Le Cercle rouge (1970)
Posté le 2013-03-14 04:11:31

Au printemps 1950, Jean-Pierre Melville est découragé, il a décidé d’arrêter le cinéma. Mais alors qu’il est au café Dupont-Ternes avec son épouse, il voit se diriger vers lui le cinéaste Jacques Becker et l’acteur Daniel Gélin qui viennent de voir LES ENFANTS TERRIBLES au Cinéac-Ternes, situé en face. Leurs compliments sincères sur le film lui réchauffent le cœur et il revient sur sa décision…

Au mois d'août, il se promène une nuit à trois heures du matin place Vendôme avec un ami. «Je me suis dit «comment, dans un film, pourrais-je m’arranger pour cambrioler la bijouterie Boucheron ?» Alors, j’ai fait le tour par la rue de la Paix, j’ai pris la rue Daniel Casanova, et j’ai appuyé sur tous les boutons de portes cochères et à peu près à la septième ou huitième, une porte s’est ouverte. J’ai traversé une cour, puis une deuxième cour, j’ai vu un escalier, j’ai escaladé cet escalier, je suis arrivé en haut, j’ai vu une lucarne qui donnait sur le ciel avec une échelle pendue contre le mur, j’ai mis l’échelle contre l’entrée du petit grenier où il y avait la lucarne, je suis monté, j’ai soulevé la lucarne, je suis monté sur le toit, je me suis retrouvé sur le toit de la bijouterie Boucheron. (…) Après avoir fait cette exploration nocturne avec un camarade, je suis rentré et j’ai écrit intégralement le cambriolage de la bijouterie du CERCLE ROUGE.» Mais en décembre 1950, Melville découvre QUAND LA VILLE DORT de John Huston, où il est question du casse d'une bijouterie. «J’ai naturellement décidé de ranger dans mon placard le script que j’avais commencé d’écrire et de ne pas y toucher pendant de longues années de façon que (le film de Huston) soit oublié. Et puis, deux ans après est sorti DU RIFIFI CHEZ LES HOMMES qui était aussi un cambriolage de bijouterie, ce qui fait que cela a remis LE CERCLE ROUGE à 1970.»

Entre temps, Melville se sera mis sérieusement au polar avec LE DOULOS, LE DEUXIEME SOUFFLE et LE SAMOURAÏ. Il fait une «pause» avec L'ARMEE DES OMBRES, un récit sur la Résistance, puis revient à son projet de 1950. Il pense alors réunir Alain Delon et Jean-Paul Belmondo dans les rôles de Corey, le truand sorti de prison, et Vogel, le gangster en cavale, qui organiseront le casse. Mais BORSALINO, produit par Delon, lui coupe l'herbe sous le pied. S'il garde son interprète du SAMOURAÏ, il propose l'autre rôle à André Pousse, une «nature» venue au cinéma par hasard et qu'il a découverte dans FLEUR D'OSEILLE de Georges Lautner. Mais l’affaire ne se fait pas non plus avec lui. «Gian Maria Volonte hérita de mon rôle pour des raisons de coproduction, explique l’acteur. Melville eut la délicatesse de me prévenir au téléphone, et Delon, de m’en confirmer les raisons.» Pousse aura un rôle secondaire dans UN FLIC en 1971. Le personnage de Jansen, l’ancien flic alcoolique, est destiné à l'origine à Paul Meurisse mais est finalement attribué à Yves Montand. Quant au commissaire Mattei, Melville décide de ne plus le confier à Lino Ventura, avec lequel il s'est brouillé sur le tournage de L'ARMEE DES OMBRES, et l'offre à Bourvil.

La co-vedette de LA GRANDE VADROUILLE accepte ce contre-emplois mais reconnaît avoir du mal à entrer dans le personnage. «Je n'ai pas l'âme d'un commissaire. C'est un métier que je n'aurais pas aimé faire.» Melville lui projette alors dans sa salle privée DE SANG-FROID de Richard Brooks. «A un moment donné, vous verrez un policier joué par John Forsythe . Je vous toucherai le bras. C'est comme lui que je veux que vous soyez !» Une fois averti pendant le film, Bourvil murmure : «Mais il est beau, lui ! Ce qui n'est pas mon cas. Et, en plus, il est bien habillé !» Melville lui répond aussitôt : «Faites-moi confiance, vous serez aussi beau et aussi élégant que lui.»

Le tournage débute en janvier 1970 à Marseille et se poursuit en Bourgogne, à Paris (Melville reconstitue son périple sur les toits de la place Vendôme), au château de Monthyon (qui appartient à Jean-Claude Brialy) et aux studios de Boulogne (les propres studios de Melville, rue Jenner, ayant brûlé en 1967). L'assistant-réalisateur Bernard Stora se souvient à quel point Jean-Pierre Melville détestait tourner. «C’était pour lui une corvée épouvantable. Ça ne l’intéressait pas, car tout était très clair dans sa tête. Le tournage n’était que de l’exécution.» Mais le dernier jour, Bourvil lui réserve une plaisante surprise en se mettant à chanter en plein travelling un de ses succès, «La Tactique du gendarme»... L'acteur est alors très malade, affaibli par un cancer du sang. Il tournera ensuite LE MUR DE L'ATLANTIQUE, qui sera son dernier film.

La musique est confiée à Michel Legrand mais elle ne convient pas au cinéaste, qui fait appel à Eric Demarsan, le compositeur de L'ARMEE DES OMBRES. «Il ne restait plus que trois semaines pour la musique, se souvient ce dernier. Pendant des nuits entières, il m'a projeté LE COUP DE L'ESCALIER, un de ses films préférés, pour me faire comprendre ce qu'il voulait.» A tel point que le thème principal est extrêmement proche de celui du film de Robert Wise, composé par le jazzman John Lewis. Autre emprunt : les bruits mécaniques qui symbolisent la mise en marche ou l'arrêt du système d'alarme du bijoutier viennent de ce même film. Melville les avait d'ailleurs déjà utilisés pour L'ARMEE DES OMBRES.

LE CERCLE ROUGE sort le 20 octobre 1970, un mois après la mort de Bourvil...

Philippe Lombard

[Sources : «Morceaux de bravoure» du 7 mai 1973, «KR» n°205, «Le Cinéma selon Jean-Pierre Melville» de Rui Nogueira (Seghers, 1973), «Bourvil» de Jean-Jacques Jelot-Blanc et James Huet (Stock, 1990), «J'balance pas, j'raconte !» de André Pousse et Laurent Chollet (Le Pré aux Clercs, 2005), entretien avec Bernard Stora (2008)]

Titre Original :
CERCLE ROUGE, LE

Titre anglais :
RED CIRCLE, THE

Année : 1970

Nationalité : France / Italie

Réalisé par :
Jean-Pierre Melville

Ecrit par :
Jean-Pierre Melville

Musique de :
Éric Demarsan

Interprété par :
Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volontè, Yves Montand, Paul Crauchet, Paul Amiot, Pierre Collet, André Ekyan, Jean-Pierre Posier, François Périer, Yves Arcanel, René Berthier, Jean-Marc Boris, Jean Champion & Yvan Chiffre


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