Le Retour de la Panthère Rose (1975)
Posté le 2008-10-02 17:47:29

En 1973, alors que sa carrière périclite, Peter Sellers tourne à Chypre avec Spike Milligan (un des membres du Goon Show, une célèbre émission de radio par laquelle Sellers s’est fait connaître) un film qui ne sortira jamais, Ghost in the Noonday Sun. Il convainc le réalisateur Peter Medak de tourner avec lui une publicité pour les cigarettes Benson and Hedges pendant leur jour de repos. Le scénario : Sellers et Milligan volent des lingots d’or qu’ils mettent dans leurs poches ; en montant sur une barque, celle-ci se brise sous leur poids et coule. «Peter a décidé de le jouer comme Clouseau», se souvient Medak, «et l’on s’est plus amusé sur cette publicité que pendant tout le film».

Ragaillardi par l’idée de rejouer Clouseau, Sellers en parle à Edwards, qui traverse lui aussi une mauvaise passe. Ce dernier propose au producteur de son dernier film, Top Secret, le projet du Retour de la Panthère Rose. Sir Lew Grade accepte, mais à la condition d’en faire une série télévisée. En effet, le patron de la firme ITC (Independent Television Corporation) a déjà à son actif des succès comme Les Sentinelles de l’Air, Le Saint ou Amicalement Vôtre, et se sent plus à l’aise dans le petit écran. Edwards lui suggère de lancer la série avec un long-métrage. «Je l’ai convaincu en lui disant que si le film avait du succès, cela donnerait une plus grande importance à la série, et que Sellers et moi le ferions pour rien, en échange de nos frais et d’une participation aux bénéfices. Lew ne comprenait pas cette notion de «bénéfices» à cette époque ; tout ce qu’il voyait, c’est qu’il avait un acteur et un réalisateur prêts à faire le film pour rien, exceptés les frais, qui se monteraient probablement à deux cent mille dollars à nous deux». En fait, ni Edwards, ni Sellers n’ont en tête de prolonger un éventuel succès par le biais de la télévision. Ils voient surtout là l’occasion de revenir au top et de relancer leurs carrières au cinéma.

A la recherche de la Panthère Rose

Blake Edwards écrit avec Frank Waldman (co-scénariste de La Party) une histoire reprenant les principaux éléments de La Panthère Rose. Le diamant est de nouveau volé et tout indique que le «Fantôme» a repris du service. Sir Charles Litton est cette fois campé par Christopher Plummer, cet acteur canadien dont le flegme tout britannique lui a permis d’interpréter le duc de Wellington, Sherlock Holmes ou Rudyard Kipling. Son rôle le plus connu reste celui du baron Von Trapp dans La Mélodie du Bonheur avec Julie Andrews, l’épouse de Blake Edwards.

Le rôle de l’épouse de Charles Litton est confié à Catherine Schell. D’origine hongroise, elle a débuté à la fin des années soixante, faisant des apparitions remarquées dans Services Spéciaux Division K, Au Service Secret de Sa Majesté et les séries Amicalement Vôtre, L’Aventurier et surtout Cosmos 1999 (qui lui vaut un culte jusqu’à aujourd’hui). «J’ai passé un entretien avec Blake Edwards, et au même moment, on m’offrait un autre rôle dans un très bon film. J’étais sur le point de signer pour ce rôle quand j’ai reçu un appel de mon agent, qui m’a dit de ne surtout pas signer, car Blake Edwards voulait me revoir». Catherine Schell a été bien conseillée, car elle a failli passer à côté du Retour de la Panthère Rose pour un film qui ne s’est finalement jamais fait ! «Blake Edwards m’a offert le rôle parce qu’il voulait pour le rôle féminin principal une actrice qui sache rire et s’amuser. Comme il a énormément d’humour, il avait plaisanté pendant notre premier entretien, et j’avais beaucoup ri, ce qui lui avait plu».

Après avoir incarné Hercule Lajoy dans Quand l’inspecteur s’emmêle, Graham Stark revient dans le rôle de Pepi, un escroc à la petite semaine, dont Charles Litton prend plaisir à casser les doigts. Depuis dix ans, il a régulièrement retrouvé son ami Peter Sellers à l’écran (Un mort en pleine forme, Casino Royale, The Magic Christian, Un jour sur la plage) et l’a même dirigé dans un court-métrage (Simon, Simon). Un autre compagnon de route de Sellers, David Lodge, fait son retour dans l’univers de Clouseau. Jardinier dans Quand l’inspecteur s’emmêle, il est ici le secrétaire particulier de Litton.

Quant à Peter Sellers, il peaufine le personnage de Clouseau et reprend une des caractéristiques qu’il avait développées sur Quand l’inspecteur s’emmêle : son accent français. Il est désormais désastreux et provoque des quiproquos, tant sa prononciation de certains mots est incompréhensible («roem» pour «room», etc.).

Tigre ou dragon ?

La vague des films d’arts martiaux qui sévit à l’époque (Bruce Lee est mort un an auparavant) encourage sans doute Blake Edwards à faire revenir le personnage de Cato. Etonné mais ravi, Burt Kwouk rempile. Depuis Quand l’inspecteur s’emmêle, on a pu le voir au cinéma dans d’autres séries prestigieuses comme les «James Bond» (Goldfinger, On ne vit que deux fois) ou les Fu Manchu avec Christopher Lee. S’il n’avait pas de scènes avec lui, Kwouk avait croisé Peter Sellers sur les plateaux de Casino Royale en 1966, «un tournage chaotique» selon ses dires. D’autres apparitions dans des séries télévisées (Chapeau Melon & Bottes de Cuir, Le Saint, Les Champions, etc.) ont fait de lui une figure connue du public mais ses retrouvailles avec Cato vont le populariser au-delà de toute attente.

Clouseau attend toujours de son domestique chinois qu’il l’attaque dans son appartement à tout moment. Blake Edwards décide cependant d’aller encore plus loin que dans le film précédent et de jouer la carte de l’excès et de l’absurde. Tout ce non-sens est improvisé pendant le tournage. «Il est presque impossible de scénariser une bagarre», explique Burt Kwouk. «Vous pouvez écrire : «Cato se cache. Clouseau entre. Cato sort du réfrigérateur et surprend Clouseau. Ils se battent». Vous pouvez scénariser la sortie de Cato du frigo mais le reste de la bagarre doit être faite sur le plateau. C’est à ce moment que l’on peut parler d’improvisation».

La grande course autour du monde

Dans La Panthère Rose, le pays d’origine du célèbre diamant n’était pas cité mais au vu de son folklore, on pouvait supposer qu’il se situait aux Indes. Dans Le Retour de la Panthère Rose, Blake Edwards le transforme en un pays du Moyen-Orient et le nomme Lugash. Les scènes s’y déroulant sont tournées au Maroc, à partir du 7 juin 1974. Au bar de l’hôtel Marhaba de Casablanca, où loge toute l’équipe, Edwards filme la première rencontre entre Litton et Pepi. En postproduction, Henry Mancini rajoutera au piano «As Time Goes By», le thème de Casablanca, ce qui ne sera pas la seule référence à ce classique.

L’équipe se rend ensuite à Marrakech. Un matin, où Peter Sellers l’a invité à boire un verre, Graham Stark manque d’être jeté manu militari de l’établissement à cause de son costume froissé et crasseux. Il s’agit en fait de sa tenue de tournage. Ses problèmes continuent lorsque ses mains bandées (Pepi se fait casser un doigt à chacune de ses rencontres avec Litton) l’empêchent de prendre son verre. Le serveur lui apporte une paille. Sellers dit alors à sa compagne, Christina Wachtmeister : «Vous réalisez sans doute, ma chère, que lorsqu’il doit se rendre aux toilettes, il découvre quels sont ses vrais amis».

Dans un palais de la ville, Blake Edwards prépare une scène d’action : Charles Litton doit échapper aux hommes du «Bouffi», un receleur, et s’emparer d’une corde pour atterrir une dizaine de mètres plus bas. Joe Dunne, qui double généralement Peter Sellers , prend la place de Christopher Plummer. Il s’élance, saisit la corde et commence sa descente, lorsque la poulie se bloque brutalement, provoquant sa chute. Heureusement pour lui, il atterrit sur des coussins. En voulant se rattraper, Dunne se brûle les mains et ne peut recommencer. Un certain Achmed, cascadeur marocain, se présente alors au réalisateur comme «le meilleur descendeur de cordes de toute l’Afrique du Nord». Le moteur est demandé et Achmed est confronté au même problème de poulie que son prédécesseur. Mais il va faire encore mieux (!), puisqu’il tombera sur Graham Stark, pour ensuite se briser les deux chevilles…

Le tournage se poursuit fin juin en Suisse, à Gstaad. Blake Edwards connaît bien la ville, puisqu’il y vit avec Julie Andrews et leurs enfants depuis plusieurs années. À la mi-juillet, l’équipe se rend sur la Côte d’Azur. La première apparition de Clouseau, rétrogradé au rang de simple agent de police, est filmée à Nice, rue de Lépante (alors que la scène est censée se dérouler à Paris). Dans l’arrière-pays, une luxueuse villa représente la retraite dorée de Charles Litton. Son interprète, Christopher Plummer, surveille de près son apparence et veille à ce que son bronzage soit toujours impeccable. Mais le maquillage qui brunit sa peau va poser problème. «L’éclairage naturel étant très fort», se souvient Catherine Schell, «il fallait compenser par un autre éclairage dans les scènes tournées à l’intérieur de la villa. Il faisait donc très chaud. L’une de nos scènes se terminait par un baiser. Et à chaque fois que l’on s’embrassait, son maquillage coulait sur mes lèvres et sur mon nez. (rires) On ne pouvait rien faire contre cela, c’est pourquoi le baiser est coupé dans le film».

«Riez, Catherine, riez !»

Pour Catherine Schell, le souvenir du Retour de la Panthère Rose est étroitement lié à des crises de fou rires. Lors de la scène finale, par exemple, où le colonel Sharky menace Clouseau, Litton et sa femme, l’actrice ne peut se retenir : «Je n’aurais pas dû rire parce que c’était dangereux, il avait le pistolet. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher ! Peter Sellers a dit une réplique, qui m’a fait rire. J’ai alors caché mon visage dans les bras de Christopher Plummer pour que la caméra ne me filme pas en train de rire. Mais je ne pouvais pas m’arrêter, et comme Peter Sellers a vu que mes épaules tremblaient, il a ri à son tour».

Sur le plateau, Blake Edwards encourage Catherine Schell à se laisser aller. «Riez, Catherine, riez !». Ses rires seront d’ailleurs gardés dans le montage final, donnant l’impression que Lady Litton reconnaît Clouseau malgré ses grotesques déguisements. Le réalisateur, qui a imposé dans ses contrats un supplément de deux semaines de tournage pour rattraper le temps perdu à rire, tient à garder cette ambiance détendue et à respecter tous les membres de l’équipe. «Lorsque Clouseau arrive en employé du téléphone et sonne à la porte, nous avons ri sans nous arrêter» se souvient Catherine Schell. «Au bout d’un moment, Blake Edwards a dit : «OK, on s’arrête. Je vais aller me détendre et je reviens dans une heure». Quand nous sommes revenus, Peter Sellers, David Lodge et moi, nous avons essayé de nous comporter en professionnels, et de ne pas rire. Mais pendant les prises, nous entendions que quelqu’un de l’équipe faisait un peu de bruit, comme s’il se retenait de tousser. Nous pensions qu’il avait peut-être envie d’éclater de rire. Blake Edwards a dit «Coupez !» et s’est tourné vers lui. Cette personne, qui devait être le perchman, s’est immédiatement excusée. «Tu as envie de tousser ?» lui a-t-il demandé. «Oui, j’ai quelque chose dans la gorge». «Alors, pourquoi n’as-tu pas toussé ? C’est important que tu tousses ! C’est juste un film !». D’habitude, les réalisateurs sont plutôt furieux quand ces choses arrivent. Blake Edwards est vraiment différent. C’est pour ça que j’ai beaucoup de respect pour lui».

Après le tournage des scènes d’intérieurs aux studios de Twickenham et Shepperton (près de Londres), le film se termine à la fin de l’été et une grande soirée est organisée pour toute l’équipe sur la Tamise. Peter Sellers , qui est rarement satisfait par les films qu’il tourne, est enchanté lorsqu’il découvre un premier montage du Retour de la Panthère Rose. Il appelle Graham Stark pour lui faire part de son enthousiasme et pressent un succès. Le film sort en mai 1975 aux Etats-Unis et remporte un triomphe…

Philippe Lombard

[Texte paru dans mon livre «Pleins feux sur… la Panthère Rose», édité chez Horizon Illimité (Dragoon) en 2005 ]

[Sources : «The Life and Death of Peter Sellers» de Roger Lewis (Arrow Books, 1995), «Peter Sellers : A Film History» de Michael Starr (McFarland & Company, 1991), «Remembering Peter Sellers» de Graham Stark (Robson Books, 1990), témoignages à l’auteur de Burt Kwouk, Catherine Schell et George Leech.]

Titre Original :
RETURN OF THE PINK PANTHER, THE

Titre français :
RETOUR DE LA PANTHERE ROSE, LE

Année : 1975

Nationalité : Angleterre

Réalisé par :
Blake Edwards

Ecrit par :
Frank Waldman & Blake Edwards

Musique de :
Henry Mancini

Interprété par :
Peter Sellers, Christopher Plummer, Catherine Schell, Herbert Lom, Peter Arne, Peter Jeffrey, Grégoire Aslan, David Lodge, Graham Stark, Eric Pohlmann, André Maranne & Burt Kwouk


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