Cité de la violence (1970)
Posté le 2009-10-20 17:13:51

En 1969, après une série de westerns (Colorado, Le Dernier Face-à-face, Saludos Hombre), Sergio Sollima se voit proposer un film policier par les producteurs Arrigo Colombo et Giorgio Popi (Pour une poignée de dollars). Mais le scénario de Dino Mauri et Massimo De Rita ne lui convient pas. "C’était d’une grande platitude. L’histoire d’un tueur professionnel qui tombe amoureux et devient gentil… Mais à partir du moment où les producteurs m’ont dit que le film allait se tourner en Amérique, l’histoire m’est apparue beaucoup plus intéressante. Je n’allais pas laisser passer l’opportunité de tourner là-bas." Il obtient de réécrire le scénario et s’associe avec Lina Wertmüller (ainsi qu’à Sauro Scavolini et Gianfranco Galligarich). Au cours de leur collaboration, l’histoire est totalement modifiée, jusqu’à devenir, selon Quentin Tarantino, un remake de La Griffe du passé de Jacques Tourneur. "L’histoire est la même en tous points, sauf que Charles Bronson est un tueur alors que Mitchum était un détective, Telly Savalas a le rôle de Kirk Douglas et Jill Ireland celui de Jane Greer."

Avant que ce casting ne soit choisi, Sergio Sollima avait pensé à plusieurs couples comme Jon Voight-Sharon Tate ou Tony Musante-Florinda Bolkans. Une fois engagé, Charles Bronson impose sa femme Jill Ireland (qui n’a encore jamais été en vedette, et qui ne jouera par la suite qu’avec son mari). Le tournage débute à Saint-Thomas aux îles Vierges. Le réalisateur de seconde équipe doit tourner la séquence d’ouverture de poursuite en voitures réglée par Rémy Julienne (tout juste auréolé du succès de L’or se barre). Mais, explique ce dernier, "il a une toute autre conception que moi quant au traitement des scènes. J’y suis habitué et, après deux journées assez pénibles, je lui fais part de mes doutes devant le délégué de production qui ne veut ou ne peut prendre parti. Les prises sont expédiées chaque jour aux producteurs et, après une semaine de tournage, ceux-ci, très en colère, rappellent toute l’équipe. Il est certain que des têtes vont tomber."

Quelques semaines plus tard, Julienne revient à Saint-Thomas pour retourner la scène cette fois sous la direction de Sergio Sollima. Les rues de l’île sont étroites et les cascadeurs doivent redoubler de prudence, surtout lorsque les caméras sont installées sur les véhicules. Rémy Julienne et Yves Gabrielli roulent vite, trop vite même aux yeux des policiers locaux qui les arrêtent et les placent en cellule ! Dans la scène de fusillade, où Charles Bronson est gravement blessé tandis que sa voiture brûle, "personne ne sait comment placer les caméras, faire bouger les acteurs, explique Julienne (qui joue aussi un des tueurs). Voyant l’impasse, Charles Bronson a cillé lentement des paupières, s’est avancé et a proposé une solution. C’était la bonne."

Sergio Sollima continue les prises de vues aux Etats-Unis et plante ses caméras à la Nouvelle-Orléans. "C’est une ville magique, un mélange de trois cultures : américaine, française et indigène." Le tournage est plutôt mouvementé. Cinéaste engagé à gauche, Sergio Sollima participe à une manifestation hippie où il se fait arrêter par la police. "Ils m’ont laissé sortir quelques heures plus tard, mais l’atmosphère était tendue." Il doit ensuite mettre tout son poids dans la balance pour convaincre la production de tourner dans la banlieue de la ville ; quelques mois plus tard, des émeutes s’y dérouleront…

L’équipe rejoint ensuite les studios de Cinecittà à Rome pour les scènes d’intérieur. Tous les plans de Charles Bronson au volant filmés à Saint-Thomas doivent être refaits avec des transparences. La scène finale, où Jill Ireland est abattue dans un ascenseur, est également tournée en décors (avec l’insertion de plans tournés à la Nouvelle-Orléans et San Francisco). À cette occasion, explique Sergio Sollima, "Ennio Morricone avait composé une partition superbe. Mais j’ai préféré le silence intégral, juste l’impact des balles frappant la vitre. Je trouvais cela plus efficace et il m’en a voulu." Cependant, et sans que le réalisateur ne puisse l’expliquer des années plus tard, la version française contient bien cette musique…

Production européenne, Cité de la violence ne sortira aux Etats-Unis qu’en 1973, pour profiter de la nouvelle popularité de Charles Bronson , et sera retitré The Family pour surfer sur la vague du Parrain

Philippe Lombard

[Sources : "Giallo Pages" n°3, "Mad Movies" n°148, "DVD Vision" n°30, "Shooting Violent City" (Anchor Bay, 2002), "Silence… on casse !" de Rémy Julienne (Flammarion, 1978)]

Titre Original :
CITTA VIOLENTA

Titre français :
CITE DE LA VIOLENCE
Titre anglais :
VIOLENT CITY / FAMILY, THE

Année : 1970

Nationalité : Italie / France

Réalisé par :
Sergio Sollima

Ecrit par :
Massimo De Rita, Gianfranco Galligarich, Arduino Maiuri, Sauro Scavolini, Sergio Sollima & Lina Wertmüller

Musique de :
Ennio Morricone

Interprété par :
Charles Bronson, Jill Ireland, Michel Constantin, Telly Savalas, Umberto Orsini, Ray Saunders & Benjamin Lev


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