La Malédiction de la Panthère Rose (1978)
Posté le 2009-09-15 15:36:59

Quand la Panthère Rose s’emmêle (1976) semblait marquer la fin de la série des aventures de l’inspecteur Clouseau, d’autant que Blake Edwards et Peter Sellers sont à court d’inspiration et cherchent à concrétiser des projets plus personnels. Mais United Artists les convainc de tourner un ultime volet. "La principale raison pour laquelle je l’ai fait", déclarera Blake Edwards, "est le formidable impact que la série semble avoir, et aussi parce que le projet existait. Je n’avais rien de prévu à l’époque, et Peter était disponible. J’ai alors dit "Très bien, allons-y. Voyons si on peut en faire un autre.""

Bons baisers de Hong Kong

Le tournage de La Malédiction de la Panthère Rose débute à Hong Kong en janvier 1978. L’équipe arrive pendant le nouvel an chinois et est accueillie par des pluies diluviennes. Tout le monde se retrouve coincé à l’hôtel Excelsior, contraint de regarder ce ciel désespérément gris et ces gouttes d’eau qui s’abattent sur les fenêtres. Blake Edwards s’impatiente. "Est-ce que quelqu’un sait s’il pleut à Rio ?" demande-t-il très sérieusement. Un des membres de l’équipe répond tout de suite qu’il va se renseigner. Et pendant les heures qui suivent, de nombreux câbles sont échangés entre Hong Kong et Hollywood. Acteurs et techniciens gardent leurs valises prêtes au cas où il faudrait s’envoler pour le Brésil. Mais, par miracle, la pluie cesse de tomber et le ciel s’éclaircit. Le tournage aura bien lieu sur l’île.

Plusieurs scènes sont tournées à l’intérieur de l’hôtel. Dans un des ascenseurs, Clouseau, déguisé en parrain, est entouré de trois gangsters (joués par Robert Loggia, Tony Beckley et Dinny Powell). L’un d’eux laisse échapper un pet, mais aucun ne montre un quelconque signe de culpabilité, il en va de leur réputation. Il est décidé que Edwards produira le bruit suspect avec sa bouche. Mais à chaque prise, le bruitage "maison" fait mourir de rire les acteurs : Sellers s’effondre par terre, Robert Loggia est plié en deux, Dinny Powell se tourne contre la paroi. Edwards n’insiste pas et la scène est tournée sans la flatulence, qui sera ajoutée en postproduction… Plus tard, Burt Kwouk (Cato) doit sortir de l’Excelsior, s’emparer du scooter d’un marchand de glaces et partir à la poursuite de Clouseau. Des policiers l’interceptent aussitôt, persuadé d’avoir affaire à un véritable voleur. L’acteur clame son innocence et se voit obligé de présenter son permis de conduire ! Laissant un membre de l’équipe "en otage", Kwouk va dans sa chambre d’hôtel récupérer le précieux document, qui convainc enfin les hommes en uniforme.

Vacances à Paris

Après un passage par la Côte d’Azur (les rues de Nice, les chantiers navals d’Antibes, le cimetière de Roquefort-les-Pins), Blake Edwards pose une fois de plus ses bagages à Paris. Peut-être en hommage à La Grande Course autour du monde, il tourne une scène de cascades à Montmartre et fait appel à un talent "local", le célèbre Rémy Julienne. Sa carrière ne s’est pas encore internationalisée grâce aux James Bond, mais il travaille régulièrement sur des productions américaines tournées en France (Marseille Contrat, French Connection II, Bobby Deerfield). Dans La Malédiction de la Panthère Rose, il descend les marches du Sacré-Cœur au volant d’une Renault 16. "Pour cette scène, je joue le Français moyen, chauffeur de taxi" se souvient-il. "La légende veut que les Américains voient le personnage avec un béret basque et une baguette de pain sous le bras. Je n’ai pas de baguette et pour cause, mais j’ai droit au béret. Comme je fais 57 de tour de tête et que le béret est un 60, les secousses font que je finis la course au radar, complètement aveuglé, car les oreilles ne suffisent pas pour stopper ce modèle super-confortable. " La scène sera finalement coupée au montage !

Rémy Julienne, qui tourne au même moment La Carapate de Gérard Oury, règle une autre séquence, rue Verniquet dans le XVIIème arrondissement. Une voiture doit passer in extremis entre deux autres à un carrefour. Les habitants du quartier sont méfiants car ils ont encore le souvenir du tournage de L’Ordinateur des Pompes Funèbres de Gérard Pirès (1976), où une explosion intempestive avait soufflé toutes les vitres de la rue. La cascade se déroule sans encombres mais ne sera pas non plus utilisée par Blake Edwards. Julienne n’a décidément pas de chance !

London Calling

La production retourne en Angleterre tourner les scènes d’intérieurs aux studios de Shepperton. Peter Sellers et ses partenaires, ainsi que Blake Edwards, sont habitués aux fous rires, mais pas l’actrice Dyan Cannon, comme s’en souvient Graham Stark : "Très professionnelle, mais ne possédant pas un sens de l’humour particulièrement excentrique, elle était totalement déconcertée de voir Peter qui luttait intérieurement pour ne pas rire. Il parvint à se dominer mais quand arriva la scène où il devait serrer ma main recouverte de bandages, ce qui arrachait un cri désespéré à Auguste, il ne put plus se retenir et éclata de rire. Stupéfaite, Dyan Cannon regarda Blake, qui, dans un grand sourire, lui dit : "Tu n’as encore rien vu."" En effet, dans le plan suivant, Stark doit souffler dans un cornet et recevoir en retour une giclée de poussière. Six prises seront nécessaires avant que Sellers parvienne à garder son sérieux. Ensuite, Balls doit déclamer un poème à la gloire de son enseigne, qui se termine par ce jeu de mots graveleux : "You’ve got Balls" (quelque chose comme "Vous pouvez compter sur Balls", qui signifie aussi en anglais "Vous avez des couilles"). Après huit tentatives et la mise à l’écart de Sellers sur le plateau, Blake Edwards termine la scène par un gros plan de Stark.

Mais tout ne se passe pas aussi bien. Une des scènes prévoit que Clouseau et Cato s’introduisent dans le Club Foot (la boîte de nuit funk), déguisés en noirs avec des dreadlocks. Mais Peter Sellers ne parvient pas à maîtriser ce déguisement ni à trouver le ton juste, ce qui l’énerve au plus haut point. La journée entière ne suffit pas à le calmer et à lui faire trouver la solution. A deux heures du matin, il téléphone à Blake Edwards pour le rassurer : "Ne t’inquiète pas pour demain. Je sais comment faire." Le cinéaste veut en savoir plus mais Sellers lui assure que Dieu l’a mis sur la voie. Le lendemain, l’acteur est impatient de commencer et ne veut même pas attendre que le plan soit prêt. Il se lance alors dans son interprétation. "Il était évident qu’il n’avait rien préparé. Il pensait simplement, par je ne sais quel miracle, faire quelque chose de brillant, mais ce fut horrible. Je lui ai alors dit : "Fais-moi plaisir, Peter. A l’avenir, dis à Dieu de rester en dehors du show-business. "" Sellers prend cette plaisanterie très au sérieux et tombe dans un état dépressif, qui oblige Edwards à modifier totalement la scène et à faire jouer Clouseau par des doublures (d’où les courtes échelles et les chutes dans la vitrine de la boulangerie).

Aussi durs que du bois

Mr Chong, l’expert en arts martiaux engagé par Douvier pour tuer l’inspecteur-chef Clouseau est incarné par Ed Parker, inventeur d’une nouvelle forme de kenpo, qui porte son nom. "Le Kenpo Ed Parker se différencie des autres styles de Kenpo par le fait qu'il est une méthode de self-defence moderne. (…) Prenant en considération l'humilité, la courtoisie, le respect et la bienveillance, le Kenpo Ed Parker, au delà de l'aspect martial, est une voie d'épanouissement physique, psychique, philosophique et spirituel. De plus, il enseigne un comportement applicable à la vie quotidienne." Parker initia son ami Elvis Presley à cette forme de combat et devint par ailleurs son garde du corps dans les dernières années de sa vie.

Si impressionnant soit-il, Ed Parker doit tout de même être doublé pour une scène de chute. Dans son appartement, Clouseau prend Mr Chong pour Cato et lui assène un violent coup de bâton sur le crâne. Le cascadeur George Leech prend alors sa place : il tombe en avant, glisse sur un gourdin, atterrit sur un chariot et passe par la fenêtre. "De la fenêtre, je devais tomber à travers une verrière sur une table où une famille italienne mangeait des spaghettis, puis défoncer la table, le plancher, le plafond en plâtre de l’étage d’en dessous, passer devant un couple âgé regardant la télévision et disparaître par le plancher. La position de la verrière par rapport à la table, couverte de nourriture, de bouteilles et de verres, était à prendre sérieusement en considération, ainsi que celle des cascadeurs jouant le rôle des convives. Personne n’a été blessé." Leech considère cette cascade comme l’une de ses meilleures. Il doublera également Peter Sellers dans la scène où Cato monte sur les épaules de Clouseau, provoquant leur chute dans la vitrine d’une boulangerie. On le verra enfin dans le rôle d’un agent de police, qui menotte l’inspecteur-chef et l’amène à l’hôpital psychiatrique.

La projection de La Malédiction de la Panthère Rose destinée à la presse a lieu en juillet 1978 à l’hôtel Kuilima de Hawaï. Pendant trois jours, des centaines de journalistes ont été invités par United Artists à fêter la sortie de ce nouvel opus et à interviewer toute l’équipe. Le film sort quelques jours plus tard sur les écrans américains et remporte un énorme succès.

Philippe Lombard

[Texte paru dans mon livre " Pleins feux sur… la Panthère Rose ", édité chez Horizon Illimité (Dragoon) en 2005]

[Sources : "The New York Times" (16 juillet 1978), "Silence… on casse !" de Rémy Julienne (Flammarion, 1978), "Remembering Peter Sellers" de Graham Stark (Robson Books, 1990), "Playboy" (décembre 1982), www.fkka.net, Témoignage à l’auteur de George Leech]

Titre Original :
REVENGE OF THE PINK PANTHER, THE

Titre français :
MALEDICTION DE LA PANTHERE ROSE, LA

Année : 1978

Nationalité : Angleterre / Etats-Unis

Réalisé par :
Blake Edwards

Ecrit par :
Blake Edwards, Frank Waldman & Ron Clark

Musique de :
Henry Mancini

Interprété par :
Peter Sellers, Herbert Lom, Burt Kwouk, Dyan Cannon, Robert Webber, Tony Beckley, Robert Loggia, Paul Stewart, André Maranne, Graham Stark & Alfie Bass


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