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FESTIVAL DU COURT-METRAGE DE CLERMONT FERRAND 2005
PROGRAMMES
ETRANGE, LE CHOC
NORVEGE
ESPAGNE


PROGRAMMES
ETRANGE, LE CHOC

De très nombreuses rétrospectives, programmes diffusés en salles, cartes blanches… c'est encore le dépaysement qui a plu cette année : mais loin des plages ensoleillées brésiliennes de l'année passée, les festivaliers ont couru voir les rétrospectives norvégiennes qui ont connu un grand succès. On fera un tour aussi en Espagne, qui était présente au festival avec deux programmes. Mais avant tout, deux programmes spéciaux qui ont retenu toute notre attention.

L'ETRANGE FESTIVAL
Deuxième fournée de courts métrages étranges proposée par L'Étrange festival dans le cadre du festival de Clermont-Ferrand. Encore plus fort, et plus loin que l'année dernière !
Le programme commence doucement par un film de José Antonio Sistiaga (IMPRESSIONS EN HAUTE ATMOSPHERE) : 7 minutes de trip visuel. Chaque photogramme est peint, puis le tout est projeté (dans la pellicule d'origine) en imax ; malheureusement les spectateurs de la séance n'ont eu droit qu'à une copie salle au format 1.33:1. De quoi adoucir passablement l'expérience !

Après le traditionnel film muet (BIGORNO FUME L'OPIUM, de 1914 : un homme fume de l'opium et son salon se met à tourner autour de lui), ce fut au tour du gros morceau de la séance : Trois films de l'actionniste viennois Kurt Kren, d'après les performances de Otto Muehl dans les années 60 : des happenings figurant des tableaux humains pour lesquels l'artiste enduit les corps dévêtus de nourriture, de peinture ou pire… Les corps s'enlassent, se courbent sous le poids des outrages. Le montage est nerveux, voire hypnotique. On peut par ailleurs trouver les films de Kurt Kren en DVD (voir le lien sur la page consacrée à l'édition de DVD).


L'ARRIVEE de Tscherkassky

Puis entre THIRD REICH'N ROLL des Residents, L'ARRIVÉE de Tscherkassky et UNE JOURNÉE DANS LA VIE DE BONNIE CONSOLO (réalisé par Barry Spinello : le film est un docu sur une femme manchot), deux ovnis sont venus se glisser :
LA FÉE SANGUINAIRE, de Roland Lethem, qui n'a rien perdu de sa liberté et de sa verve subversive. Une jeune fée s'extrait d'un tonneau de fuel pour détruire l'ordre établi. Elle en profite pour collectionner les pénis d'hommes célèbres. Le film, dans sa liberté de ton et son montage, peut faire penser aux premiers films de Jean Rollin, en plus décalé et poétique encore. Mai 68 n'est pas loin !
Puis les organisateurs avaient choisi un film de Ian Kerkhof, artiste néerlandais qui voue une admiration pour l'œuvre de Bataille. THE DEAD MAN 2 : RETURN OF THE DEAD MAN est d'ailleurs l'adaptation de deux nouvelles de l'écrivain. Commençant par une violente et vomitive scène sado-masochiste, le film enchaîne sur des séquences flottantes, oniriques, montrant le retour sur terre du Dead man. Le film est profondément marquant, outrageant, et désespéré, aussi proche de l'esprit de Bataille que de Nietzche. Extrême.


LA FEE SANGUINAIRE de Roland Lethem

EUROPE EN COURTS
L'année dernière, la rétrospective européenne proposée par la coordination européenne des festivals de cinéma était consacrée au cinéma expérimental. Cette année, avec la collaboration de la fédération européenne des festivals de films fantastiques, le programme était placé sous le signe du fantastique, en décidant de ne pas sélectionner des grands classiques mais plutôt de donner un panorama de la production récente (les films ont tous moins de 5 ans) : thématique très alléchante, mais le spectateur averti aura vite déchanté, tant les œuvres sélectionnées relevaient pour la plupart de la pochade et du second degré, plutôt que d'une approche respectueuse du genre.

OH MY GOD !? est bien le pire exemple du traitement décalé qu'on peut faire subir au genre : tout commence de façon intéressante, une jeune femme, prisonnière d'un coffre de voiture, qui recouvre la mémoire petit à petit. A quelle sauce va-t-elle être mangée ? Une sauce malheureusement faite de gâteaux à la crème et de bougies d'anniversaire… Comme si le genre n'existait que pour la chute qu'il propose, une chute exutoire, par laquelle le spectateur est conforté dans sa position assise et passive.


STAPLERFAHRER KLAUS de Stefan Prehn et Jörg Wagner

De même pour STAPLERFAHRER KLAUS (qui n'a rien de fantastique, entre nous : un conducteur d'engins fort maladroit sème la zizanie dans un entrepôt… on est proche de l'humour des Monthy Python, certes c'est drôle, mais le sanguinolent n'a rien de fantastique !), pour PARADISIAQUE (encore très drôle), pour LA FLAMME (toujours très drôle) et pour NOSFERATU TANGO (magnifique dans les animations des décors, présentés tel un livre d'image, mais raté pour le personnage de la mouche, encore une fois dans le registre comique). On croirait bien plus une rétrospective consacré à la comédie grinçante.

Quatre films cependant se démarquent de cet avis : KALA-FISH, n'a rien non plus de fantastique, mais est plutôt un vagabondage merveilleux dans l'univers d'un poisson d'aquarium, laissé sur une fenêtre. Le programme comportait également COPY-SHOP de l'autrichien Virgil Widrich (le quotidien d'un homme dérape quand il comprend qu'il est en train de photocopier son existence) et TAG 26, un film post-nuke particulièrement réussi (Andréas Samland, Allemagne, 2002) dans lequel deux hommes qui ont survécu à la catastrophe tombent en panne de voiture et s'aventurent dans une ferme : les habitants sont morts, rien ne bouge, mais il subsiste toujours des pièges quand l'atmosphère est mortelle.


TAG 26 de Andréas Samland

La perle de ce programme était A MARGEM, un film portugais de Joao Carrilho de 2001 dont le titre est à lui seul une définition absolue du genre (la marge, la bordure). Un couple accompagné de leur fillette arrive dans la villa qu'ils ont loué pour les vacances. Le père et la fille décident d'aller se baigner dans le lac attenant à la propriété. Tous les ingrédients sont là, le film fonctionne à la perfection sur l'attente qu'il réussit à créer par les raccords biaisés, par l'approche de la maison, du lieu en général. Que se passe-t-il, le spectateur est laissé à ses interrogations, qui sont renforcées par la présence d'un caméscope qui enregistre ce que les personnages ne voient plus. Le doute nécessaire au fantastique est entier. Voilà un film (12 minutes) à montrer dans les écoles pour faire comprendre les clés d'un genre.

SUITE

Dossier réalisé par Yoann Mallet et Jérôme Peyrel

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