John Brennick et sa femme sont interpelés lors d'un contrôle de police
et arrêtés pour avoir enfreint la loi qui impose à la population de
n'avoir qu'un enfant par ménage. En effet, Madame Brennick attend son
deuxième enfant et s'estime dans son bon droit, puisque le premier était
mort-né. La justice, elle, ne l'entend pas de cette oreille. Ce crime
est puni d'emprisonnement, ils sont tous les deux transférés dans la
Forteresse...

Ce film, situé dans un futur
proche, amène le thème de la surpopulation, cher à de nombreux auteurs
et réalisateurs d'anticipation. On pense à SOLEIL
VERT ou LOGAN'S RUN
notamment. D'ailleurs, on aura noté que le postulat de départ
de FORTRESS a été très largement inspiré de POPULATION ZERO
(ZERO POPULATION GROWTH). Un film produit dans les années
70 avec Oliver Reed.
Ici, une multitude de détails
savamment pensés font froid dans le dos, et dissuaderaient plus d'un
criminel de commettre des délits. Je pense à l'intestination, notamment,
qui permet à l'ordinateur central de la forteresse de prévenir tout
dépassement. Même les rêves des détenus sont contrôlés, et autant vous
dire qu'il n'est pas question de s'évader par ce biais non plus : si
le mouchard vous surprend, vous passez un mauvais quart d'heure, plié
en deux et demandant grâce tant la douleur infligée par cette méthode
est insupportable.

Parallèlement au thème de
la surpolutation, on aborde dans le film les travers d'une société dont
le pouvoir serait entre les mains du capitalisme. La Forteresse est
en effet une prison entièrement gérée par Men-Tel, une multinationale
surpuissante qui propose des solutions high-tech aux Etats qui souhaitent
se décharger de la gestion administrative et sécuritaire de leurs hors-la-loi.
Et pour cause ! Trente ans de prison pour avoir juste essayé d'avoir
un enfant, ça laisse imaginer, non sans effroi, ce que pourrait encourir
un type qui s'aviserait de gruger sur sa déclaration d'impôts. Nul doute
dans ce cas que l'Administration préfère se débarasser de cette corvée
en faisant appel à un sous-traitant.

La force de Men-Tel, outre
sa technologie de pointe, est d'avoir mis au point une nouvelle forme
de vie économique, à mi-chemin entre l'homme et le robot, un melting-pot
des deux, en fait. Le directeur de la prison est un des premiers protopypes
qui ait vu le jour. Il n'a jamais faim, jamais sommeil, ne se plaint
jamais, n'a pas de sentiments... Pas de sentiments ? Pas si sûr, car
il lui reste tout de même un lointain souvenir, ou plutôt un instinct
qui le conduira tout droit au discrédit et à la privation de ses prérogatives.
Je veux bien sûr parler de l'amour, qui finit toujours par reprendre
ses droits. On remarquera plusieurs scènes où cette idée se vérifie.
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Un autre thème abordé ici
est,on l'aura compris, celui de la prison qui a inspiré bon nombre de
films, tous genres confondus. Stuart Gordon a visité des établissements
pénitenciaires ultra-modernes aux USA pour élaborer son scénario. Il
s'est plus particulièrement inspiré de l'une d'entre elles, où la surveillance
est assurée par des caméras vidéo. On n'est donc pas si loin de la réalité,
si l'on exclut la possibilité pour la caméra d'aller jusque dans l'inconscient
des prisonniers, domaine encore insondable, mais pour combien de temps
encore ? En toile de fond de cette production, donc, la liberté individuelle
devenue un ersatz dans cette société qui par exemple reproduit à l'échelle
planétaire un contrôle des naissances déjà appliqué en Chine Populaire.

Sur le plan visuel, le film
évoque le futur grâce à une palette de couleurs dures et froides pour
les scènes se déroulant dans le bureau du directeur de la prison et
autour des cellules. Des lignes épurées contribuent à évoquer un avenir
qui n'accorde pas de place aux fioritures, devenues passéïstes et représentatives
d'une culture tristement humaine. Par opposition de grands renforts
de rouges-orangés sont utilisés pour évoquer l'atmosphère confinée,
presque minière d'une prison souterraine. Des vapeurs étouffantes ajoutent
au malaise quand d'aventure des prisonniers parviennent à déjouer l'oeil
inquisiteur de l'ordinateur et s'échappent de leur cellule. Enfin, certaines
scènes sont filmées de telle sorte que l'impression d'enfermement est
oppressante. Le film est plein de détails qui au final ajoutent à la
qualité de la réalisation et me font dire que ça vaut le coup qu'on
s'y attarde.

Le réalisateur nous livre
un film bien ficelé, qui permettrait presque d'oublier qu'il a commis
certains ratages non négligeables. On retient de lui une filmographie
inégale, passant allègrement du nanar au film dit "de série B". Néanmoins,
pour ces dernières, il sait tirer parti des idées astucieuses
du scénario, compensant efficacement un manque évident
de moyens.

Un film de série B, certes,
mais un film très honorable dont le scénario est structuré et bien pensé.
Stuart Gordon et
Christophe Lambert
apportant chacun un peu de leur talent pour le plaisir des amateurs
de films d'anticipation. Plaisir renforcé par la présence
de second couteaux très connu : Jeffrey
Combs (acteur fétiche de Stuart
Gordon depuis RE- ANIMATOR), Kurtwood
Smith (ROBOCOP) et Vernon
Wells (MAD MAX 2).
Nadia
Derradji
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