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FESTIVAL DU COURT-METRAGE DE CLERMONT FERRAND 2005
FRANCAIS
NOTRE CHOIX
TRIES SUR LE VOLET


FRANCAIS
NOTRE CHOIX

La sélection française avait subi un terrible affront l'année passée avec la décision du jury de ne pas attribuer de grand prix devant la trop grande uniformisation de la production française. Il est clair que les choix effectués cette année vont dans le même sens, mais en positivant (voir Palmarès). Les choix de Devil Dead sont cependant différents : voici la sélection parfaite !


ORGANIK de David Morlet

ORGANIK, de David Morlet, secoue les tripes ! Il n'a pas volé son prix au récent festival de Gérardmer. Rares sont les films qui traitent intelligemment et plastiquement du sujet de l'inceste, et quand en plus de cette intelligence, le réalisateur a le goût d'y placer un monstre visqueux, on ne peut être qu'à la fois ravi et dégoûté.
Un jeune couple, Marco et Sonia, essaie de repartir de zéro, avec l'aide de la grand mère de Marco. Mais ce dernier a d'autres soucis en tête : un monstre tente de l'étrangler, de le caresser, bref, l'entête au point de lui interdire toute relation autre. Marco, hanté par ce démon, n'a pas d'autre alternative que de l'affronter en face.
En préambule, des mouvements d'yeux répétés, rapides comme pour pénétrer l'intimité de ce regard ; en même temps, c'est la question du point de vue qui est posée : celui de l'entourage sur les troubles de Marco, celui de Marco lui-même.
Premier plan, un bar, ambiance sympa "routier", perdu au milieu de nulle part. Marco entre par le bas du cadre, sournoisement. Le décor du drame est planté. Le film mène à saisir les tenants de l'acte vengeur que s'apprête à commettre Marco. Vingt minutes de souffrance et de frustrations, soulignées par l'insistance un peu trop grande à filmer la bête gluante.


SOUS MON LIT de Jihane Chouaib

Avec SOUS MON LIT, la réalisatrice d'origine libanaise Jihane Chouaib (OTTO OU LES CONFITURES) aborde le fantastique par la marge. Elle filme les émois, les peurs d'une jeune fille qui décide de passer les vacances seule dans la maison familiale, désertée par ses parents. Peu à peu, les murs prennent vie, les bruits deviennent oppressants, et symbolisent les doutes et appréhensions de Mira à devenir adulte, à céder aux jeux de l'amour. Elle passent ses journées avec Matthieu, pour qui elle ressent de plus en plus d'attirance. La maison vide, lieu de tous les possibles. Les ombres grandissent, gagnent du terrain et Mira n'a plus que le choix entre se calfeutrer dans sa chambre d'ado rassurante ou se laisser aller à la découverte de cette maison, se laisser absorber par les ombres. La maison réagit, comme si elle était le corps de la jeune fille, la jeune fille se visite elle-même et apprend à se connaître, à accepter ses troubles et ses envies encore inconnus.
Le film s'installe dans la durée (44 minutes), ce pour d'une part parfaire l'assimilation de la femme et du lieu, d'autre part pour gagner en tension, puis en relâchement quand Mira accepte ses nouvelles émotions. L'actrice tient la gageure d'une vaste palette de jeu, des dialogues heurtés de l'adolescence aux longs moments de silence dans la solitude de la demeure. Le film devrait être diffusé sur France 2 durant l'année 2005 et poursuivre sa carrière au festival de Cannes.


MOLOCH, LES CHAIRS VIVES de Nicolas Namur

Une adaptation de JMG Le Clézio (sa nouvelle Moloch, tirée du recueil La Ronde) est un pari assez rare pour qu'il passe inaperçu, surtout que Moloch est l'une des nouvelles les plus violentes de l'auteur niçois. C'est qu'il se méfie des adaptations : Nicolas Namur a dû faire preuve de beaucoup de persuasion ! Quoi qu'il en soit, son court métrage est très fidèle à l'esprit du texte, de l'omniprésence des couleurs, de la force de rendu de la chaleur à cette fin, en suspension, profondément mystique, et pleine de poésie. MOLOCH, LES CHAIRS VIVES, deuxième court métrage de Nicolas Namur (àprès L'ÉTRANGERE) raconte une histoire vraie, tellement vraie qu'elle en paraît impensable : une femme vit seule dans une caravane, sur un terrain vague, en compagnie d'un chien loup. Elle est enceinte ; elle se débrouille comme elle peut, de petits larcins la plupart du temps. Mais quand l'enfant arrive, elle perd pied et ne sait plus comment gérer la situation. Elle confie le nourrisson au chien le temps d'aller chercher de l'aide auprès d'une assistante sociale, mais lorsqu'elle revient… la fin laisse place à tous les possibles, mais le fait divers dont est tiré la nouvelle termine plutôt mal. Le film s'achève sur un plan contemplatif : que font la femme et le chien, au bord du fleuve ? Quels sont leurs rapports ? Le chien, dans son rôle protecteur mais sauvage remplit la figure du Moloch carthaginois.
Le lieu choisi par Nicolas Namur en dit long sur la détresse et la place de son personnage dans la société ; au ban de la vie, signifiée par le trafic routier et les usines fumantes. Le film est tourné en scope (2.35:1), ce qui écrase encore plus le décor, la place dévolue à cette femme dans la société. Du coup, plusieurs plans sonnent très western urbain ! L'intrigue est ramassée, nerveuse, très efficace dans son organisation narrative. L'actrice est parfaite dans le rôle de la sauvageonne, tantôt forte, tantôt perdue. Une belle réussite.


DANS L'OMBRE de Olivier Masset-Delpasse

DANS L'OMBRE du belge Olivier Masset-Delpasse (CHAMBRE FROIDE, 2000) traite d'un sujet que ne renierait pas David Cronenberg : une femme infirme vit recluse dans son appartement en espionnant son voisin, Andréas, prof de fac sur le retour, que les amourettes avec ses étudiantes n'amusent plus. Léone en est éperdument amoureuse, mais elle n'arrive pas à surpasser la malformation de son pied. En usant de la culpabilité d'Andréas, elle va l'attirer à elle, et accepter en même temps que faire accepter le handicap. Le réalisateur place son personnage derrière la fenêtre de son appartement : c'est sa protection contre l'extérieur, son observatoire. La vitre déforme la vision, permet de voir plus juste parfois (comme ce plan, dans lequel le réalisateur convoque les peintures de Francis Bacon et dédouble la tête de son héroïne). L'ambiance malsaine s'assoupit cependant petit à petit. Le film a commencé à accumuler les prix, très justifiés (Locarno, Namur, Brest… et le prix d'interprétation féminine à Clermont-Ferrand pour Anne Coesens).


LA VIEILLE FEMME AUX DENTS JAUNES de Fabien Bonali

LA VIEILLE FEMME AUX DENTS JAUNES pourrait faire partie de cette vague de film déferlant après le succès des films de Jean-Pierre Jeunet ; les couleurs jaunies et désuètes, les plans subjectifs délirants… Mais il ressort du court métrage de Fabien Bonali une mélancolie, une poésie plus vive, qui le sort du lot. Un homme s'adresse au spectateur en voix off : il raconte l'unique visite qu'il a rendu à sa grand-mère, le jour de sa mort. Dans l'appartement vieillot, le garçonnet et la vieille dame vont lier connaissance : elle lui apporte la tendresse propre aux grands-mères, que personne ne semble lui donner par ailleurs. Malgré quelques effets redondants (le son des bombardements dans l'aquarium du poisson mort), le film emporte l'adhésion du public par le goût de cauchemar confortable qu'ont les rêves enfantins.


LA DERNIERE MINUTE de Nicolas Salis

L'animation n'est pas en reste non plus côté français avec deux films à thématique SF, mais très différents l'un de l'autre. LA DERNIERE MINUTE de Nicolas Salis est une fable d'anticipation : le monde vit à heure fixe, sous le poids de la grande horloge collective. Un grain de sable, ou plutôt deux, Lev et Athan, deux jumeaux définitivement fâchés avec la ponctualité. Ils projettent, chacun de leur côté, un attentat contre la grande horloge. Le film est produit par Lazennec (qui a produit Eric Rochant, Matthieu Kassovitz…) et qui se lance donc avec LA DERNIERE MINUTE dans l'animation. Il faut dire que Lazennec avait déjà produit le premier court de Nicolas Salis, ROSA MERTONENSIS, qui mettait déjà en image une machinerie complexe destinée à abreuver les roses rouges vendues dans un distributeur. Dans ce film, l'homme au cœur de la machine en était le moteur, et il s'oppose en cela à LA DERNIERE MINUTE. L'univers 3D de ce court métrage est hérité des Cités Obscures de Schuiten et Peeters, les humains métronomes n'y ont plus de réelle volonté, si ce n'est la résistance des jumeaux : l'intrigue est parfois dépendante d'extraits de publicités pour la grande horloge, de coupures de presse, mais lorsque la révolte aboutit, elle oriente l'histoire vers une narration plus traditionnelle.


LE REGULATEUR de Philippe Grammaticopoulos

Les graphismes sont impressionnants, mais bien plus classiques que ceux de LE RÉGULATEUR, de Philippe Grammaticopoulos (LE PROCESSUS, festival 2002). Plus de révolte, l'aliénation est acceptée par la population. Dans la cité (encore une fois très "metropolis"), il faut se rendre au générateur d'enfants si l'on souhaite en avoir un : le couple choisit d'abord le corps qu'il agrémente ensuite d'yeux, de membres, à sa convenance. L'architecture est totalement étouffante, le médecin très inquiétant… le tout dans un noir et blanc très stylisé.
Les meilleures animations de 2005 !

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Dossier réalisé par Yoann Mallet et Jérôme Peyrel

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