vient du fils de Bud Spencer, Giuseppe Pedersoli. Assistant-réalisateur sur Il était une fois en Amérique de Sergio Leone et Aladin de Bruno Corbucci, il est devenu producteur, travaillant notamment avec son père sur la série Extra-large. «Je ne comprenais pas pourquoi Bud et Terence ne pouvaient pas retravailler ensemble, il n’y avait pas de motif réel. En 1993, nous avons appelé Terence et nous sommes allés à Santa Fé où il vit et nous en avons beaucoup discuté. J’avais l’idée, que tout le monde trouvait intéressante, de faire une version modifiée de «Don Quichotte». Il était très important pour moi de tourner avec eux, avec une image que tout le monde connaît et cela plaisait beaucoup à Terence d’interpréter le personnage de Don Quichotte».

Mais le scénario qui leur est proposé ne les satisfait pas et ils réfléchissent à un autre film. «J’étais sur le point d’appeler un excellent scénariste du Minnesota, celui qui a écrit Lucky Luke, se souvient Terence Hill. Au moment où j’allais décrocher le téléphone, il se mit à sonner : c’était mon fils, Jess, qui me demandait s’il pouvait écrire un western pour Bud et moi ! J’ai réfléchi quelques jours et j’ai décidé de lui donner sa chance, à la condition qu’il ne fasse pas apparaître son nom quand il montrerait le script. Il s’est présenté aux producteurs européens sous un faux nom !». Jess Hill, qui était apparu lorsqu’il était encore bébé dans On l’appelle Trinita, avait été troisième assistant-réalisateur sur Lucky Luke, avant de suivre les cours de l’école de cinéma de New York.

Giuseppe Pedersoli part chercher des financements en Allemagne, pays où les deux acteurs ont toujours connu un énorme succès. Et c’est presque naturellement qu’il passe un accord avec la société de Horst Wendlandt, Rialto Film. On pourrait dire que Wendlandt est à l’origine du duo Hill-Spencer, puisque c’est le succès de sa série des Winnetou (d’après le romancier allemand Karl May) qui a poussé les Italiens à tourner leurs propres westerns ! Il a aussi produit les derniers films du genre avec Terence Hill, Mon nom est Personne de Tonino Valerii et Un génie, deux associés, une cloche de Damiano Damiani. Sur Petit Papa Baston, c’est son fils Matthias qui officie en tant que coproducteur.

À qui confier la réalisation du film ? Enzo Barboni aurait pu être le choix idéal mais il prépare Trinità & Bambino... e adesso tocca a noi avec deux nouveaux acteurs (Heath Kizzier et Keith Neubert). Quant à Giuseppe Colizzi, Steno, Michele Lupo et Sergio Corbucci, les derniers piliers du cinéma populaire italien, ils sont malheureusement décédés. C’est donc Terence Hill qui s’y colle. Il avait déjà fait ses preuves dans le passé (Don Camillo, Lucky Luke), mais pour la première fois, il se met en scène avec son partenaire de toujours. Il s’entoure pour l’occasion d’une équipe 100% italienne, qui compte de vieilles connaissances, comme le décorateur de Don Camillo, la costumière de Mon nom est Personne, le chef-opérateur de Lucky Luke et le monteur de Deux Super-flics.

Petit Papa baston est un véritable hommage à la carrière commune des deux hommes. Ecrit et produit par leurs fils, qui ont grandi avec leurs films (comme toute une génération de spectateurs), il marche fortement sur les traces des Trinita. «Il ne s’agit pas des personnages de Trinita, qui sont sous copyright» affirmera cependant Bud Spencer. «En fait», renchérit Terence Hill, «Jess, qui adore les Trinita, a décidé de reprendre les signes particuliers et les traits de caractère qui nous ont rendu mondialement célèbres. Ces personnages, c’est nous !».

Deux frères, dont l’un est un ancien voleur de chevaux, qui se retrouvent chez leur mère : l’hommage aux Trinita est évident. Mais un Trinita politiquement correct, plus familial. La mère n’est plus une prostituée de la Nouvelle-Orléans, mais une brave mamie que l’on devine fine cuisinière et fidèle aux traditions ; Bud Spencer est désormais un heureux père de famille nombreuse passé du bon côté de la loi. On trouve aussi d’autres références «internes», comme Bud Spencer se faisant prendre en photo avec une colombe (Les 4 de l’Ave Maria) et vêtu d’une peau de mouton et d’un chapeau melon (On m’appelle Malabar), ou les deux frères se livrant à un concours de nourriture (Attention, on va s’fâcher…). Jess Hill a également glissé des allusions au western italien, en plaçant le nom de Ringo (personnage incarné par Giuliano Gemma) et surtout en parodiant une scène du Bon, la Brute et le Truand, où Clint Eastwood tirait avec son fusil sur la corde mise au cou d’Eli Wallach.

Le film bénéficiera d’une forte couverture médiatique mettant en avant le retour du duo mais n’obtiendra qu’un petit succès. En 2004, Bud Spencer l’analysera ainsi : «À mon avis, ça a été une erreur, parce que l’histoire n’était pas celle que nous faisions habituellement. C’était un film «normal», où j’étais père de famille nombreuse. C’était un film, je dirais, «catholique»…».

Philippe Lombard

[Sources : «Cinema» (1988), «Première» n°205, «Télé K7» n°588, dossier de presse du film, interview de Bud Spencer réalisée en 2004]

Titre Original :
BOTTE DI NATALE

Titre français :
PETIT PAPA BASTON
Titre anglais :
TROUBLEMAKERS

Année : 1994

Nationalité : Italie / Allemagne / Etats-Unis

Réalisé par :
Terence Hill

Ecrit par :
Jess Hill

Musique de :
Pino Donaggio

Interprété par :
Terence Hill, Bud Spencer, Neil Summers, Ruth Buzzi, Anne Kasprik, Eva Haßmann, Ron Carey, Fritz Sperberg, Radha Delamarter & Jonathan Tucker


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