Les Faucons de la nuit (1981)
Posté le 2010-10-18 02:54:44

Après le triomphe de Rocky II, Sylvester Stallone accepte le scénario de Attack, écrit par David Shaber (l’auteur des Guerriers de la nuit de Walther Hill). Il doit incarner son premier rôle de policier, le détective Deke DaSilva de la police de New York, qui affronte un terroriste (très inspiré de Carlos). "Le film était au départ une analyse psychologique profonde du terrorisme international, explique l’acteur, avec le portrait détaillé d’une relation conjugale et d’une relation amicale qui s’opposent dans la vie d’un policier, dans la mesure où le temps qu’il passe avec son coéquipier finit par être plus important que sa vie conjugale… Le studio en a fait un thriller de série B, violent sans rime ni raison !"

Avant que ses relations avec la production ne se détériorent, Stallone prend très à cœur son rôle et décide de suivre les patrouilles nocturnes de la "Street Crime Unit", une section de la police de New York (créée en 1971) spécialisée dans le flagrant délit d’agression et de vol, et qui n’hésite pas à se déguiser pour tromper et attirer les voyous. Le producteur Martin Poll et le comédien Billy Dee Williams l’accompagnent. "Nous avons du signer des décharges auprès de la Police et de la ville, qui assuraient ces dernières que nous ne les traînerions pas en justice si nous nous faisions tirer dessus ou tuer", raconte Poll. Les trois hommes restent dans les voitures de renfort et assistent à des arrestations. Ils sympathisent avec les policiers qui, comme ceux du film, sont la plupart divorcés et constamment confrontés au danger. Pendant le tournage, ils apprendront que l’un de ceux qu’ils ont côtoyé a été égorgé ; sauvé par les médecins des urgences, il sera finalement abattu huit semaines plus tard. La production engage comme conseiller technique Russel L. Bintliff, auteur de plusieurs ouvrages de référence, comme le "Manuel d’entraînement à destination des forces de l’ordre".

SylvesterStallone décide de changer de look ; il perd 17 kilos, se fait pousser la barbe et porte des lunettes teintées. "Pour "rendre" le personnage de DaSilva parfaitement, j’ai dû travailler ma démarche et mon allure générale. Il s’agit d’un ancien militaire. Même son langage est particulier. Quand il est dans les rues, c’est un homme différent de celui qui parle en société." Billy Dee Williams réfléchit lui aussi à son personnage de flic, partenaire de DaSilva, surtout qu’il est au départ peu enthousiasmé par le rôle, faire-valoir de celui de Stallone. "Je me suis dit "OK, on ne voit pas sa mère, sa sœur ou sa petite amie, mais pourquoi fait-il ce boulot ?" C’est un engagé volontaire, il fait ça pour lui. J’ai imaginé que ce gars avait fait le Vietnam et qu’il aimait l’excitation du combat. Il aime se retrouver en pleine action. Il y a aussi en lui du bon samaritain, il aime à penser qu’il protège la société."

Pour le rôle du terroriste Wulfgar, Martin Poll recherche un acteur européen, capable de tenir la dragée haute à Stallone. Son fils insiste pour qu’il voit Rutger Hauer dans Le Choix du destin de Paul Verhoeven. Convaincu, il fait venir le Néerlandais en Californie. "À la minute où nous l’avons vu, Sly et moi nous sommes regardés et avons opiné du chef. Nous savions." Le rôle de la compagne de Wulfgar est confiée au top-model indien Persis Khambatta, que Poll a découvert au festival de Cannes et qui vient de connaître le succès dans le rôle du lieutenant Ilia dans Star Trek - le film de Robert Wise, où elle s’était rasé le crâne.

Désormais intitulé Hawks, le film débute dans les rues de New York en février 1980, sous la direction de Gary Nelson (Le Trou noir et, plus tard, Alan Quatermain et la cité de l’or perdu). "Dès le deuxième jour de tournage, se souvient Stallone, Nelson a pris son microphone et a demandé aux membres de l’équipe si quelqu’un avait la moindre idée de réalisation à lui proposer. Inutile de préciser qu’il a été remplacé sur le champ." Les journaux de l’époque, quant à eux, parlent de désaccord entre les deux hommes à propos de la barbe du personnage (!) et de tensions dues à la femme de Nelson, se plaignant que la caravane de Billy Dee Williams est plus grande que celle de son mari…

Stallone suggère de donner sa chance à un de ses amis, Bruce Malmuth, qui n’a jusque-là réalisé qu’un sketch du film Foreplay en 1975. Le temps qu’il arrive sur place, cependant, l’équipe va se retrouver sans réalisateur le temps d’une journée. Pour ne pas perdre de temps et (surtout) d’argent, il est convenu que la star passe derrière la caméra pour réaliser une partie de la scène de la poursuite dans le métro (Stallone a déjà à son actif La Taverne de l’enfer et Rocky II). Mais la Directors Guild of America veille. Un acteur ne peut remplacer un réalisateur que si ce dernier n’est pas parvenu à atteindre le lieu du tournage, dans un endroit "exotique" par exemple. La DGA finit par accepter la solution proposée en échange de 50.000 dollars…

Le tournage se déroule dans le Bronx, le Queens et Brooklyn, mais le seul vrai problème est d’obtenir les autorisations d’utiliser le téléphérique reliant Manhattan à la Roosevelt Island. Wulfgar y prend en otages des représentants des Nations Unies. Les habitants ne veulent pas voir leur ligne perturbée par un film qui, de plus, pourrait donner des idées à d’autres productions (bien plus tard, Sam Raimifera s’y dérouler le final de Spider-Man). La venue de Stallone en personne… ne change rien, il est même hué par la foule. L’affaire se dénoue en justice au profit de Martin Poll, qui décide d’aplanir les angles en versant 20.000 dollars au centre pour la jeunesse de l’île.

Sur ce téléphérique, justement, Stallone va réaliser ce qu’il considère comme la cascade la plus dangereuse de sa carrière. Accroché à un câble, il est hissé jusqu’à la cabine, au-dessus du vide. "Rien n’avait été testé et on m’avait demandé de prendre dans ma main gauche un couteau Gerber pliant, car au cas où le câble lâcherait et que j’aurais survécu à une chute de 70 mètres dans l’East River qui m’aurait entraîné dans les courants glacés à 12 km/h, j’aurais pu me libérer de mon harnais. C’était tellement stupide de croire que j’aurais pu survivre à une telle chute. Donc, je pensais que la chose la plus intelligente à faire était de se faire hara-kiri pendant la descente…" Tout se déroule finalement comme prévu.

La collaboration avec Bruce Malmuth ne se passe pas très bien et les deux amis ne se parleront plus après le tournage. La première version du montage enchante Stallone, ce qui n’est pas le cas de la production. "On nous a demandé de couper plusieurs séquences importantes. À l’origine, la scène finale du film était très intense et rivalisait en termes de violence avec celle de Taxi Driver." Rutger Hauer et Lindsay Wagner (l’ex-femme de DaSilva) souffrent également du remontage et personne n’a vraiment envie de promouvoir le film, définitivement intitulé Nighthawks, à l’exception de Billy Dee Williams qui s’exprime dans les médias. Stallone convainc Poll d’incorporer ses idées dans un montage qui est présenté en sneak preview à Santa Monica… sans succès.

Philippe Lombard

[Sources : "The New York Times" du 10 avril 1981, "Park City Daily News" du 17 avril 1981, "Milwaukee Journal" du 22 mai 1981, "Impact" n°1 (2009), "Sylvester Stallone" de Marsha Daly (St Martin’s Press, 1984), "Sylvester Stallone" de Guy Braucourt (PAC, 1985), "Round One With Sylvester Stallone Q&A" (www.aintitcool.com, 1er décembre 2006)]

Titre Original :
NIGHTHAWKS

Titre français :
FAUCONS DE LA NUIT, LES

Année : 1981

Nationalité : Etats-Unis

Réalisé par :
Bruce Malmuth

Ecrit par :
David Shaber & Paul Sylbert

Musique de :
Keith Emerson

Interprété par :
Sylvester Stallone, Billy Dee Williams, Lindsay Wagner, Persis Khambatta, Nigel Davenport, Rutger Hauer, Hilary Thompson & Joe Spinell


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