Michael Billington
Posté le 2008-09-10 19:35:06

Célèbre outre-Manche pour avoir été un des interprètes de la série UFO – Alerte dans l’espace de Gerry et Sylvia Anderson, Michael Billington a bien failli devenir James Bond à plusieurs reprises ! Courtisé durant près de quinze ans par les producteurs, qui lui ont fait passer bout d’essai sur bout d’essai et l’ont parfois mis en stand-by lorsque Roger Moore évoquait son départ, l’acteur participera finalement à un Bond en jouant un méchant Russe dans le prégénérique de «L’espion qui m’aimait» ! Michael Billington nous a quittés en 2005.

Vous avez approché James Bond pour la première fois à l’époque de «Au service secret de sa majesté» en 1968.

Je dois vous dire avant toute chose, même si cela doit vous surprendre, que je n’aie jamais été un grand fan de 007. Aussi, lorsque j’ai appris que les producteurs pensaient à moi pour remplacer Sean Connery, j’ai éprouvé des sentiments mitigés concernant cette idée. Inutile de vous expliquer qu’en tant que jeune acteur, au plus profond de moi, j’étais très excité à l’idée de devenir, même pour un temps très court, une star de cinéma. Mais je craignais également que cela me grille définitivement et j’avais peur de devenir inemployable après James Bond. J’ai toujours eu l’ambition d’avoir une longue carrière au cinéma et je n’imaginais pas que James Bond puisse perdurer après le départ de Sean Connery.

Je pense qu’il me faut mettre l’accent sur l’importance de l’impact de Sean Connery. Il était formidable. Je ne voulais pas devenir un simili-Bond. Et même si je pense que j’aurais pu bien l’interpréter, je craignais de devenir celui qui aurait toujours été le «deuxième meilleur». J’imaginais cependant que toute publicité concernant mes liens éventuels avec Bond, pouvait accroître mes chances d’être pris pour jouer un rôle dans un grand film, et ce sans avoir à être James Bond. Il s’agissait là d’un difficile choix de carrière. Mais en même temps, à l’époque, il semblait que tout jeune acteur, voire même certains plus vieux, étaient étiquetés comme étant «le nouveau James Bond», mais la plupart de ces prédictions m’apparaissaient comme complètement ridicules. Il semblait clairement me concernant, qu’une ruse publicitaire pour établir un plan de carrière, n’était pas sans périls. Je sais à présent que je n’aurais pas dû m’inquiéter de ça. Aurais-je dégoté le rôle et été James Bond ne serait-ce que deux fois, que cela ne m’aurait pas empêché de jouer dans d’autres films, dans la mesure où les goûts du public sont changeants.

À l’époque, je n’étais pas conscient de cela et j’avais peur de faire le mauvais choix, ce qui m’obsédait en permanence. Il y avait deux courants de pensée concernant les conseils aux débutants à cette époque. «Sois sélectif» ou bien «prend tous les rôles qu’on te propose». Je me situais de toute évidence dans le premier groupe. C’était l’époque où tout le monde semblait connaître «quelqu’un d’introduit» dans la société de production des Bond. James Bond était à ce moment ce qui était le plus dans l’air du temps dans le cinéma britannique. Alors, tous les agents cultivaient des relations avec des secrétaires ou des sous-fifres susceptibles de leur donner les infos sur qui «était dans le coup ou non». J’ai même entendu parler de chauffeurs à qui on disait d’ouvrir grand leurs oreilles lorsqu’ils transportaient les réalisateurs ou des grands pontes des bureaux de la production jusqu’aux studios.

Mon agent connaissait un de ces «quelqu’un d’introduit» à l’époque. Je suppose que les choses ont commencé à me concerner lorsque Bud Ornstein, chef de production en Europe de la United Artists, vint me voir alors que je jouais tard au théâtre, et me demanda de venir le rencontrer dans les bureaux de la United Artists. Il souhaitait faire quelques photos de moi et les montrer à Harry Saltzman. Quelques semaines plus tard, (le directeur de casting) Dyson Lovell m’appela pour fixer un rendez-vous avec Peter Hunt, qui travaillait sur Au service secret de sa majesté. Mais je savais, d’après «quelqu’un d’introduit», que George Lazenby était déjà sous contrat, depuis qu’ils étaient certains du départ de Sean Connery. Lorsque j’ai vu une photo de George Lazenby, j’ai trouvé qu’il avait l’allure parfaite pour le rôle et tout cela sortit de mon esprit.

Vous avez rencontré les producteurs au début des années soixante-dix.

Je n’ai plus entendu parler de rien jusqu’aux «Diamants sont éternels» qui, je me souviens, venait de sortir. Je jouais dans une série télévisée intitulée UFO, quand Harry Saltzman est venu voir le tournage. Il prévoyait alors de réaliser «Moonraker» et cherchait des experts en effets spéciaux. La productrice, Sylvia Anderson, une directrice de casting des plus accomplies, lui suggéra que j’interprète le rôle de Bond. Et je dois reconnaître que le personnage de Foster que je jouais avec le plus grand soin, m’avantageait dans ce sens [Ndla : à la demande de Harry Saltzman, Gerry Anderson (co-producteur de la série avec sa femme Sylvia) écrivit avec Tony Barwick un synopsis de 70 pages dans lequel le méchant Zodiac menaçait de détruire les sous-marins nucléaires occidentaux si une forte rançon ne lui était pas versée. L’idée sera rachetée quelques années plus tard par les producteurs pour être intégrée dans «L’espion qui m’aimait».)].

Cela ne s’est pourtant pas produit. Aussi, quand un an ou deux plus tard, j’ai appris que Cubby Broccoli voulait me rencontrer pour des essais pour «Vivre et laisser mourir», j’en ai été très surpris. J’avais du succès à la télévision britannique, mais je désirais jouer dans un film de qualité. Il semble qu’il ait vu des photos publicitaires que j’avais faites. La rencontre s’est bien déroulée et j’ai fortement apprécié Cubby en tant qu’être humain. Lorsqu’ils ont confirmé que je les intéressais, j’ai pensé qu’il me fallait avoir un regard attentif sur leurs productions dans la mesure où je n’avais plus rien vu depuis «Goldfinger». J’ai vu «Opération Tonnerre», que j’ai apprécié, excepté la fin qui montrait une course-poursuite en bateau plutôt bancale. Je décelais également quelques éléments d’auto-parodie, un peu similaires à ce qu’ils ont exploité récemment avec «Austin Powers».

Je me débrouillais bien avec les essais de «Vivre et laisser mourir» et appréciais le réalisateur, Guy Hamilton. La scène avait été spécialement écrite pour l’occasion et je la jouais avec une actrice nommée Carolyn Seymour [Ndla : Carolyn Seymour et non Jane Seymour, qui aura finalement le rôle de la Bond Girl du film]. Le «quelqu’un d’introduit» que connaissait mon agent me dit qu’on allait me faire une proposition et qu’une campagne de presse allait être mise en route. Quand on m’a annoncé que Roger Moore avait le rôle, j’en ai été stupéfait ! Malgré le plus grand respect pour Roger, je voyais les choses virer de plus en plus vers l’auto-parodie. J’étais en même temps soulagé de tout cela dans la mesure où ma carrière à la télévision et au théâtre se déroulait le mieux possible et où je faisais le type de travail que j’avais toujours voulu faire. Mais la grosse production cinématographique me fuyait toujours et je pensais que le temps jouait pour moi. Je sentais également profondément que je n’avais pas fini d’entendre parler de James Bond.

Deux films de Bond avaient été tournés et je n’avais toujours pas entendu parler de quoi que ce soit. Les seuls échos que j’avais venaient de Jane Seymour, qui avait joué ma femme dans la série télévisée «La Grande Aventure de James Onedin» et qui avait joué Solitaire dans «Vivre et laisser mourir». Elle m’a dit qu’Harry Saltzman l’interrogeait de temps en temps à mon propos, la questionnant sur ma sexualité et autres choses de ce genre. Je suppose que d’une manière ou d’une autre, quelque chose des essais que j’avais réalisés et cette photo que Cubby Broccoli avait emportée, lui demeuraient en tête.

Comment vous êtes-vous finalement retrouvé à jouer un espion russe dans «L’espion qui m’aimait» en 1977 ?

Cubby Broccoli a décroché un jour son téléphone pour me demander de participer à «L’espion qui m’aimait», le premier Bond qu’il produisait seul après sa séparation avec Harry Saltzman. Ce qu’il m’offrait n’était pas le rôle de Bond, mais un personnage de faible envergure, Sergeï. Je savais que si j’acceptais, cela m’empêcherait de jouer James Bond par la suite. Mais je me suis dit : pourquoi pas ? Deux semaines passées à skier dans un James Bond était une idée qui ne se refusait pas. Je pensais : Qu’ai-je à perdre ? Mon interrogation était : devrais-je le jouer à la Bond ? Finalement, je décidais de l’interpréter comme un anti-héros, un personnage plus sombre. Je m’intégrais à la seconde équipe de John Glen en train de filmer les scènes à ski, mais à part le soir aux repas, je ne le vis pas beaucoup. La plupart du travail était réalisée par Willy Bogner qui skiait à l’envers avec une caméra entre les jambes. Pas une petite cascade, en somme ! Nous avons tourné le prégénérique en un temps record et avons terminé en une demi-journée les raccords aux studios de Pinewood. Pas un gros salaire, mais bon !

Mais vous avez finalement été recontacté par la suite…

Je venais juste de terminer de jouer de jouer Coogan pour la série télé britannique «Les Professionnels», quand on m’a demandé de me rendre à Paris pour une autre série d’essais. Ils effectuaient la préproduction de «Moonraker» et cherchaient des Bond Girls. Venant d’interpréter un criminel fou, je ne me voyais pas devenir James Bond, mais j’acceptais. J’ai fait jouer quelques scènes tests à des beautés venues d’ailleurs comme Shelley HackDrôles de Dames») et Susan Reed, mais également à des talents locaux comme Sylvia KrystelEmmanuelle») ou la merveilleuse Cyrielle Besnard.

Finalement, leur choix s’arrêta sur Lois Chiles. Lois était venue pour faire quelques essais, mais je pense qu’on lui avait déjà attribué le rôle, le reste fut une pure formalité. Lewis (Gilbert) m’expliqua qu’il pensait que je devrais être Bond dans le prochain, mais que la décision appartenait à Cubby. Le test final selon Lewis, viendrait lorsque Cubby m’inviterait à dîner le dernier soir des essais. C’est ce qui se produisit, et nous eûmes un très agréable dîner, Cubby, Mme Broccoli, Lois, John Glen, moi-même, ainsi que Barbara, la fille de Cubby Broccoli. J’ai passé la soirée avec Barbara, à nous promener dans Paris, John Glen jouant le rôle de chaperon. Le lendemain, je prenais l’avion pour Londres. Et voilà, pensais-je.

Quelques mois plus tard, je me trouvais à Hollywood pour un boulot sans rapport avec Bond. J’étais seul dans un hôtel du centre-ville de Los Angeles, aussi ai-je appelé les bureaux d’Eon dans Curver City pour savoir si quelqu’un de l’équipe était présent. Barbara, qui faisait des études de cinéma à l’université de Loyola Mayimont à Los Angeles, me rappela et nous sommes allés ensemble à une soirée à Hollywood. Nous nous sommes beaucoup amusés et Barbara est devenue une amie.

Le temps passa et «Rien que pour vos yeux» se profilait à l’horizon. On m’apprit que Lewis avait demandé un million de dollar de cachet et qu’on lui avait montré la porte alors que John Glen prenait les rênes. Le scénario était de Richard Maibaum, proche de la retraite, et de Michael G. Wilson, juriste de profession. Les dialogues percutants et brillants de Christopher Wood avaient malheureusement disparu. L’équipe se préparait à se rendre à Corfou pour démarrer le tournage, mais Roger était «hésitant» sur sa participation. Je pense que l’argent était une solution pour le convaincre. Cubby me choisit une garde-robe et m’envoya à Corfou. Nous avons fait une séance de photos.

Je fus invité à plusieurs avant-premières du film en Europe. Je trouvais la séance d’ouverture impressionnante, mais franchement, le reste du film me parut trop long et insipide ainsi que le scénario obscur. «Pourquoi Bond portait-il une tenue de plongée ?», demandais-je et qui aurait peur d’un Topol croqueur de pistache ? Mais c’était loin d’être fini, il y avait encore des histoires à venir.

«Octopussy» se préparait. Roger était encore plus «hésitant». J’ai donc fait de nouveaux essais avec Deborah SheltonDallas») et Susan Penhaligon [Ndla : Il s’agissait de la scène de rencontre entre Bond et Tatiana Romanova dans «Bons Baisers de Russie».]. Mais ils étaient purement formels. Je ne ressentais pas John Glen comme étant un véritable directeur d’acteurs. De toute façon, il se sentait plus en sécurité avec Roger Moore, selon moi. Il avait autant besoin de moi ou d’autres candidats que de la pire peste. Et avec tout le respect que je lui dois, Michael G. Wilson ne savait pas vraiment écrire. Avec toute la bonne volonté du monde, je ne parvenais pas à m’imaginer en tenue de clown courir après un œuf de Fabergé. De plus, le final avec la bombe à retardement me semblait un procédé éculé. En conséquence, je me retrouvais anormalement réfractaire à ce projet.

Finalement, j’ai suivi mon chemin et j’ai fait «KGB contre CIA» [Ndla : que Timothy Dalton avait refusé], un film sur de vrais espions et les Bond ont continué de leur côté. Timothy Dalton, un acteur des plus accomplis, a prouvé qu’il n’était pas complètement crédible dans le rôle de 007. Pas entièrement de sa faute, j’en suis sûr. Les films ont duré mais ce n’est pas avant «GoldenEye» que le train a réussi à revenir sur les rails, grâce, remercions-la, à Barbara Broccoli. Mais à ce moment-là, il était trop tard pour moi.

Entretien réalisé par Philippe Lombard

[Traduction : Pierre Rodiac]

[Sources : Propos recueillis en 2002 pour «Archives 007», la revue du Club James Bond France.]

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