Kinski à poil dans les prisons turques
Posté le 2012-01-02 13:58:52

En 1967, Yves Boisset tourne Coplan sauve sa peau (alors intitulé Les Jardins du diable) à Istanbul. Klaus Kinski arrive sur place pour interpréter le rôle d’un sculpteur érotomane.

"J’avais imaginé que son personnage de sculpteur avait installé son atelier dans un hammam de l’époque ottomane pour y façonner des seins de femmes de deux mètres de diamètre et des vagins d’un mètre cinquante de haut. Bien entendu, cet aménagement un peu particulier avait enthousiasmé Kinski qui en découvrant le décor eut une idée géniale. Il fallait qu’il joue nu. Mais pour Kinski, nu, cela voulait dire entièrement nu. Ce qui était parfaitement impensable à l’époque dans un grand film public. Klaus ne voulait pas en démordre.

- Pour jouer ce personnage extraordinaire, j’ai besoin d’une liberté totale. Tu comprends bien que le moindre vêtement m’empêcherait d’être complètement libre.

Je finis par trouver un arrangement. D’accord, il jouerait nu, mais je m’arrangerai pour le cadrer au-dessus de la ceinture. Il n’en restait pas moins que sur le tournage, il était nu. Informés de ces facéties par leurs épouses, les maris des maquilleuses et des habilleuses turques ont pris ombrage de cet exhibitionnisme et ont fait appel à la police. Trois heures après le début des prises de vue, Klaus et moi étions arrêtés pour outrage public à la pudeur et conduits sans ménagement, menottés et entravés, à la prison principale d’Istanbul. Il suffit de repenser à Midnight Express pour réaliser que ce n’était pas une partie de plaisir.

Drapé dans une couverture, comme un sénateur romain dans sa toge, Kinski était ravi. Il bramait avec des accents shakespeariens :

- C’est l’éternelle histoire de l’artiste opprimé par la censure. Je suis comme Oscar Wilde dans sa prison.

Derrière les grilles qui nous séparaient d’eux, les détenus turcs le regardaient avec un certain ahurissement, sans très bien comprendre pourquoi il avait l’air au comble du bonheur. Il fallut plusieurs heures à la production pour obtenir notre libération sous caution. Le lendemain, le tournage put reprendre sous haute surveillance policière avec un Klaus Kinski torse nu, mais les reins enrobés dans une sorte de sarouel du plus bel effet."

Philippe Lombard

[Sources : "La vie est un choix" d’Yves Boisset (Plon, 2011)]

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