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 Sujet du message: The Deuce TV (2017) - George Pelecanos / David Simon
MessagePosté: Mer Sep 20, 2017 2:58 pm 
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Localisation: Tokyo dans les annees 70s, baby! Yeah!
Serie sur la legendaire 42eme rue de la grande epoque des cinemas pornos, euh, grindhouses, des pornos suedois, travelos, drogues, macquereaux et GIs paumes. Imaginez le cinema Le Brady, mais de la taille d'un quartier.

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Trailer Saison 1


En bonus, un article sur le legendaire endroit de perdition.

Lien vers l'article original.

http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2017/09/15/il-etait-une-fois-la-42e-rue_5186264_4497186.html

Article en spoiler pour la posterite. Travis Bickle n'aurait pas mieux fait le tour du proprio.

Spoiler : :
Il était une fois la 42e Rue
M LE MAGAZINE DU MONDE | 15.09.2017 À 14H05 • MIS À JOUR LE 18.09.2017 À 15H45

Ce paradis pour touristes était, dans les années 1970, un haut lieu de l’industrie du sexe à New York. « The Deuce », la série diffusée en France depuis le 11 septembre, ressuscite ce lupanar à ciel ouvert.
Par Samuel Blumenfeld

Du tournage de Taxi Driver, de Martin ­Scorsese, le scénariste du film, Paul ­Schrader, se souvient de l’année, 1975, et de la saison, l’été. Une période qu’il a toujours appréciée à New York. Sauf cette année-là. Une grève des éboueurs avait alors plongé la ville dans une atmosphère étrange en raison de l’odeur pestilentielle qui y régnait. Sans autre perspective pour l’équipe du film que de composer avec, le gouvernement fédéral ayant décidé de faire face à la grève et de ne céder à aucune revendication.

Le film se déroulait essentiellement sur la 8e Avenue, entre la 42e et la 52e Rue, à Manhattan.

La 42e en particulier était un cauchemar. « Vous ressentiez une telle violence dans cette portion de la ville, à la hauteur de Times Square. Elle était palpable. C’était vraiment dangereux », raconte Paul Schrader.

Dans Taxi Driver, le quartier de la 42e Rue fait son irruption dans la séquence où Robert De Niro emmène son rendez-vous d’un soir au cinéma. Devant la salle du Lyric Theatre, on aperçoit des prostitués hommes et femmes, des travestis aussi. Une faune en phase avec la programmation du cinéma dont l’affiche est Sometime Sweet Susan, un film pornographique suédois, qui fait fuir la jeune femme.

Aujourd’hui, le Lyric Theatre propose un autre type de spectacles : récemment, Spiderman : Turn Off the Dark, la comédie musicale, avant de programmer, en 2018, Harry Potter et l’Enfant maudit, toujours version comédie musicale. Lorsque, dans Taxi Driver, Robert De Niro tente de calmer la colère de son invitée, horrifiée par ce qu’elle a découvert dans la salle, le spectateur aperçoit un autre cinéma porno, le New Amsterdam Theatre.

Ce dernier est désormais la propriété de Disney, qui y programme également une comédie musicale, Mary Poppins. En 1976, la 42e Rue était l’antichambre de l’Enfer. Au point qu’elle était surnommée « Forty-deuce », puis « The Deuce », « le diable » en vieil anglais. Taxi Driver a offert un écrin d’autant plus précieux à cette portion de Manhattan qu’elle n’existe plus. Scorsese filmait sans le savoir un monde appelé à disparaître. Le vœu formulé par le chauffeur de taxi incarné par De Niro, nettoyer la ville de cette saleté, a été exaucé. Du quartier arpenté par l’acteur à l’écran, il ne reste plus rien. Pour lui donner corps, il faut entièrement le reconstituer, à la manière d’un film d’époque.

Explosion du cinéma pornographique

Ce à quoi s’attelle la nouvelle série produite par HBO, The Deuce, écrite par David Simon. Cet ancien journaliste était déjà à l’origine de The Wire (Sur écoute, en version française), qui, entre 2002 et 2008, offrit ses lettres de noblesse aux séries télévisées grâce à une extraordinaire plongée dans les bas-fonds de ­Baltimore.

Après avoir exploré toutes les ramifications du trafic de drogue, de la contrebande à la corruption politique, David Simon s’intéresse à l’industrie du sexe. Diffusé sur OCS depuis le 11 septembre, The Deuce, dans laquelle jouent James Franco et Maggie ­Gyllenhaal, raconte ce moment particulier de l’histoire de New York. Avec l’explosion du cinéma pornographique, la 42e Rue change de visage.

Curieusement, quand elle rassemblait la lie de la Terre, The Deuce gardait la nostalgie d’une autre splendeur : celle des années 1950 et 1960, durant lesquelles Martin Scorsese et d’autres avaient forgé leur cinéphilie. Les bâtiments somptueux abritant les théâtres au début du XXe siècle avaient alors été reconvertis en salles de cinéma. Souvent des salles de répertoire, qui programmaient régulièrement La Prisonnière du désert, de John Ford, ou La Soif du mal, d’Orson Welles.

Mais aussi Et Dieu créa la femme, de Roger Vadim et avec Brigitte Bardot, ou des documentaires naturistes permettant de voir des corps nus sans heurter la censure. « Un cinéma sur la 42e, c’était tout de même spécial, surtout à partir de la fin des années 1960, précise Marc Eliot, auteur de l’étude de référence sur l’histoire de cette rue (Down 42nd Street. Sex, Money, Culture and Politics at the Crossroads of the World, parue en 2001). La programmation tendait de plus en plus vers l’érotisme soft. »

Et l’ambiance dans les cinémas était particulière, souligne ce témoin de l’époque : « Prenez une salle comme l’Apollo. Les quatre premiers rangs étaient réservés aux femmes, de manière qu’elles ne soient pas emmerdées. Il y avait beaucoup de drague homosexuelle aussi. Cette ambiance est d’ailleurs très bien restituée dans Macadam Cowboy [1969], où le gigolo, incarné par Jon Voight, administre une gâterie à un étudiant dans un cinéma de la 42e. L’Oscar du meilleur film décerné au film en 1970 ressemblait à une reconnaissance indirecte de la 42e Rue, le lieu où tout le monde désirait se rendre sans vraiment oser le faire. Je me souviens qu’une fois, à l’Apollo, j’étais allé aux toilettes, qui se réduisaient à une série d’urinoirs sans porte… Alors que je me demandais pourquoi, la réponse ne se fit pas attendre : deux mecs m’y avaient suivi. »

Pickpockets, maquereaux, travestis

L’année 1966 marque un tournant pour la 42e Rue, en raison des nouvelles régulations de l’État de New York, avec des lois plus permissives sur la pornographie. Du point de vue d’un exploitant de salle de cinéma, programmer un film X permettait d’engranger des recettes autrement plus importantes qu’avec La Règle du jeu, de Jean Renoir. John Ford et Orson Welles furent donc relégués au profit d’autres metteurs en scène, plus confidentiels.

« Il faut visualiser le spectacle de la 42e Rue, assure Marc Eliot. La transformation des anciens palais de Broadway en salles de cinéma érotique faisait penser aux derniers jours de Pompéi. Vous sentiez la trace d’une splendeur passée, mais aussi qu’un tremblement de terre était passé par là. Ce séisme se mesurait à l’intérieur des salles, mais aussi entre chaque bâtiment de la rue, avec la multiplication des sex-shops. »

Dès la tombée du jour se mettait en scène un étrange ballet. « Des pickpockets et des maquereaux se mêlaient aux travestis, aux vagabonds sirotant leur canette de bière enveloppée dans une poche en papier et aux adolescents des banlieues alentours venus dans la 42e Rue trouver de quoi se défoncer. Un dernier élément enfin, la sempiternelle ronde des GI qui commençaient à revenir du Vietnam. Ils avaient connu les bordels de Saïgon et tenaient à les retrouver chez eux. Times Square leur offrait cette ambiance. »

Une invention avait révolutionné la 42e Rue : le peep-show. Dans sa version de la fin des années 1960, il était devenu une cabine privative où le client pouvait regarder une femme se déshabiller, spectacle qu’il était possible de prolonger à condition de rajouter des pièces de 25 cents. Le promoteur de cette invention, un certain Martin Hodas, dégageait 40 000 dollars de bénéfice par semaine.

The Deuce agrégait les marges

Ses activités avaient logiquement attiré la curiosité de la Mafia, ou plutôt de l’une des cinq familles de la Mafia new-yorkaise. À la fin de l’année 1968, la famille Gambino contrôlait le trafic de drogue et toutes les librairies pornographiques du quartier. Pour avoir décliné une offre qui ne se refusait pas, Martin Hodas fut grièvement blessé. Plusieurs de ses peep-shows avaient aussi mystérieusement pris feu. L’homme ­d’affaires abandonna son fructueux commerce.

Outre le trafic de drogue, les Gambino prirent alors le contrôle des salles de cinéma porno et du tournage de films X – l’immobilier dans ce secteur permettait de transformer des chambres de fortune en studios. Les trois allaient ensemble. Quand un client dépensait 2 dollars pour voir un ou plusieurs films porno, il en dépensait plus du double en drogues diverses.

Il y a une autre histoire de la 42e Rue. Toujours dans Taxi Driver, lors d’un furtif plan, on peut apercevoir un cinéma programmant Detroit 9000, une production de la « blaxploitation », ces films d’action réalisés avec des acteurs essentiellement noirs. Dans The Deuce apparaît à l’écran une salle où est distribué L’Oiseau au plumage de cristal (1970), un polar du metteur en scène italien Dario Argento. The Deuce était devenu la Mecque d’un cinéma alternatif. Il agrégeait les marges.

Trafics et échanges en tout genre

À côté du cinéma porno s’épanouissait une filmographie bis, en marge des circuits traditionnels, qui avait trouvé ici son centre de gravité : la « blaxploitation », mais aussi les sous-genres « nazisploitation », « eurosleaze », c’est-à-dire des films érotiques européens, à la réputation sulfureuse, mettant en scène les sévices que subissaient des femmes prisonnières dans des camps de concentration ou des maisons closes nazis.
Des films proposés en double ou en triple programme, car aller dans ces cinémas signifiait y passer la journée, ou la nuit. Surtout la nuit. Et profiter des privilèges de celle-ci : drogue et sexe, les salles étant devenues lieux d’échange et de déchéance.

Jimmy McDonough, auteur d’une biographie sur Andy Milligan, l’un des cinéastes obscurs de la 42e Rue, auteur de pornos gays et de films d’horreur à la fois singuliers et déplorables, garde un souvenir précis de l’ambiance de ces salles : « Vous aviez le Metropolitan Theater, avec ses nombreux couloirs derrière l’écran. Un labyrinthe propice aux trafics et aux échanges en tout genre. Au Variety, pour 1,99 dollar, vous pouviez passer la journée au cinéma. Les films programmés ne bénéficiaient pas d’une affiche, leur titre était inscrit sur un morceau de papier. Si vous demandiez au caissier de quoi parlait le film en salle, il vous répondait en espagnol. Je me souviens d’y avoir vu un film produit par David Friedman, Ilsa, la louve des SS. David, qui était un ami, ignorait que son film passait là-bas car un distributeur clandestin avait subtilisé une copie du film et l’avait louée, récoltant les recettes à sa place. »

Ghetto pour morts-vivants

À partir des années 1980, le sida et le crack ont été les premiers clous sur le cercueil de la 42e Rue, la transformant en un ghetto pour morts-vivants. L’arrivée de la vidéo a également donné un coup mortel à ce cinéma bis dont l’économie reposait sur les salles de quartier. Le spectateur goûtait désormais à ces plaisirs subversifs chez lui, sur son canapé. La politique d’urbanisme de la Ville est aussi passée par là. Les maires successifs, en particulier Rudolph Giuliani, en fonction de 1994 à 2001, ont aseptisé la vie nocturne.

Lire aussi Mike Wallace : « Avec le maire Giuliani, la ville a été nettoyée, tout est devenu sage »
La 42e Rue est progressivement devenue un parc d’attractions à la Disney. « Avec l’arrivée du crack, reconnaît Jimmy McDonough, The Deuce ressemblait à un paysage de fin du monde. Où je me sentais pourtant en sécurité. Certes, il pouvait vous arriver des bricoles dans la salle, il fallait être vigilant. » Désormais, il regarde ces films sur YouTube. « Vous êtes plus en sécurité, mais c’est plus triste. Notre époque est ainsi. Triste. » Dans les années 1970, la 42e Rue était l’Enfer. Elle fait aujourd’hui presque figure de paradis perdu.

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En direct du Japon. Bonsoir. A vous, Cognac-Jay.


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