TALES OF TERROR est un film à sketches mettant en scène
trois adaptations de récits d'Edgar Allan Poe. "Morella"
"Le chat noir" et "Le cas de Mr Valdemar" constituent
donc ce film d'un genre qui, malheureusement, se fait de plus en plus
rare au cinéma.

Roger
Corman est un homme incontournable dans l'histoire du cinéma
fantastique américain. Il a été impliqué
dans plus de 300 films en tant que producteur mais il est aussi le réalisateur
de 54 longs métrages. Parmi ceux-là, les plus reconnus
sont sans doute ceux qui constituent le cycle Poe. Cette série
d'adaptations de nouvelles d'Edgar Allan Poe a commencé en 1958
avec LA CHUTE
DE LA MAISON USHER et s'est poursuivi avec succès, avec
toujours à une exception près Vincent
Price comme acteur principal. Produits par l'AIP, ils constituaient
en quelque sorte la réponse américaine au succès
des films d'horreur britanniques de la Hammer. C'est dans ces conditions
qu'apparaît le troisième film de cette série, TALES
OF TERROR, juste après LA
CHAMBRE DES TORTURES.

Pour ce film, Corman
s'est entouré d'un casting prestigieux. Si l'on retrouve bien
entendu son acteur fétiche pour cette série, Vincent
Price dans les trois sketches du film, il est ici en très
bonne compagnie. Dans le second sketch, il nous livre une performance
d'anthologie aux côtés de Peter
Lorre, qui après avoir pris part à de nombreux classiques
du septième art (M
LE MAUDIT, ARSENIC ET VIEILLES DENTELLES, LE FAUCON
MALTAIS...) vient ici s'essayer au cinéma de genre avec la
plus grande réussite. On retrouve également dans le troisième
sketch Basil Rathbone,
acteur célèbre pour avoir été l'incarnation
à de multiples reprise de Sherlock Holmes à l'écran.

De même, en ce qui
concerne le scénario, il n'est pas l'uvre du premier venu
car c'est à Richard
Matheson qu'est revenu le privilège d'adapter les écrits
de Poe, Matheson
reconnu comme un des grands noms du fantastique, que ce soit dans le
domaine de la littérature (JE SUIS UNE LEGENDE, L'HOMME
QUI RETRECIT...) ou du scénario (LA
MAISON DES DAMNES, LES
VIERGES DE SATAN, DUEL...).
A noter pour l'anecdote que deux des trois nouvelles de Poe adaptées
ici feront l'objet d'une nouvelle vision en 1990 dans le film à
sketches co-réalisé par Dario
Argento et George
Romero : DEUX
YEUX MALEFIQUES.

Comme
c'est souvent le cas dans un film à sketches, on se retrouve
avec trois parties assez inégales, aussi bien par leur longueur
que par leur qualité. Le point fort de ce film est d'assez loin
le second sketch, "The Black Cat" qui nous propose des scènes
inoubliables entre Peter
Lorre et Vincent
Price, et ce n'est sans doute pas un hasard si ce segment dure beaucoup
plus longtemps que les deux autres. Malgré tout, ceux-ci se laissent
voir sans déplaisir et on y trouve une ambiance très soignée,
susceptible d'offrir un agréable divertissement.

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"Morella", sûrement le segment le plus sombre des trois,
nous replonge dans une ambiance proche de LA
CHUTE DE LA MAISON USHER avec cet homme qui pleure la disparition
de sa femme, alors que sa jeune fille, qu'il juge responsable du décès
est de retour à la maison. Une fois encore, l'absence relative
de moyens des productions AIP ne se fait pas sentir et le sketch se
déroule dans une ambiance superbe avec entre autres un soin tout
particulier accordé aux décors. Vincent
Price livre une prestation très sobre en veuf désespéré
et les deux magnifiques actrices qui l'accompagnent contribuent grandement
à la réussite générale de cette histoire
de vengeance d'outre-tombe.
Le deuxième
volet est certainement le plus intéressant des trois. Il s'agit
de "The Black Cat", adaptation qui tient tout autant du "Chat
noir" de Poe que d'une autre de ses nouvelles, "La barrique
d'amontillado". Nous avons ici affaire à Montresor Herringbone
(Peter Lorre) buveur
invétéré qui va envoyer Fortunato (Vincent
Price) tout droit dans les bras de sa femme, avant de se venger
des deux amants d'une manière toute personnelle. Ce sketch est
un compromis parfait entre l'horreur et un glaçant humour noir.
Il serait bien sûr impossible de parler de cette histoire sans
parler de ses interprètes, incontestablement le point fort du
sketch. Nous avons ici droit à des performances magistrales de
Peter Lorre et Vincent
Price, leur affrontement atteignant son paroxysme lors de la mémorable
scène du concours de taste-vin, sans doute le meilleur moment
du film, où les deux acteurs étalent l'immense palette
de leur jeu pour nous faire succomber de délice, et ce même
après de multiples visions. De même la réalisation
de Corman sort un
peu de son classicisme et il sait faire preuve d'une certaine habileté
pour palier les éventuels manques de moyens, susceptibles de
brider son imagination, notamment lors des séquences d'hallucinations
de Peter Lorre.

Le troisième
sketch est "The Case of Mr Valdemar" dans lequel un homme
à l'article de la mort accepte d'être hypnotisé
pour soulager sa douleur. Ce sketch constitue sans doute le maillon
faible de ce film. Bien qu'il ne soit pas dénué d'intérêt,
grâce notamment à la qualité de ses interprètes,
il est un peu vite expédié et un tel sujet aurait sans
doute mérité un traitement un peu plus soigné.
Certains effets sont assez ratés, et la trop courte durée
(25 minutes environ) pousse le réalisateur à aller trop
vite, sautant des étapes qui auraient rendu l'histoire bien meilleure
et cohérente. Malgré cela, il reste de bonnes idées
(le matériau de départ aidant beaucoup) et ce segment
mérite une vision ne serait-ce que pour apprécier le machiavélisme
d'un Basil Rathbone
des grands jours. Les amateurs d'anecdotes apprécieront de savoir
que les séquences d'hypnotisme de ce segment furent supervisées
par William J. Bryan, le directeur exécutif de l'American Hypnosis
Institute, ce qui démontre un souci du détail que l'on
n'a pas toujours connu chez Roger
Corman.
Si ce DVD ne fait pas à
proprement parler partie de la collection "Midnite
movies" de MGM, on peut se demander pourquoi. En effet, il
en reprend l'habillage général de la jaquette (au verso)
et les principales caractéristiques de la collection. La copie
est donc assez satisfaisante même si certains passages semblent
un peu fatigués, mais les couleurs, notamment lors de la séquence
d'hypnotisme, sont bien rendues dans l'ensemble. L'unique piste sonore
disponible en anglais est le mono d'origine, habituel chez MGM, accompagné
comme souvent chez cet éditeur d'un sous-titrage français
et espagnol. La bande annonce étant, hélas, le seul bonus
venant accompagner l'ensemble.

Disponible pour un prix très
raisonnable, nous ne saurions que trop vous conseiller de jeter un il
à ce film, surtout si vous êtes fan du cycle Poe-Corman-Price.
En effet, malgré quelques défauts et inégalités
entre les sketchs, vous pourrez découvrir un film très
agréable, porté par un casting de premier plan et qui
recèle quelques scènes d'excellente facture.
Damien Bernat
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