Shalako (1968)
Posté le 2011-01-16 23:18:58

Au milieu des années soixante, le producteur britannique Euan Lloyd (responsable de Opération Opium et Bien joué Matt Helm) rencontre le romancier Louis L’Amour à une réception à Hollywood. Il éprouve pour le célèbre auteur de westerns (dont plusieurs ont été portés à l’écran, comme Hondo ou La Diablesse en collant rose) une grande admiration et lui confie son envie d’adapter un de ses romans, Shalako, l’histoire d’un groupe d’Européens venus faire des safaris dans l’Ouest et qui sont attaqués par des Indiens. L’Amour vend une option d’un an sur le livre, qui est renouvelée à deux reprises. En 1967, le projet prend forme, Lloyd a obtenu l’accord du réalisateur Edward Dmytryk (L’Homme aux colts d’or, Le Bal des maudits) et pense pouvoir réunir Henry Fonda et Senta Berger. Mais Fonda le prévient qu’il n’est plus en odeur de sainteté à Hollywood et que le film ne pourra sans doute pas se monter sur son nom. Euan Lloyd vérifie amèrement cette prédiction et doit trouver un nouveau casting…

Au cours d’une discussion à propos du dernier James Bond (On ne vit que deux fois), Louis L’Amour assure à Euan Lloyd que Sean Connery serait parfait sur une selle ! L’idée semble irréalisable, tant l’acteur écossais est la superstar de l’époque mais le coup vaut d’être tenté. Ce dernier est alors à Glasgow pour tourner un documentaire (The Bowler and the Bunnet) et a donné instruction à son agent de ne pas le déranger. Mais au vu du montant du cachet proposé par Euan Lloyd (un million de dollars et trente pour cent sur les bénéfices), il passe outre et Connery accepte la proposition avec joie ! Il faut maintenant trouver une partenaire féminine à sa taille. À quel sex-symbol peut-on associer James Bond ? Brigitte Bardot est assez vite choisie. Son agent, Olga Horstig, organise la rencontre avec Euan Lloyd à la Madrague, sa villa de Saint-Tropez. "Il fut effaré : pour arriver chez elle, il faut, après la Baie des Canoubiers, suivre un chemin de chèvres et il se demandait où je l’emmenais !"

Mais si Bardot a signé le contrat (pour un cachet trois fois moindre que celui de Connery), elle n’a pas lu pour autant le scénario et lorsqu’il s’agira de partir pour l’Andalousie (le tournage était initialement prévu au Mexique avant qu’une dévaluation du peso ne soit décidée par le gouvernement), elle tentera même de se désengager du film, proposant à Olga Horstig de payer un dédit. C’est qu’à cette époque (fin 1967-début 1968), elle vit une histoire d’amour passionnée avec Serge Gainsbourg, alors qu’elle est encore mariée avec Gunther Sachs. "Je ne voulais plus partir dans ce trou du cul de l’Espagne qu’est Almeria ! Je ne voulais plus tourner ce Shalako dont je me foutais éperdument !" écrit-elle dans ses mémoires. Elle doit pourtant s’y rendre, en janvier 1968, la mort dans l’âme. Gainsbourg lui enverra sur le tournage sa chanson Initials B.B. qui évoque leur liaison et leur séparation ("À chaque mouvement, On entendait, Les clochettes d’argent, De ses poignets, Agitant ses grelots, Elle avança, Et prononça ce mot, Almeria !").

Lorsque Sean Connery arrive en Espagne, il porte une large moustache à la mexicaine, inspiré par les photos des années 1880 (il est ainsi dans les premières photos de presse avec sa partenaire). "J’étais bien embêté, raconte Euan Lloyd. Si je payais un million de dollars pour le visage le plus célère du cinéma, c’était que pour le public le voit ! Mais Sean est un Ecossais têtu et il ne voulait rien entendre. J’ai harcelé son agent pour qu’il lui parle mais il me répondait toujours : "Tu es le producteur, TU lui parles !" Six jours avant le tournage, son copain, le cascadeur Bob Simmons, est venu me voir en souriant. "Je pense que vous aurez de la chance aujourd’hui. Quand j’ai quitté l’hôtel, Sean se regardait attentivement et longuement dans la glace…" Lorsque Sean est arrivé pour les répétitions, il arborait le visage de Bond. Ni son agent ni moi n’avons dit un mot !"

Sur place, dans le désert de Tabernas, deux autres films sont en tournage : le western Une corde, un colt de Robert Hossein avec Michèle Mercier, et le film de guerre Enfants de salauds de Andre de Toth avec Michael Caine. Or, les trois productions se situent dans le même périmètre, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes. Un jour à Las Salinillas, Sean Connery et Brigitte Bardot répètent avec soin le texte et les mouvements d’une scène difficile techniquement à la fin de laquelle une centaine d’Indiens (joués par des gitans espagnols) doivent les encercler. "Au beau milieu d’une de nos dernières répétitions, nous vîmes apparaître les Indiens hurlant, piaffant, brandissant leurs lances et leurs armes, raconte Bardot. Affolé, mon cheval se cabra, je faillis tomber, Sean n’y comprenait rien, moi non plus, Edward Dmytryk non plus. Ce fut la panique. Tout le monde gueulait. Evidemment, la caméra ne tournait pas, la scène n’avait pas été filmée puisque c’était une répétition. Pendant que nous nous crêpions tous le chignon, Robert Hossein continuait tranquillement sa mise en scène à l’aide de son talkie-walkie, bien loin de se douter que, branché sur la même longueur d’onde que celle d’Edward Dmytryk, il avait donné malgré lui le signal du départ avec le mot "Go" alors que personne ne s’y attendait."

Une autre fois, c’est Michèle Mercier qui voit "surgir une diligence rouge criblée de flèches qui brinquebalait à grande vitesse sur la piste empierrée. Des Peaux-rouges menaient un train d’enfer à son entour. Je stoppai net les deux chevaux de ma carriole en tirant les rennes. À l’intérieur, une chevelure blonde remontée en chignon. Une femme que j’aimais beaucoup. Brigitte Bardot, emportée par le destin, était ainsi entrée dans le champ de mes caméras. Je lui fis un petit signe de la main. Elle souriait et moi aussi." Michael Caine raconte également comment les Indiens et la diligence ont débarqué à leur tour au beau milieu des tanks de la seconde guerre mondiale, lesquels ont terrorisé les chevaux, qui ont désarçonné leurs cavaliers !

Même si elle joue une chasseuse de gros gibier, Bardot n’en reste pas moins une amie des animaux, et s’insurge sur le plateau contre l’idée de maltraiter un puma pour les besoins d’un plan (la scène d’ouverture). "Son ‘cela vous plairait que je vous tire une cartouche paralysante dans les fesses ?’ résonne toujours dans mes oreilles" raconte Michèle Mercier. Les relations entre Bardot et Edward Dmytryk ne sont pas idylliques. "Ce metteur en scène était dur, froid, il avait des exigences militaires. Aucun charme ce type-là ! Dès le départ nous avons été en adversité. À l’arrivée, ce fut presque de la haine !" Le jour où elle arrive une demi-heure en retard sur le tournage n’arrange rien. "La patience d’Edward Dmytryk était réellement remarquable, explique de son côté l’actrice Honor Blackman. Mais avec Brigitte, je suppose que nous avons tous eu du mérite."

Chaque soir, Bardot et Mercier font la fête au dernier étage de l’hôtel Aguadulce et nourrissent chaque matin les chiens errants avec les restes de leurs agapes. La musique ne s’arrête pas, le champagne coule à flots. B.B. affirme avoir découvert un soir Sean Connery "à poil dans mon lit avec ses chaussettes... Il n’a pas fait long feu car je n’étais pas une James Bond Girl ! Je n’ai jamais succombé à son charme." De son côté, Michael Caine raconte qu’une nuit, l’actrice paye le portier pour la laisser entrer dans sa chambre. "Elle m’a dit : ‘Nous sortons danser, Michael, il faut que tu viennes avec nous.’" Aucune romance ne découle pourtant de cette incursion nocturne (Bardot destinant l’Anglais à l’une de ses proches amies…). Invité à la soirée de fin de tournage de Shalako, Caine reçoit un morceau de pain rassis et dur à la tête ; Bardot n’a en effet pas apprécié de le voir rire à son passage (un complet malentendu, par ailleurs)…

Au final, aucun des principaux protagonistes de Shalako n’aura été réellement satisfait par le film…

Philippe Lombard

[Merci à Jérôme Wybon]

[Sources : "Cinema Retro" n°2, "Moi j’aime les acteurs" de Olga Horstig-Primuz (Jean-Claude Lattès, 1990), "What’s it all about ?" de Michael Caine (Arrow, 1992), "Sean Connery vous avez dit James Bond ?" de Michael Feeney Callan (Zélie, 1993), "Initiales B.B." de Brigitte Bardot (Grasset, 1996), "Je ne suis pas angélique" de Michèle Mercier et Henry-Jean Servat (Denoël, 2002), "Brigitte Bardot par amour... et c’est tout !" de Emmanuel Bonini (Alphée-2009), www.western-locations-spain.com, www.telegraph.co.uk]

Titre Original :
SHALAKO

Année : 1968

Nationalité : Angleterre / Espagne / Allemagne

Réalisé par :
Edward Dmytryk

Ecrit par :
Scott Finch, J.J. Griffith, Hal Hopper, Clarke Reynolds & Louis L'Amour

Musique de :
Robert Farnon

Interprété par :
Sean Connery, Brigitte Bardot, Stephen Boyd, Jack Hawkins, Peter van Eyck, Honor Blackman, Woody Strode, Eric Sykes, Alexander Knox & Valerie French


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