Le Fils de la Panthère Rose (1993)
Posté le 2010-09-12 14:51:52

1991. Alors que la série des James Bond est interrompue à cause d’un procès, United Artists décide de relancer celle des Panthère Rose, malgré l’échec des deux derniers films au box-office (A la recherche de la panthère rose et L’Héritier de la panthère rose). Blake Edwards se met à sa table de travail. L’idée n’est pas de repartir à la recherche du célèbre diamant ni même de Jacques Clouseau, définitivement disparu. Le cinéaste reprend le concept de l’"héritier", qui est cette fois naturel. L’inspecteur a eu, en effet, sans le savoir un fils de Maria Gambrelli (la bonne accusée de meurtre dans Quand l’inspecteur s’emmêle, Jacques. Lequel a marché sur ses traces, puisqu’il est policier.

Casting à l’italienne
Succéder à Peter Sellers n’est pas une mince affaire, et Blake Edwards met du temps à trouver l’oiseau rare. Il jette son dévolu sur Gérard Depardieu, qui débute une carrière américaine, avant de choisir l’italien Roberto Benigni. Le futur "oscarisé" (pour La vie est belle) n’est pas encore une vedette sur le plan international mais ses films ont remporté un triomphe en Italie. Son rôle dans Down By Law de Jim Jarmush convainc Blake Edwards de l’engager. "Etre le fils de Clouseau" dira l’acteur, "est le plus grand honneur qui puisse être fait à un homme."

Blake Edwards propose tout naturellement le rôle de Maria Gambrelli à Elke Sommer, l’interprète originale. "J’ai rencontré Blake" raconte-elle, "il m’a donné le script. Mais je n’ai pas pu, vraiment pas pu. Je pense que sans Peter, cela n’est rien. Je ne me serai pas sentie en communion avec le film." Le personnage est alors officiellement destiné à Sophia Loren (qui avait été pressentie en 1964 pour le rôle), pour être finalement confié à Claudia Cardinale, interprète de la Princesse Dala dans La Panthère Rose, histoire de rester en famille !

Henry Mancini compose bien évidemment la musique et les habitués de la série rempilent : Herbert Lom (Dreyfus), Burt Kwouk (Cato), Liz Smith (Marta Balls) et Graham Stark (qui reprend le rôle d’Auguste Balls, quinze ans après La Malédiction de la panthère rose). Seul André Maranne, décédé en 1989, est remplacé dans le rôle de François par Dermot Crowley.

Tournage en famille
Le tournage est annoncé en fanfare en mai 1992 au Festival de Cannes, qui rend d’ailleurs hommage à Blake Edwards, en projetant neuf de ses films (dont deux Panthère rose). Prenant la place traditionnelle de James Bond, l’affiche de Son of the Pink Panther orne l’entrée du Carlton et une conférence de presse mémorable est organisée avec le cinéaste et Roberto Benigni. Fidèle à lui-même, l’acteur italien se déchaîne, comme s’en souvient le journaliste Jean-Pierre Lavoignat : "Avec la complicité d’un des serveurs, Benigni pulvérise les plateaux, jette des peaux de bananes, fait voler les tartes à la crème. Gag."

Sur la Côte d’Azur, Blake Edwards est bien entendu venu en compagnie de son épouse Julie Andrews. Une aubaine, selon le directeur de production Frédéric Bovis. "Elle n’aurait pas été là, on aurait eu beaucoup de mal. Blake Edwards est un monsieur très caractériel. Quand il ne veut pas quelque chose, il ne veut pas ! Julie Andrews est son remède calmant. Elle le connaît par cœur, elle sait ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas." Lorsque le cinéaste annonce qu’il veut séjourner dans une villa au Cap d’Antibes, l’équipe de production n’est pas très enthousiaste. Elle préfèrerait l’avoir "sous la main" (pour éviter les pannes de réveil ou les demandes trop difficiles à satisfaire) et propose de l’installer au Méridien de Nice, où 140 chambres sont déjà retenues pour les techniciens et les acteurs. Julie Andrews discute avec le directeur de l’hôtel de la possibilité de réaménager la suite présidentielle selon les goûts de son époux (moquette, meubles, etc.), qui va y demeurer pendant trois mois. Les coûts sont partagés et l’affaire est conclue !

Sur ce film, le clan Edwards s’élargit avec la présence de ses deux enfants, Jennifer et Jeffrey. La première incarne un des membres du gang de kidnappeurs, après avoir déjà joué des petits rôles dans plusieurs films de son père (SOB, L’Homme à Femmes, Un sacré bordel). Quant à Jeffrey, il est le directeur de seconde équipe, ce qui lui permet de réaliser presque un tiers du film. Il avait débuté comme assistant-monteur sur Elle, SOB et Victor/Victoria, et avait également co-écrit les scénarios de A la recherche de la panthère rose et de L’Héritier de la panthère rose.

Le "Clouseau Day"
Les prises de vues débutent le 8 juin aux studios de la Victorine, à Nice, où Blake Edwards a déjà tourné plusieurs Panthère rose. Les extérieurs sont ensuite filmés dans la région pendant plusieurs semaines. Le 30 juin, le réalisateur tourne à Nice, boulevard Delfino, une scène particulièrement surréaliste (qui sera écartée au montage), puisqu’il s’agit du "Clouseau Day" : un jour de fête nationale où tout le monde se déguise en Clouseau. Un cauchemar pour le commissaire Dreyfus mais un bonheur pour les figurants, qui sont invités par la production à faire preuve d’imagination. "Il ne s’agit pas d’imiter Peter Sellers" explique alors le producteur Tony Adams, "mais d’imaginer la tenue la plus conforme à la logique particulière de l’inspecteur, spécialiste infaillible du déguisement qui révèle…".

Le tournage de cette séquence n’est pas seulement réservé aux figurants professionnels mais est ouvert à tous les amateurs qui voudront bien se prêter au jeu. Informé par Tony Adams, le quotidien régional "Nice-Matin" annonce dans son édition du 26 juin qu’"afin d’"intéresser la partie", la production a fait de la Fiat du film le lot unique qui récompensera le travestissement, le comportement jugés les plus "clouseauiens" devant les caméras." Branle-bas de combat pour le directeur de production, qui n’était pas au courant, le véhicule n’ayant été que prêté par le concessionnaire ! Il faut donc acheter la voiture en toute hâte à Fiat.

Le jour venu, 700 figurants (pour 1300 candidatures) se pressent sur la place Normandie-Niemen et ses alentours. Parmi eux, on compte 550 Clouseau, hommes, femmes, jeunes, vieux ! Rien ne leur manque : ni le chapeau, ni la moustache, ni l’imperméable (malgré la saison). Le gagnant, Frédéric Garibaldi, non content de revêtir la panoplie complète de Clouseau, s’est paré d’une auréole, d’une paire d’ailes et d’un panneau "I am back". Il prendra possession du véhicule le 13 août aux studios de la Victorine. "Jamais un figurant, ordinairement payé sur la base d’un tarif variant de 400 à 700 francs la journée, n’a touché un cachet d’une telle valeur pour une seule prestation devant des caméras", constatera "Nice-Matin".

"Meilleur que Peter Sellers"
La collaboration entre Benigni et Edwards se passe très bien. "J’ai toujours eu une chance incroyable avec mes acteurs" reconnaît le réalisateur. "Dans ma carrière, j’ai très souvent tourné avec quelqu’un que je n’avais pas pressenti au départ. Et ça m’a toujours réussi ! Là, j’avais choisi Depardieu et je me retrouve avec Benigni. Il est sensationnel ! Il est même physiquement meilleur que Peter Sellers. Parce que c’est un mime : il perpétue la tradition des comédiens du muet." Preuve en est : l’hilarante séquence où, se faisant passer pour un médecin, il se plante malencontreusement une seringue dans le bras et se saoule à l’alcool à 90°.

Lors du mariage final, Dreyfus apprend que Maria Gambrelli a eu de Clouseau des jumeaux et que Jacques a une sœur. Pour cette scène, tournée à l’église Sainte-Dévote de Monaco, Roberto Benigni donne la réplique à sa femme, Nicoletta Braschi (sa partenaire dans la plupart des films qu’il a réalisés). "Clouseau Junior l’enlace et la fait tournoyer dans les airs" écrit Vincent Rémy, l’envoyé spécial de "Télérama". "Scène mouvementée, difficile. Benigni et Braschi tournent encore et encore. "Encore une fois, si possible !" demande Blake Edwards. "Once more, ecco, bien sûr, no problem, no problem." Sourire diabolique. Benigni hausse les épaules, s’éponge le front et embrasse le ventre rebondi du premier assistant."

L’acteur italien est particulièrement apprécié par toute l’équipe, ce qui le met en confiance. La scène, où Jacques Gambrelli arrive en vélo à l’hôpital et s’immobilise dans une marre de ciment, devait être tournée par un cascadeur mais Benigni a décidé de la faire lui-même. A la fin de la prise, tous les techniciens l’ont applaudi, à sa grande joie. " Il est dans la vie comme dans ses films " affirme Frédéric Bovis. "On rigole, rien qu’à le regarder ! Il est vraiment très pro, très à l’écoute et très bon acteur." Les femmes qui travaillent sur le film ont fait un sondage destiné à désigner l’homme qu’elles souhaiteraient épouser, parmi tous ceux de l’équipe. Autant dire que Roberto Benigni a remporté le plus grand nombre de suffrages !

La robe de chambre de Claudia
Claudia Cardinale est beaucoup plus à l’aise qu’à l’époque de Panthère Rose, et se réjouit de retrouver Edwards, qu’elle n’a pas revue depuis trente ans. "Il n’a pas changé. Il tourne toujours à une vitesse incroyable. Lorsque Roberto a joué sa première scène, il pensait que c’était un essai. Il n’a pas eu le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait que c’était déjà fini."

Lors de sa rencontre avec Dreyfus, Claudia Cardinale doit porter une robe de chambre. Mais le vêtement n’est pas encore arrivé sur le plateau et le tournage doit s’interrompre. Julie Andrews propose aussitôt d’aller piocher dans sa garde-robe à l’hôtel. "Elle est revenue un peu plus tard avec des robes de chambre affreuses, pleines de volants, de petites fleurs, de dentelles" se souvient l’actrice. "Le contraire de mon style : ce n’est pas par hasard que j’ai choisi, depuis des années, un couturier qui est le summum de la sobriété et de la simplicité. Je ne savais comment refuser, sans blesser Julie, si gentille, et toujours prête à apporter son aide. Mais j’ai eu un coup de génie : j’ai enfilé la plus large et m’y suis faite toute petite, puis je suis allée voir Blake. "Tu vois ? Ce n’est pas ma taille…", lui ai-je dit, et il m’a répondu : "Incroyable, je ne pensais pas que vous étiez aussi différentes, toi et Julie." J’en ai réchappé ainsi !"

Le Fils de la panthère rose sort en août 1993 aux Etats-Unis et connaît un véritable échec commercial. Il n’est pas distribué en France (sauf en vidéo).

Philippe Lombard

[Texte paru dans mon livre " Pleins feux sur… la Panthère Rose ", édité chez Horizon Illimité (Dragoon) en 2005]

[Sources : "Moi, Claudia, toi Claudia" de Claudia Cardinale et Anna Maria Mori (Grasset, 1995), "The New York Times" du 19 juillet 1992, "Studio Magazine" n°63, "Nice-Matin" du 26 juin 1992, "Télérama" n°2224, "PSAS Magazine" (hiver 2004), témoignage à l’auteur de Frédéric Bovis]

Titre Original :
SON OF THE PINK PANTHER

Titre français :
FILS DE LA PANTHERE ROSE, LE

Année : 1993

Nationalité : Etats-Unis / Italie

Réalisé par :
Blake Edwards

Ecrit par :
Blake Edwards, Maurice Richlin, Madeline Sunshine & Steven Sunshine

Musique de :
Henry Mancini & Bobby McFerrin

Interprété par :
Roberto Benigni, Herbert Lom, Claudia Cardinale, Shabana Azmi, Debrah Farentino, Jennifer Edwards, Robert Davi, Mark Schneider, Mike Starr, Kenny Spalding, Anton Rodgers, Burt Kwouk & Graham Stark


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