Pas de Roses pour OSS 117 (1968)
Posté le 2008-03-21 06:24:59

Le nouvel OSS 117 sort presque deux ans après le précédent. Entre temps, André Hunebelle a réalisé «Fantômas contre Scotland Yard», qui clôture la série. «Sur le plateau, on sentait qu’une époque du cinéma français se terminait», se souvient Michel Wyn, alors réalisateur de seconde équipe. «Hunebelle avait soixante-dix ans. Avec les techniciens, notre plaisanterie préférée était : «Qui est donc ce vieux monsieur à chapeau qui nous suit partout ?» (rires) La télévision changeait la donne, le cinéma de genre à l’ancienne se délitait». La chose se vérifie sur «Coplan sauve sa peau» réalisé par le jeune Yves Boisset. Profitant de l’absence des producteurs sur le tournage (en Turquie), il transforme une banale histoire d’espionnage en film fantastique inspiré de la «Chasse du Comte Zaroff» !

S’il est moins subversif, «Pas de Roses pour OSS 117» est cependant lui aussi réalisé par un jeune cinéaste, Jean-Pierre Desagnat. Le générique affirme cependant que le film est signé Hunebelle ! Ce mensonge est dû aux distributeurs qui, pour des raisons commerciales, ont préféré ne pas inquiéter le public par un changement de direction. Assistant-réalisateur sur les «Fantômas» et «Atout Cœur à Tokyo pour OSS 117», Desagnat s’est vu proposer par Hunebelle de mettre en scène «Les Etrangers» écrit par Pascal Jardin. Pendant la préparation de ce film policier, le projet «OSS 117» s’est présenté et Desagnat en a accepté la réalisation.

Autre inexactitude du générique : le film serait l’adaptation par Michel Levine et Pierre Foucaud du roman de Josette Bruce «Pas de Roses à Ispahan pour OSS 117». La réalité est tout autre. Jean-Pierre Desagnat et Pascal Jardin écrivent un premier scénario original, qui déplaît au coproducteur italien Marcello Danon, par son côté «comédie». Vient ensuite le tour de Michel Lebrun. Surnommé le «Pape du Polar», ce romancier est également scénariste et a même travaillé sur «Banco à Bangkok pour OSS 117» et «Furia à Bahia pour OSS 117» (sans être mentionné au générique). Son adaptation n’est qu’une première étape. Desagnat collabore ensuite avec Michel Levine, tandis que Claude Sautet est consulté. Plusieurs discussions s’engagent finalement avec Pierre Foucaud et surtout André Hunebelle.

«L’écriture avec Hunebelle était une activité passionnante», se souvient Jean-Pierre Desagnat. «Il avait gardé une âme d’enfant (dans le bon sens du terme) et une naïveté sur l’existence, malgré ses soixante-douze printemps à cette époque. Ouvert à toutes suggestions, il avait une vision positive des images et des situations. C’était un réel plaisir que de travailler à ses côtés».

Le scénario est enfin accepté et donne une histoire assez délirante, où OSS 117, pour lutter contre une organisation responsable de plusieurs meurtres politiques, se fait recruter par le chef, surnommé «Le Major», après avoir subi une opération chirurgicale lui donnant le visage d’un célèbre assassin (une idée inspirée du roman «OSS 117 n’était pas mort» n°22). Josette Bruce s’inspirera du scénario pour signer «Pas de Roses à Ispahan pour OSS 117», publié en 1967 (avant même la sortie du film).

Depuis son deuxième «OSS 117», Frederick Stafford ne s’arrête pas de tourner. Il a retrouvé Michel Boisrond pour «L’Homme qui valait des milliards», et donné la réplique à Jean+Seberg dans «Estouffade à la Caraïbe» et à Daniela Bianchi dans «La Gloire des Canailles». Il ne se retrouve donc pas sans emploi lorsqu’André Hunebelle décide de le remplacer. Le cinéaste-producteur a en effet en tête de trouver un acteur susceptible de toucher le public nord-américain. Son choix se porte sur John Gavin. De son vrai nom Jack Anthony Golenor, il a à son actif quelques grands films comme «Le Temps d’aimer et le temps de mourir» (1958), «Spartacus» (1960) ou «Psychose» (1960). Il est le premier OSS 117 à parler avec un accent américain. «Le nouvel OSS, John Gavin, est pour une fois tout à fait crédible», écrit Claude-Marie Trémois dans «Télérama». «Séduisant, l’air d’être capable de penser (c’est rare), et non moins capable de se servir de ses poings». On peut cependant regretter qu’il soit beaucoup moins sophistiqué que ses prédécesseurs, qui étaient plus fins, plus anglais, plus « bondiens ». Cela n’empêchera pas Gavin d’obtenir deux ans plus tard… le rôle de James Bond dans «Les diamants sont éternels» ! Le producteur Albert Broccoli voit en lui l’interprète idéal : «grand, athlétique et très bon acteur». Malheureusement, la United Artists parvient à convaincre Sean Connery de rendosser le smoking une dernière fois et Gavin est remercié (non sans avoir touché intégralement son cachet).

Le tournage initialement prévu en Iran, se déroule en fin de compte en Tunisie et à Rome. Quatre ans après «Banco à Bangkok pour OSS 117», Robert Hossein retrouve un personnage de médecin pour le moins peu recommandable. 1968 marque également pour lui la fin de la série des «Angélique». Curd JurgensL’espion qui m’aimait») interprète le «Major». Luciana PaluzziOpération Tonnerre») et Margaret LeeFureur sur le Bosphore», «Le Tigre se parfume à la Dynamite», «Coplan sauve sa peau»...) assurent le cota de charme.

L’absence de participation de l’équipe habituelle (Michel Magne, Max Douy, Claude Carliez, etc...) et l’atmosphère réaliste du film (tant au niveau de l’image que des décors) placent un peu «Pas de Roses pour OSS 117» en marge de la série. Il rencontre un succès moyen en France et n’est pas distribué outre-Atlantique, malgré la présence de John Gavin. André Hunebelle comprend que la vague de l’espionnage touche à sa fin et qu’il est temps de passer à autre chose.

Philippe Lombard

[Texte écrit à l’origine, et remanié depuis dans cette version, pour un livre sur OSS 117 devant paraître chez DLM en 1996 et finalement inséré dans le coffret DVD édité par Gaumont en 2005.]

[Sources : Témoignage de Jean-Pierre Desagnat, «Archives 007» n°3, «Télérama» n°969, «Robert Hossein, le Diable Boiteux» de Henry-Jean Servat (éd. du Rocher, 1991), «A l’Ombre des Stars» d’Yvan Chiffre (Denoël, 1992), «When the Snow Melts» de Cubby Broccoli et Donald Zec (Boxtree, Londres, 1998), «Tiroirs Secrets» de Mylène Demongeot (Le Pré aux Clercs, 2001), livret du CD «Fantômas» (Universal, 2001)]

Titre Original :
PAS DE ROSE POUR OSS 117

Titre anglais :
OSS 117 : DOUBLE AGENT / OSS 117 : MURDER FOR SALE

Année : 1968

Nationalité :

Réalisé par :
Renzo Cerrato, Jean-Pierre Desagnat & André Hunebelle

Ecrit par :
Renzo Cerrato, Jean-Pierre Desagnat, Pierre Foucaud, Michel Lévine & Jean Bruce

Musique de :
Piero Piccioni

Interprété par :
John Gavin, Margaret Lee, Curd Jürgens, Luciana Paluzzi, Robert Hossein, Rosalba Neri, George Eastman, Guido Alberti, Piero Lulli, Renato Baldini, Luciano Bonanni, Romano Moschini, Raf Baldassarre, Seyna Seyn & Giovanni Pallavicino


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PAS DE ROSE POUR OSS 117 - Poster


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