DVD
INTERVIEW
DE THIERRY FALIVENE (DVD POCKET & Elytel
production)
DVDpocket
est tout nouveau, pouvez-vous nous présenter la collection ?
Le
principe est de sortir le court-métrage de l'éternelle compilation,
en lui donnant ses vraies lettres de noblesse, ce qui permettait de faire découvrir
en plus du film tout son environnement, tout ce que peut vouloir faire partager
le réalisateur. L'idée est venue il y a deux ans, autour d'un film
que nous avions produit avec Elytel, (NDLR : la société de production
derrière DVDpocket). Le film s'intitulait DERNIERE CIGARETTE (NDLR
: réalisé par Thierry Falivène lui-même) ; comment
faire vivre le film en plus des festivals et de l'achat TV. Après ces deux
options, le film est mort, alors qu'une des caractéristiques du court-métrage,
c'est qu'il est totalement intemporel, il peut ressortir n'importe quand contrairement
au long. De là est né le concept de DVDpocket.
Quels
sont les critères qui ont conduit à l'élaboration de la collection
?
Jan
Kounen (BLUEBERRY,
DOBERMANN)
a été le premier à croire au projet et nous a aidé
dans le formatage du boîtier, des supplément... Il nous a expliqué
comment lui voyait ce type de produit, puisque c'est avant tout un produit de
consommation culturel. Il y avait aussi le critère du prix. On voulait
un concept avec un prix attractif et qui ne soit pas un prix d'appel : il y a
un an, nous sommes venu faire une étude de marché sur le festival
2004, il en est ressorti qu'il y avait un fort potentiel commercial (250.000 visiteurs
de festivals pour le court-métrage en France). Le public vivait une certaine
frustration car hors festival, il n'avait aucun moyen de conserver ce qu'il avait
vu, à part par l'intermédiaire de compilations trop sélectives
et pas toujours de très bon goût ! La compilation est en plus un
produit cher, quand le client ne veut revoir qu'un seul film sur les dix proposés,
c'est assez rédhibitoire !
En janvier, nous avons sorti six films,
un fonds de catalogue de cinq films parmi lesquels nous avons choisi des films
fédérateurs, qui soient les fers de lance de la collection et qui
soient susceptibles d'intéresser le plus grand nombre, Klapisch,
Kassovitz
OMNIBUS de Sam Karmann qui est sans doute un des courts-métrages
français les plus primés, et nous sommes très fiers de la
nomination de LA MÉTHODE BOURCHNIKOV aux Césars : cela permettra,
si le film obtient un prix d'une part de le faire connaître et d'autre part
qu'il se vende encore plus !
Quel
tirage pour chaque titre ?
Nous
faisons une première mise en place de 3000 exemplaires pour chaque titre
dans plusieurs enseignes (Fnac,
Mk2
) Le court-métrage est un cinéma atypique et qui nécessite
un traitement commercial particulier. Il faut bien sûr rester proche du
traitement réservé au longs métrages (par l'emplacement,
les PLV
) que nous voulons appliquer au court-métrage, mais le court
ne peut pas se retrouver dans les rayons de grandes surfaces ou chez les revendeurs
discount : il s'adresse à un public plus averti, efficace, et qui a les
moyens de fréquenter les festivals !
Nous parions aussi sur plusieurs
modes de diffusion : les magasins donc, la présence sur les festivals,
mais aussi une formule qui est innovante, à savoir l'abonnement : un abonnement
trimestriel à moins de 15€ qui permet de recevoir chez soi chaque
mois la nouveauté.
Pouvez-vous
d'ores et déjà nous annoncer quelques titres à venir ?
En
février, UN FLAUBERT SINON RIEN ! (Dominic
Bachy, 2003), en mars, nous ne savons pas si nous maintenons LA PRÉSENCE
FÉMININE de Rochant (1987) ou si nous sortons LE BATTEUR DU BOLÉRO
de patrice Leconte avec Jacques
Villeret, tout dépendra du matériel que nous aurons.
Il faut
savoir que pour Cannes, nous sortons un collector *
des courts métrages de Matthieu
Kassovitz avec des bonus et avec un entretien de Matthieu
très original et surprenant. Le double DVD sortira en digipack numéroté,
à 15.000 exemplaires.
*
Une compilation de tous les courts métrages mais Thierry
Falivène récuse absolument ce terme
Toujours
dans des prix abordables ?
Aux
alentours de 20€
il s'agit de rester très proches du budget
du public. L'économie du court est bien différente de celle du long,
les ayants-droits n'ont pas les mêmes exigences. En plus, tous les partenaires,
même les distributeurs ont bien compris qu'il fallait fournir un effort
pour la mise en place de cette collection, pour laisser une place au court-métrage.
Rien de ce qui se faisait n'était jusque là satisfaisant, c'était
généralement cher et peu attractif ; notre souci est de respecter
le consommateur, lui fournir un produit de qualité, avec les films qu'il
aime, et accessible. Un autre de nos soucis est aussi de répondre aux obligations
légales : nous sommes en train de démontrer que s'il y a un marché,
il faudra à terme rémunérer les techniciens, tout ce qui
touche la fabrication des courts. Le court-métrage n'est pas simplement
une histoire de copains qui font un film ; si nous savons développer ce
marché-là, en faire une valeur ajoutée pour l'industrie du
cinéma, les non-professionnels, voire les professionnels d'aujourd'hui
vont se convertir à une logique économique.
Quelle
est la politique éditoriale ? Y a-t-il une place pour des "classiques"
?
Nous n'avons pas véritablement
de politique éditoriale, car l'originalité de notre entreprise est
que chaque collaborateur peut proposer un film qu'il a aimé afin qu'on
examine si le contenu peut être intégrer dans la collection : il
faut bien sûr qu'il y ait un film et tout l'environnement nécessaire
(story-board, documentaire
) et puis nous avons formaté ce concept
autour d'une étude de marché, dont il est ressorti un produit, un
prix, un volume, un budget, un contenu, et un slogan : DVDpocket, c'est le 45
tours du cinéma français, le cinéma de poche !
Nous prêtons
une oreille attentive aux acheteurs : quelles sont leurs satisfactions, leurs
attentes... La grande satisfaction que nous avons, c'est quelle plaît aux
réalisateurs, car pour la première fois, nous avons respecté
le réalisateur de court-métrage. En plus, en terme de royalties,
c'est la première fois que nous rémunérons la production.
Pour
des films plus anciens, le manque de bonus peut être un frein ?
Oui,
il peut manquer les bonus, mais alors nous les fabriquons. Par exemple, pour OMNIBUS,
Sam Karmann nous a confié des bandes qu'il avait tourné durant le
film et qu'il n'avait jamais monté. Nous avons dérushé, remonté
les bandes, et en avons tiré un Making Of à posteriori. De plus,
la musique du Making Of est composée par le fils de Sam. C'est sûr
que si un film a quinze ans, les documents disponibles sont peu nombreux, mais
on peut produire les bonus pour ces titres-là. Nous enregistrons de plus
un commentaire pour tous les films de la collection.
Pour
la fabrication, vous partez d'une pellicule salle ?
On
part d'un master numérique, nous remasterisons si besoin est mais généralement
nous n'en avons pas besoin. Si les films sont un peu vieux, nous ré-étalonnons
les images et c'est largement suffisant.
A
Clermont, la compétition labo place des jalons et ouvre le cinéma
expérimental à un large public. L'édition, le choix d'éditer
des films expérimentaux est plus risqué ?
C'est
plus compliqué pour le public, mais c'est très intéressant
pour nous. Dans ce créneau, nous avons produit, car nous sommes avant tout
producteurs, un film qui s'appelle SMOOTH (de Benjamin Guillaume), que
nous allons exploiter cette année. De plus, nous remettons cette année
le prix du public de la compétition labo et nous éditerons ce film
dans notre collection (Phil Mulloy, LA SOLUTION FINALE).
Nous souhaitons
étendre notre collaboration avec le festival de Clermont-Ferrand, mais
aussi aux autres festivals : nous irons à Cannes, Deauville, Brest
Pour Annecy, l'approche n'est pas encore amorcée. Nous voulons être
présents dans les festivals, salons, manifestations culturelles
avec
un taux de fréquentation important afin de montrer nos produits.
Quant
au cinéma d'animation, nous allons éditer plusieurs titres dont
LA DERNIERE MINUTE, de Nicolas Salis (voir sélection nationale),
BEFORE (de Nicolas Barry), et FLAT
LIFE (de Jonas Geirnaert, présenté en programme d'ouverture
lors du festival 2005). Nous regrouperons tous nos titres animation dans un coffret
d'ici la fin de l'année.