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INTERNATIONAL
NOTRE CHOIXNicolas Provost nous avait habitué à un cinéma expérimental ludique (voir dossier 2004, PAPILLON D'AMOUR et BATAILLE). Il revient cette année présenter une fiction plus classique, EXOTICORE (27 minutes), qui est un travail longtemps mûri. Le film se termine en effet par deux minutes flottantes dans lesquelles un homme vêtu d'un déguisement de lion arpente les rues, la nuit, à la grande surprise des passants, qui se montrent parfois violents : il termine sa course, dans un parc, perdu, levant les yeux vers un lampadaire, comme si la lumière de ce dernier était son unique échappatoire de ce monde, pour lequel il n'est pas adapté. Ces deux minutes sont en fait un précédent court métrage de Nicolas Provost, intitulé YELLOW MELLOW. Elles sont la genèse de EXOTICORE, dans lequel le réalisateur a voulu rechercher l'histoire de cet homme déguisé en lion. Et l'histoire n'est pas rose ! Immigré burkinabé, Tambiga est perdu dans la société norvégienne ; sa femme l'a quitté, il ne reste que pour voir sa fille. Son métier n'a rien d'épanouissant : il conduit des rames de métro. Il est blessé au plus profond de lui dans un accident de la circulation. Inadapté, il subit de plein fouet le dilemme qui frappe l'étranger : s'acclimater à une culture qui n'est pas la sienne, ou bien partir, et rester intègre. Le personnage de Tambiga trouve dans l'interprétation d'Issaka Sawadogo une justesse et une vérité très profonde ; dans les longs tunnels et souterrains qu'il traverse en conduisant le métro traduisent la détresse du personnage, son incapacité à nouer des relations, à s'intégrer
Le film trouve un écho quasi autobiographique dans l'expérience qu'a vécu Nicolas Provost durant dix années en Norvège. Imaginant cette intrigue, il a tenté de faire ce film là-bas mais n'a pu trouver aucun financement, tant les norvégiens ne comprenaient pas le problème du héros : c'est en proposant le film en Belgique (son pays d'origine) que Nicolas Provost a pu faire financer le transfert du DV sur une pellicule 35 mm.
EXOTICORE de Nicolas ProvostL'expérimental, comme le clip vidéo pénètre largement les compétitions classiques. On ne peut que s'en réjouir puisque c'est en quelque sorte le moyen de montrer ce cinéma à un public nombreux et généralement novice en la matière. Ainsi s'est retrouvé sélectionné en compétition internationale le film de Johannes Hammel, DIE LIEBENDEN (LES AMANTS, 7 minutes). Une expérience de re-mixage de matériel existant, du found footage hardcore puisque le film trouve sa source dans une vieux film porno Super 8. De pornographique, il ne reste rien, car les corps s'emmêlent derrière des grattements, des couches de taches brunâtres, comme si le film était projeté sur de vieux murs décrépis. Il en résulte une ambiance glauque, une vision déteriorée et recomposée, une incompréhension du support qui devient du coup une histoire d'amour enflammée (quand même) puis qui se meut en film d'horreur quand l'homme semble se pencher avec un peu trop d'insistance sur sa pauvre victime. La bande-son, aussi répétitive que les gestes des protagonistes, finit de bousculer le spectateur dont les sens sont mis à rude épreuve. Très efficace.
DIE LIEBENDEN de Johannes Hammel
KOMETEN de Johan LöfstedtOslo, 1965. La fin du monde, c'est pour dans cinq jours : les gens s'affairent, la tension monte. Un homme filme ces derniers instants et pense à sa femme, qui est morte. KOMETEN est un grand film de S.F., remonté à partir d'images d'archive dont vous pouvez pouvez lire une critique du DVD en cliquant ici.
Dossier réalisé par Yoann Mallet et Jérôme Peyrel