100 000 dollars au soleil (1964)
Posté le 2013-04-09 16:48:10

En 1963, Henri Verneuil retrouve les deux auteurs de MELODIE EN SOUS-SOL, Albert Simonin et Michel Audiard, pour l'adaptation d'un roman de Claude Veillot, Nous n’irons pas en Nigéria, l’histoire de deux camionneurs lancés à la poursuite d’un troisième dans le désert nord-africain. Mais Simonin ne s’entend pas avec la Gaumont au point de vue financier et se retire. Il est alors remplacé par Marcel Jullian qui modifie la structure du livre, basée sur des flash-backs. Deux rôles se détachent : Rocco, qui vole en compagnie d’une fille un camion contenant une cargaison de cent mille dollars et Marec, dit «Plouc», lancé à sa poursuite sur plus de deux mille kilomètres. Lino Ventura est emballé par le scénario et, de plus, il s’entend bien avec Henri Verneuil qui l’a dirigé deux ans auparavant dans LES LIONS SONT LACHES. Il hésite entre les deux rôles et opte finalement pour celui de Marec. Jean-Paul Belmondo obtient alors le personnage de Rocco.

Quatre ans après CLASSE TOUS RISQUES de Claude Sautet, où il avait un rôle secondaire, Bébel est désormais à égalité avec Lino Ventura et il sait d’expérience qu’il peut faire confiance à Verneuil pour conserver cet équilibre. «Au début du tournage, c’était à moi de prouver à Lino comme à Jean-Paul que leurs rôles étaient de même importance. Que je n’avantagerais personne, que mon unique préoccupation demeurerait l’histoire.» L’ambiance est donc détendue sur le plateau, d'autant que Bernard Blier amène sa bonne humeur. «Bernard adorait blaguer à froid avec un air sinistre, se souvient Belmondo. Quand on répétait une scène ensemble, il me regardait avec son air menaçant et me disait : “Tu ne vas pas jouer comme ça ?” Ceux qui n’étaient pas prévenus pouvaient penser qu’il était sincère alors que c’étaient des blagues.»

Après le tournage des intérieurs aux studios de Boulogne, l’équipe s’envole pour le Maroc. L’atmosphère y est un peu plus rude, à cause du climat (glacial le matin, suffocant l’après-midi) et de la nourriture, ce qui est beaucoup plus grave pour les acteurs ! À l’unique hôtel de Ouarzazate, qui est le dernier gîte d’étape avant le désert, «ils scrutaient, médusés, le contenu de leurs assiettes, raconte Verneuil : trois rondelles de tomates cuites par la chaleur et un pauvre morceau de mouton. C’est alors que Bernard Blier se lança pour expliquer, façon grand chef, l’art et la manière d’accommoder le bœuf mironton. Excédé, Jean-Paul Belmondo les suppliait de cesser le supplice, hurlant qu’on lui ouvrait l’appétit. Un jour, Lino se fâcha à cause de trois cuillerées à soupe d’huile que Blier voulait mélanger à la sauce de son bœuf miroton. Pour réconcilier tout le monde, je proposais qu’on ouvre les conserves de cassoulet qu’un grand traiteur parisien livrait dans ce désert. Geste qui n’empêcha pas Lino de bouder jusqu’au lendemain. Il arriva alors, visage fermé, pour entamer un magnifique saucisson que sa femme lui avait fait parvenir et en distribua à tout le monde sauf à Blier : “Toi, lui dit-il farouchement, tu n’en auras pas !”»

Hormis le problème de la cuisine, Lino est ravi par l'atmosphère virile du tournage. «Il adorait et respectait les hommes qui se comportaient en hommes, se souvient le premier assistant Claude Pinoteau, il aimait l'odeur des vestiaires... Il trouvait en Belmondo et Blier des acteurs qui se faisaient respecter mais qui avaient surtout beaucoup d'humour.» Ce qui n'est pas le cas de l'américain Reginald Kernan, qui interprète le quatrième comparse. L'ex-partenaire de Simone Signoret dans LES MAUVAIS COUPS de François Letterier est méprisé par ses partenaires et par l'équipe technique. «Il était prétentieux et désagréable, explique Pinoteau. Sur le plateau, ce n'était pas celui qu'on préférait ! Et comme il sentait qu'il n'était pas très apprécié des autres, ça le renfermait dans un mutisme. De plus, il était un Américain au milieu de Français.» Quant à Andréa Parisy, qui joue la petite amie et complice de Rocco, elle est une femme au milieu d'hommes... Pinoteau se souvient que les acteurs «la respectaient, ils avaient de l'amitié pour elle mais elle ne faisait pas le poids par rapport aux autres, même s'ils ne le disaient pas. Lino a toujours eu un petit côté misogyne qui n'était pas ostensible. Il aimait les femmes, il les respectait mais il préférait la compagnie des hommes, c'était net. Belmondo, c'était un petit peu pareil.»

La masculinité des acteurs va s'affirmer dans les nombreuses scènes d'action du film, et notamment les poursuites en camions. Avant de partir pour le Maroc, Henri Verneuil avait confié son enthousiasme à un journaliste : «Imaginez un peu ce que peut être le duel de deux “30 tonnes” lancés à tombeau ouvert sur une route en lacets, et essayant mutuellement de s’expédier dans le ravin, frôlant l’abîme, s’éraflant au bord de la montagne, dérapant dans les virages…» Un chauffeur transsaharien très expérimenté est chargé des plans les plus dangereux mais le cinéaste doit insister pour que Belmondo se laisse doubler ! Kernan, lui, refuse de prendre place à bord de la cabine lorsque l'engin frôle le ravin, arguant qu'il est acteur et pas cascadeur. On affuble alors Pinoteau d'une perruque grise et il prend sa place !

La scène de la bagarre finale entre les deux hommes est tournée dans la vaste cour du palais de la Bahia à Marrakech. Sur le sol en marbre d'onyx d'Italie, Claude Pinoteau a fait placer des épaisseurs de caoutchouc reproduisant les motifs du parterre afin d'amortir les chutes. « Nous avons filmé cette bagarre finale pendant toute une journée, se souvient Verneuil. À la fin, les deux acteurs finissaient dans le bassin. Moi j’étais sur un praticable et quand tout a été terminé, comme j’avais fait recommencer sept fois le plan où ils tombent à l’eau, Lino Ventura m’a dit : “Écoute Riton, je voudrais te poser une question. Descends.” Je suis descendu et il m’a attiré près du bassin. “Je voudrais que tu m’expliques pourquoi tu nous as fait recommencer tel mouvement.” Jean-Paul qui était derrière moi et Lino qui était sur le côté m’ont pris, m’ont soulevé et m’ont jeté dans le bassin en disant : “Il n’y avait pas de raison que toi aussi tu ne prennes pas un bain !” À ce moment-là, j’ai mis ma main dans la poche et j’ai dit : “C’est très marrant ce que vous venez de faire, mais vous auriez dû me prévenir pour que j’enlève les billets de ma poche. J’en ai pour deux cent mille francs, ils sont foutus !” Lino et Jean-Paul sont devenus verts alors que je n’avais rien du tout dans la poche !»

À la mi-novembre, le tournage se termine et tout le monde peut rentrer en France où, à n'en pas douter, la cuisine va reprendre ses droits. Mais Lino a un regret : quitter son camion, un Berliet «Gazelle» pour lequel il éprouve un attachement certain. «Il a eu du mal à s'en séparer !» se souvient Claude Pinoteau...

Philippe Lombard

[Sources : Combat du 17 septembre 1963, «Inoubliable Lino Ventura» (Atlas, 1997), «Belmondo» de Philippe Durant (Robert Laffont, 1993), entretien avec Claude Pinoteau]

Titre Original :
CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL

Titre français :
100000 DOLLARS AU SOLEIL

Année : 1964

Nationalité : France / Italie

Réalisé par :
Henri Verneuil

Ecrit par :
Michel Audiard, Marcel Jullian, Henri Verneuil & Claude Veillot

Musique de :
Georges Delerue

Interprété par :
Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura, Reginald Kernan, Bernard Blier, Andréa Parisy, Gert Fröbe, Anne-Marie Coffinet, Doudou Babet, Pierre Mirat, Henri Lambert, Pierre Collet, Christian Brocard, Paul Bonifas, Jackie Blanchot & Louis Bugette


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CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL - Poster


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