Dans un futur proche, un homme
raconte son périple pour réussir, contre vents et marées,
à atteindre les étoiles.

Dans ce film, on se sent
totalement impliqué dans un débat on ne peut plus actuel,
puisqu'il consiste à se demander quelle serait notre attitude
si nous pouvions choisir, non seulement le sexe de nos enfants, mais
aussi leur couleur de peau, leurs capacités intellectuelles,
plus généralement leur futur. Que devient l'éthique
ici ? Que reste t'il à la nature ? Le hasard n'a plus sa place
dans l'acte de procréer, d'ailleurs, il n'y a plus de procréation
à proprement parler, puisque toute la croissance du foetus est
programmée scientifiquement, sous l'oeil attentif de généticiens
et sous le contrôle d'ordinateurs qui analysent, organisent, programment
le "produit final" : l'enfant.

Nous sommes, vous et moi,
des "invalides", dans cette société élitiste
qu'a imaginée Andrew
Niccol. Ici, la parturiente qui laisse sa progéniture au
hasard est considérée comme un rebut de la société
et son enfant ne fera jamais partie des hautes sphères qui dirigent
le monde. Jamais ? Pas si sûr, nous dit ce film magnifique. Il
présente en effet deux frères dont l'un (Ethan
Hawke) est né naturellement, tandis que l'autre a fait l'objet
de manipulations génétiques destinées à
le "protéger" de la maladie et à en faire un
grand de ce monde. En effet, leurs parents, partant d'une bonne intention,
décident de se passer des services de la science pour leur premier
enfant, préférant laisser son avenir au hasard. Malheureusement,
dès la naissance, son profil est calculé avec une extrème
précision par un ordinateur surpuissant, qui en trois seconde,
et d'après une infime goutte de sang prélevée sur
l'enfant, indique aux parents médusés et déconfits
que leur rejeton ne passera pas la trentaine, souffrant de graves problèmes
cardiaques. Commence alors pour les parents un parcours du combattant,
car dans cette nouvelle société, les écoles elles-mêmes
refusent l'admission d'enfants "à risques" dans leur
enceinte. Il faut bien avouer que le petit est particulièrement
chétif et maladroit, pour couronner le tout. Le couple décide
alors de faire appel à la science pour le deuxième enfant.
Le résultat est à la hauteur de leurs espérances.


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Dans ce monde prétendument
parfait, qui n'est pas sans nous rappeler le chef-d'oeuvre d'Aldous
Huxley (Le
meilleur des mondes), les malfrats trouvent un nouveau moyen de
faire de l'argent facile et propre. Ils ne trafiquent pas des organes,
mais se contentent de mettre en relation des "invalides" avec
des "valides" déchus, car le hasard est toujours de
la partie : la génétique ne peut pas prévoir un
accident de voiture, par exemple. Ainsi, Vincent (Ethan
Hawke) fait appel à l'un de ces trafiquants pour accéder
au saint des saints : Gattaca, dont les lettres ne sont ni plus ni moins
que les lettres qui codifient l'ADN. Par cet intermédiaire peu
scrupuleux, Jude Law,
dans le rôle d'un paraplégique porté sur la bouteille,
loue son corps et son identité à Vincent, lui permettant
de tromper les scientifiques de Gattaca. Il lui donne son sang, son
urine, préparant des poches de fluides en tous genres, afin de
déjouer les nombreuses analyses auxquelles doivent se soumettre
les employés de Gattaca. Car dans cette cité, le moindre
cil, le moindre squame est examiné et détermine avec une
redoutable précision l'identité de celui qui a eu le malheur
de semer ses micro-particules à tous vents.

Sur le plan visuel, on se
sent plus dans un film des années 50 que dans le futur, qu'il
s'agisse des costumes, des accessoires ou encore des éléments
de décor. Seuls quelques détails rappellent au spectateur
que l'action se déroule dans l'avenir. Certaines scènes
sont tournées dans des tons froids et métalliques, tandis
que d'autres sont filtrées, notamment les flash-back (empreints
d'une petite touche de nostalgie, comme dans les vieux albums photos,
aux épreuves jaunies par le temps) ou encore les scènes
d'extérieur. Ces contrastes permettent de mettre en évidence
le manque d'humanité qui règne à Gattaca, le manque
cruel de chaleur (humaine). On
y assiste à la dépersonnalisation de l'individu dans la
linéarité des décors et dans l'uniformité
des costumes.
Il est à noter qu'une
fin alternative, dans les suppléments, présente très
dignement un certain nombre de personnalités, parmi lesquelles
on retrouve Albert
Einstein,
JFK, Ray
Charles, Rita
Hayworth..., atteintes de maladies génétiques plus
ou moins graves. Cette fin est un hymne tout entier dédié
à l'Homme. En effet, elle se suffit à elle-même
pour nous rappeler qu'il n'est pas nécessaire d'atteindre la
perfection pour prétendre marquer l'Histoire de son empreinte.
Loin d'être larmoyante,
la sobriété de cette présentation élève
(selon moi) Andrew
Niccol au rang des grands scénaristes du moment. Son talent
ne s'est d'ailleurs pas démenti avec THE
TRUMAN SHOW, scénario
qu'il avait écrit avant celui de GATTACA.
Ce film est une ode à
l'humanité, un traité contre l'eugénisme d'une
intelligence remarquable. Une superbe réalisation vient couronner
un scénario particulièrement bien construit et invite
le spectateur à se poser les bonnes questions.
Nadia
Derradji
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