Les Projets «Mesrine»
Posté le 2008-10-06 00:57:15

En 1977, alors qu’il est en cavale, le gangster Jacques Mesrine publie «L’Instinct de Mort», son autobiographie. Le livre suscite aussitôt l'intérêt d’Alain Delon et de Jean-Paul Belmondo. Le second coiffe le premier au poteau et débourse cinq cent mille francs pour les droits cinématographiques. Bébel, tout juste auréolé des succès de L’Alpagueur et de L’Animal, demande au romancier Patrick Modiano d’en écrire l’adaptation et à Michel Audiard de la dialoguer. Le projet s’annonce prometteur mais est refusé par de nombreux cinéastes : Alain Corneau, Georges Lautner, Yves Boisset, Costa-Gavras, Roman Polanski et même Jean-Luc Godard.

Ce dernier rapporte alors, dans une interview au «Matin Magazine» : «Je voulais tourner avec Belmondo le livre de Mesrine. Je crois d’ailleurs que Belmondo a encore plus peur de moi que de Mesrine. Moi, c’est plutôt Mesrine qui me fait peur». L’acteur obtient une semaine plus tard un droit de réponse : «Lorsqu’il y a un an, M. Godard a demandé à me rencontrer, c'était pour me proposer un film tiré du roman intitulé «Bugsy Siegel». Tout en me parlant de son projet, il m’a demandé si j’avais acquis les droits d’adaptation de «L’Instinct de Mort», ce que je lui ai confirmé. Il s'est proposé d'en être le metteur en scène, justifiant le vif intérêt qu'il portait au sujet. Car, m'a-t-il dit, «Mesrine tue beaucoup de monde, j'ai envie de faire la même chose, mais moi je n'en ai pas le courage». (…) Son intention était que j'interprète le rôle d’un acteur désirant jouer le rôle de Mesrine, lui, se réservant probablement le rôle du metteur en scène, ou peut-être même du héros. Ses explications m'avaient semblé confuses, incohérentes même. Bref, M. Godard tournait autour du pot, car, effectivement, il avait peur du sujet. De là à prétendre que j'aurais moi-même peur de Godard, cela ne prête qu’à sourire».

Jean-Paul Belmondo envoie le scénario de Modiano et Audiard à Mesrine dans sa cellule de la Santé. «Le Grand» le lui retourne avec cette phrase : «Ne mettez pas le mot fin, ce n’est pas fini !». L’acteur en comprend la signification le 8 mai 1978, lorsque le truand escalade le mur de sa prison avec François Besse. Sa cavale va s’interrompre le 2 novembre 1979, à la porte de Clignancourt, lorsque les hommes de la BRI le mitraillent dans sa voiture.

En 1981, alors que sort Le Professionnel de Georges Lautner, Belmondo confie au «Quotidien de Paris» que son projet de jouer Mesrine est toujours à l'ordre du jour : «J'espère le tourner mais je sais que je vais me heurter à de nombreuses difficultés : j'aurai du mal à avoir les autorisations, il sera interdit aux moins de dix-huit ans et pourtant ce qui me fascine chez Mesrine, ce n'est pas l’homme mais le personnage de cinéma qu'il représente. Je l'ai proposé à beaucoup de metteurs en scène français qui l'ont tous refusé parce qu'ils le trouvent trop violent. Et Al Capone, était-il trop violent ? C'était autre chose que Mesrine et pourtant un grand nombre de films ont été faits. Mon propos n'est pas de faire un héros de Mesrine mais simplement de retracer sa vie. D'ailleurs, ce serait un film moral : ne meurt-il pas à la fin ?». Le film ne se fera finalement pas.

André Génovès réalise en 1984 un Mesrine interprété par Nicolas Silberg, basé sur les deux dernières années de sa vie, les plus spectaculaires et les plus médiatisées.

En 2000, le producteur Thomas Langmann achète les droits de «L’Instinct de Mort» et espère en faire une grosse production. Barbet Schroeder (More, Barfly) travaille sur le projet et Vincent Cassel doit incarner le personnage. L’acteur s’investit avant de se désengager du projet. «Je l’ai quitté sur un désaccord sur la nature même de Mesrine. J’ai toujours eu envie de jouer Mesrine pour explorer le paradoxe entre ce qu’il était et l’image que les gens avaient de lui. À partir du moment où on en faisait le héros d’une époque, je ne me voyais pas me battre durant le tournage de deux films ! Je suis donc parti, la mort dans l’âme».

Schroeder pense alors à Benoît Magimel. «J’étais flatté, mais je me suis regardé dans la glace, j’ai parlé à des potes et, même avec beaucoup d’imagination, je ne le sentais pas. Je n’avais pas la voix, pas le coffre ni l’épaisseur qu’avait Mesrine en son temps». Le projet périclite et risque bien de ne pas voir le jour. Schroeder quitte le navire et part préparer Inju (avec… Magimel), tandis que Cassel revient à la charge auprès de Langmann, lui expliquant qu’il est prêt à jouer le rôle si le personnage n’est plus autant «héroïsé».

En 2006, Arnaud Sélignac réalise pour TF1 La Chasse à l’homme avec Serge Riaboukine et Richard Berry (d’après les mémoires du commissaire Aimé-Blanc). De son côté, Thomas Langmann a relancé son film en le faisant réécrire par Abdel Raouf Dafri. Il sort en deux parties en 2008 : L’Instinct de mort et L’Ennemi public numéro un.

Philippe Lombard

[Sources : «Belmondo» de Philippe Durant (Robert Laffont, 1993), dossier de presse du «Professionnel», «Le Quotidien de Paris», «Le Matin», «Ciné Live» n°126, «Première» n°379]

Commentaires
Réagissez dans le Forum à propos de cet article ou donnez nous votre avis ?
Cliquez ici

FaceBook


Les illustrations et photos contenues sur ce site sont la propriété de leurs éditeurs respectifs.
Les textes contenus sur ce site sont la propriété de Philippe Lombard

Powered by http://www.devildead.com