Atout Cœur à Tokyo pour OSS 117 (1966)
Posté le 2008-03-21 06:23:59

OSS 117 a désormais d’innombrables concurrents. La France et l’Italie se sont mises à produire des films d’espionnage par centaines : «Bob Fleming, Mission Casablanca», «Karaté à Tanger pour agent Z7», «Baraka sur X-13», «Coplan FX-18 casse tout», etc... Jean Marais lui-même, sans doute frustré de n’avoir pas obtenu le rôle d’Hubert Bonisseur de la Bath, se transforme en espion dans «L’Honorable Stanislas, Agent Secret», «Pleins Feux sur Stanislas» et «Train d’Enfer».

Mais le «patron» dans ce domaine reste toujours James Bond. André Hunebelle a alors l’idée de faire appel à Terence Young pour coécrire avec Pierre Foucaud l’adaptation de «Atout Cœur à Tokyo» (n°47). Considéré comme le père cinématographique de 007, cet Anglais francophile a réalisé «James Bond contre Dr No» (1962), «Bons Baisers de Russie» (1963) et «Opération Tonnerre» (1965). Seulement voilà, malgré son nom au générique, il semble que la nature de son apport reste un mystère. Certains des membres de l’équipe, quand on leur pose la question aujourd’hui, sont même étonnés d’apprendre sa participation au film. S’il est crédité comme adaptateur à la SACD (Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques), Terence Young n’a toutefois perçu aucune rétribution (le Centre National du Cinéma ne possède en effet pas de contrat à son nom). Pour Vincent Chenille (de «Archives 007»), cependant, «une scène possède vraiment la touche Young, celle où OSS tente d’étrangler un méchant avec le fil du téléphone. Le méchant se défend et Hubert tire le fil, projetant l’ennemi par la fenêtre, et le voici «pendu au téléphone». Bien qu’il reproche à Bond son sadisme, Young adore l’humour noir».

Même s’il n’était pas nécessaire de s’adjoindre les services de Young pour cela, le scénario (assez éloigné du roman) offre beaucoup de similitudes avec «Opération Tonnerre». L’organisation qui fait chanter les Etats-Unis en menaçant de détruire des bases militaires n’est pas sans rappeler l’opération menée par le SPECTRE contre l’Otan. Et un des personnages se nomme Vargas, comme l’homme de main d’Emilio Largo. On remarque aussi que «Atout Cœur à Tokyo pour OSS 117» donnera des idées au James Bond suivant, «On ne vit que deux fois», qui sortira en 1967 : la scène du massage, la collaboration avec une espionne japonaise (que l’on prend d’abord pour un agent ennemi) ou encore l’association d’une organisation criminelle avec un groupe industriel.

Occupé par la préparation du film «Sous le signe de Monte Cristo» (une adaptation moderne du roman d’Alexandre Dumas), André Hunebelle n’assure pas la réalisation, qui est confiée à Michel Boisrond, jusqu’alors plutôt spécialisé dans les comédies. Est-ce grâce à sa direction d’acteur, toujours est-il que devant sa caméra, Frederick Stafford est de plus en plus convaincant. Tour à tour décontracté, violent et calculateur, il donne à OSS 117 sa meilleure interprétation, tous films confondus. Il excelle dans les scènes de combat, extrêmement spectaculaires. Face à lui, Marina Vlady (qui vient de tourner avec Roger Vadim et Orson Welles) est parfaite en femme manipulée, menant double jeu aux yeux de la CIA. Henri Serre apporte toute son austérité et son élégance au personnage trouble de John Wilson (il aura un rôle proche dans «Fantômas contre Scotland Yard»). Et Jacques Legras intervient là où on ne l’attend pas, en tueur japonais !

On remarquera la qualité des décors de Max Douy. Sur les «Fantômas», André Hunebelle lui avait demandé de faire de la «science-fiction à la bonne franquette». L’ambiance est évidemment différente sur «Atout Cœur à Tokyo pour OSS 117» mais le décor de l’intérieur du cargo, d’où partent les mini-fusées, n’est pas sans rappeler celui de «Fantômas se déchaîne» où les scientifiques sont retenus prisonniers.

A noter enfin que Claude Sautet participa lui aussi au scénario sans être crédité.

Philippe Lombard

[Texte écrit à l’origine, et remanié depuis dans cette version, pour un livre sur OSS 117 devant paraître chez DLM en 1996 et finalement inséré dans le coffret DVD édité par Gaumont en 2005.]

[Sources : Témoignage de Jean-Pierre Desagnat, «Archives 007» n°3, «Télérama» n°969, «Robert Hossein, le Diable Boiteux» de Henry-Jean Servat (éd. du Rocher, 1991), «A l’Ombre des Stars» d’Yvan Chiffre (Denoël, 1992), «When the Snow Melts» de Cubby Broccoli et Donald Zec (Boxtree, Londres, 1998), «Tiroirs Secrets» de Mylène Demongeot (Le Pré aux Clercs, 2001), livret du CD «Fantômas» (Universal, 2001)]

Titre Original :
ATOUT COEUR A TOKYO POUR OSS 117

Titre anglais :
MISSION TO TOKYO

Année : 1966

Nationalité : France / Italie

Réalisé par :
Michel Boisrond

Ecrit par :
Pierre Foucaud, Marcel Mithois, Terence Young & Jean Bruce

Musique de :
Michel Magne

Interprété par :
Frederick Stafford, Marina Vlady, Henri Serre, Colin Drake, Jitsuko Yoshimura, Valéry Inkijinoff, Jacques Legras, Billy Kearns, Mario Pisu & Hiroshi Kato


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