L’Aîné des Ferchaux (1963)
Posté le 2010-09-05 22:59:08

Au printemps 1961, une annonce est publiée par le producteur Fernand Lumbroso dans "Le Film Français" : Alain Delon va tourner une adaptation de L’Aîné des Ferchaux de Georges Simenon réalisée par Jean Valère. La star montante a suggéré Michel Simon pour incarner Ferchaux, ce puissant industriel contraint de fuir à l’étranger, et Romy Schneider pour un rôle secondaire. Mais en juillet, Delon préfère partir en Italie tourner L’Eclipse d’Antonioni et, pour se désengager de son contrat avec Lumbroso, refuse le nom de Valère. Aucun metteur en scène n’étant désigné à la date prévue, le contrat est annulé, comme le stipule une des clauses.

Fernand Lumbroso propose alors le rôle à Jean-Paul Belmondo, qui se dit intéressé si Jean-Pierre Melville (avec qui il est en train de tourner Le Doulos) met en scène le film. Celui-ci accepte et écrit une première adaptation, assez éloignée du roman. Le producteur, qui a payé cher les droits, lui demande de revenir à une histoire intermédiaire. "À cette époque, j’étais encore capable de céder devant de tels arguments", dira Melville.

Le réalisateur contacte l’acteur américain Spencer Tracy mais son état de santé inquiète les assurances. Charles Boyer se montre intéressé par le rôle mais Melville le trouve "trop beau" et engage Charles Vanel . "Je n’aimais pas son scénario, raconte l’acteur. Il cultivait l’invraisemblance. Par exemple, un type comme Ferchaux n’allait pas, en un après-midi, faire de Belmondo son homme de confiance. Il n’y avait pas de rigueur dans sa construction. Pas davantage dans son dialogue. Quand je ne suis pas d’accord, avant de commencer un film, je discute pour que tout soit clair avant le tournage. Avec Melville la discussion était impossible. Il avait la science infuse. On s’est donc engueulés. Cela commençait mal !"

Et ce n’est que le début. Lorsque Melville apprend que Vanel projette d’emmener sa femme aux Etats-Unis pour les quelques semaines de tournage qui y sont prévues, il voit rouge. Une telle présence ne peut être que source d’ennui, assure-t-il. Aussi, lorsque Lumbroso évoque un coût élevé, le réalisateur saute sur l’occasion et décide de tout tourner en France. La banque new-yorkaise où Ferchaux récupère son argent est en réalité la Société Générale du boulevard Haussmann à Paris, et l’autoroute qui mène les deux hommes de Big Apple à la Louisiane est celle de l’Esterel (garnie de voitures américaines pour les besoins de la scène).

Le tournage débute aux studios Jenner (qui appartiennent à Melville ) en août 1962 ; le film s’intitule alors Un jeune homme honorable. Connu pour avoir fait de la boxe, Jean-Paul Belmondo n’a pourtant encore jamais combattu à l’écran et Melville tient à être le premier à le filmer sur un ring. Une salle de boxe est donc reconstituée à l’identique et "Bébel" retrouve des amis qu’il a connus à l’Avia-Club : le comédien Dominique Zardi qui fut son professeur et qui joue ici l’arbitre, et le champion de France poids welters Maurice Auzel qui deviendra sa doublure lumière sur la plupart de ses films. "Sans le vouloir, raconte Melville, (Auzel) a mis réellement Belmondo "k.o.". La deuxième fois que vous le voyez tomber, ce n’est pas de la fiction."

Sur le plateau, les relations ombrageuses entre Melville et Vanel s’enveniment le jour où le premier découvre dans le contrat du second une clause lui permettant de changer ses dialogues et ceux de ses partenaires. "Autrement dit, il devenait, en somme, mon superviseur. Quand j’ai appris ça, je suis devenu comme fou." Vanel va dès lors refuser d’adresser la parole à son metteur en scène. Belmondo, constatant l’attitude sévère et injuste de Melville à l’encontre de Vanel, décide de se montrer solidaire avec ce dernier et le rejoint dans son indifférence entre les prises de vues. "En tant qu’acteur, ça ne me dérangeait pas du tout. Au contraire, je trouve que ça aide plutôt : on entre dans son monde et on fait moins de concessions." La vedette du Salaire de la peur s’entend très bien avec Belmondo. "Ce qu’on avait en commun, c’était de ne pas se prendre au sérieux, contrairement à Melville."

À la fin du tournage, fin octobre (alors que se déroule la crise de Cuba), Melville se rend avec une petite équipe tourner certains plans d’extérieurs à New York. Il ne tournera plus avec Jean-Paul Belmondo et Charles Vanel.

Philippe Lombard

[Sources : "Le Film Français" n°884-885, "Le Cinéma selon Jean-Pierre Melville" de Rui Nogueira (Seghers, 1973), "Monsieur Vanel" de Jacqueline Cartier (Robert Laffont, 1989), "Belmondo" de Philippe Durant (Robert Laffont, 1993)]

Titre Original :
AINE DES FERCHAUX, L'

Année : 1963

Nationalité : France / Italie

Réalisé par :
Jean-Pierre Melville

Ecrit par :
Jean-Pierre Melville & Georges Simenon

Musique de :
Georges Delerue

Interprété par :
Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Michèle Mercier, Malvina Silberberg, Stefania Sandrelli & Barbara Sommers


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