Introduction
Interview de Ruggero Deodato
Interview de Michele De Angelis
Interview de Jean-Pierre Vasseur
Les éditions DVD
Le double DVD français

INTERVIEW
JEAN-PIERRE VASSEUR

De quelle façon avez-vous été amené à travailler dans l'édition vidéo et quel est votre rôle au sein d'Opening ?

J'ai commencé à travailler dans l'édition vidéo il y a plus de 10 ans, chez Fil à Film. C'était déjà avec Jean-François Davy. Aujourd'hui, je suis en charge des acquisitions, ainsi que des bonus pour les éditions DVD. Il s'agit à la fois de rechercher des bonus existants, ou de les faire fabriquer lorsque c'est nécessaire.

De quelle façon êtes-vous amené à choisir de sortir tel ou tel film ? Et pourquoi choisir d'en faire des éditions plus ou moins fournies (ZOMBIE, MANIAC, HENRY PORTRAIT D'UN SERIAL KILLER…) ?

Notre premier souci, lorsque nous achetons des films, est d'alimenter les différents marchés sur lesquels nous sommes présents : nous sommes à la recherche de nouveautés type NI POUR NI CONTRE, de classiques prestigieux, et de films pour le réseau des kiosques et maisons de la presse. Il y a des films que nous sortons par goût personnel, évidemment, mais il y a aussi des titres que nous éditons par nécessité de faire tourner l'entreprise. La politique éditoriale d'une société comme la nôtre tient compte de ces différents critères : passion personnelle, souci de rentabilité, et, évidemment, disponibilité des titres sur le marché.
Ensuite, se pose la question du type d'édition pour chaque film : cela va de la série B proposée uniquement en VF pour alimenter des opérations petits prix à l'édition collector de luxe. Il est évident qu'il y a des titres qui exigent des bonus parce qu'ils s'adressent à un public d'amateurs ou de connaisseurs, demandeurs d'informations autour du film. Reste ensuite à trouver ces bonus.

Est-ce que sortir un film sur DVD est une tâche anodine ou est-ce que ça ressemble plutôt à un parcours du combattant ?

Souvent, ça ressemble plutôt à un parcours du combattant. Quelques fois, nous avons la chance d'acheter un film qui a bénéficié d'une édition très riche à l'étranger. Dans ce cas, nous achetons les droits du film, mais aussi des bonus. Ce fut le cas pour MANIAC, pour lequel nous avons quand même ajouté un bonus réalisé en France. Mais, le plus souvent, les bonus d'un même film viennent de sources diverses : pour ZOMBIE, nous avions acheté à Roy Frumkes le film qu'il avait réalisé sur la trilogie des Morts-Vivants de George Romero, nous avons également travaillé avec Mad Movies, collaboré avec quelqu'un qui nous a contacté par l'intermédiaire de votre site, etc. Il faut chercher dans toutes les directions.. Plus le film est spécialisé et destiné à des connaisseurs, plus c'est compliqué car le niveau d'exigence est élevé.

Plus spécifiquement en ce qui concerne CANNIBAL HOLOCAUST, quand avez-vous eu l'idée de sortir ce film très controversé et pourquoi ?

Tout simplement lorsque nous avons découvert que le film était disponible. Quand vous voyez passer un film comme CANNIBAL HOLOCAUST dans un catalogue, vous savez immédiatement qu'il y a quelque chose d'intéressant à faire avec ce titre. Ensuite, comme vous n'avez pas la science infuse, vous vous renseignez ici et là pour préciser le potentiel réel du film, mais vous ne le laissez pas passer. Les arguments en faveur du film sont multiples : il s'agit d'un film culte ; il est inédit en DVD ; le titre est connu au-delà du cercle des amateurs traditionnels de ce type de cinéma (même si le grand public ne sait pas de quoi il s'agit, il en a entendu parlé) ; nous savions que les Italiens avaient restauré le film, ce qui est un souci de moins ; enfin, il était intéressant de montrer que CANNIBAL HOLOCAUST fut d'une certaine façon l'ancêtre du PROJET BLAIR WITCH. Enfin, en ce qui concerne l'aspect controversé du film, même si cette dimension s'est un peu émoussée, certains restent dérangés par cette œuvre.

Comment étaient les relations avec Alan Young Pictures ? Dans une interview que Michele De Angelis nous a accordée, il annonce même que votre édition de CANNIBAL HOLOCAUST sera meilleure que la leur. Pourquoi d'après vous ?

Ca s'est très bien passé. Nous leur avons d'abord acheté la version totalement rénovée du film. A ce propos, il est amusant de constater que nous avons là un film dont, à l'époque, la pellicule a été salie, griffée, abîmée par Ruggero Deodato, dans le but de faire plus vrai. Aujourd'hui, la copie proposée est splendide. Les attentes des amateurs sont très différentes. Nous avons également acheté à Alan Young Pictures le "Cannibal Holocaust Documentary", qui revient sur les conditions de réalisation de ce film pas comme les autres, ainsi que le son 5.1 de la version italienne.
Je ne sais pas si notre édition sera meilleure que la leur. Il y aura sans doute plus de choses, car nous avons également la piste anglaise du film, ainsi que la version française, et quelques bonus supplémentaires.

Pourquoi choisir de créer de nouveaux suppléments alors que vous auriez pu vous contenter de reprendre, comme certains de vos confrères le font, le matériel déjà existant (à savoir le documentaire italien, la galerie de photos…) ?

Nous voulions dès le départ proposer une édition 2 DVD, dont un DVD consacré aux bonus. Lorsque nous avons comparé la version italienne à notre version française, nous nous sommes rendu compte qu'il y avait 4 à 5 minutes dans la version italienne qui n'avaient pas été utilisées dans la version française. S'agit-il de censure ? Quoiqu'il en soit, il nous a semblé intéressant d'isoler dans un bonus spécifique les 4 séquences concernées tout en conservant la version intégrale italienne. De la même façon, dès le départ, nous avons tenu à consacrer un bonus aux films de cannibales : comment est-ce né ? A quelque période cela correspond-il ?... Enfin, puisque Ruggero Deodato a accepté de venir en France rencontrer la presse, nous avons décidé de filmer cette conférence de presse et d'en proposer quelques extraits sur le DVD.

Par contre, pourquoi ne pas avoir repris le commentaire audio du DVD italien ?

En premier lieu, parce que nous n'y avons pas eu accès. En second lieu, parce que ce n'est pas toujours passionnant, même lorsqu'il s'agit de grands cinéastes. Regardez : nous avons un commentaire audio de David Cronenberg sur le DVD du FESTIN NU. Les critiques l'ont trouvé ennuyeux. C'est un exercice risqué et difficile. Il est souvent préférable d'avoir une bonne interview.

A propos de la rencontre que vous avez organisée à Paris entre Ruggero Deodato et la presse française, comment ça s'est passé avec le réalisateur italien ?

Très très bien. C'est un monsieur adorable, d'une très grande simplicité. L'histoire compliquée du film - il a été interdit trois ans par la justice italienne - lui a sans doute appris à relativiser. Il sait qu'il a réalisé un film culte, qui est une référence dans l'Histoire du cinéma, et, en même temps, il regarde tout cela avec humour. En outre, il aime la France : le distributeur français du film, André Koob, qui s'est bagarré à l'époque pour CANNIBAL HOLOCAUST, est devenu son meilleur ami.

Question piège, que pensez-vous personnellement de CANNIBAL HOLOCAUST ?

Je dois dire que la rencontre avec Ruggero Deodato a changé ma vision du film. Je n'étais pas un grand connaisseur du film. J'en avais quelques souvenirs furtifs (la femme empalée évidemment). Pour moi, c'était un film d'horreur qui avait fait scandale, un point c'est tout. Mais Ruggero Deodato refuse totalement cette notion de film d'horreur pour CANNIBAL HOLOCAUST. Pour lui, c'est un film réaliste, il explique cela très bien. Aujourd'hui, je saisis plus clairement le côté exceptionnel de cette œuvre, son aspect hors du commun. Cela reste une œuvre très forte. Plus de 20 ans après, il y a des séquences que j'ai toujours du mal à regarder. C'est la force des grands films de résister à l'épreuve du temps.

SUITE

Dossier réalisé par Christophe "Arioch" Lemonnier et Nadia Derradji

Les illustrations et photos contenues sur ce site sont la propriété de leurs éditeurs respectifs.
Les textes contenus sur ce site sont la propriété de DeVil Dead
http://www.devildead.com - devildead@devildead.com