Introduction
Interview de Ruggero Deodato
Interview de Michele De Angelis
Interview de Jean-Pierre Vasseur
Les éditions DVD
Le double DVD français

INTERVIEW
RUGGERO DEODATO

Ca ne vous gêne pas avec tous les films que vous avez pu réaliser, BARBARIANS, SOS CONCORDE, LE CAMPING DE LA MORT, etc... Que l'on continue aujourd'hui de vous parler seulement et toujours de CANNIBAL HOLOCAUST ?

Vous savez de toutes façons lorsque l'on me demande quel est mon film préféré, je réponds toujours par CANNIBAL HOLOCAUST. Car c'est un film très particulier alors que tous les autres films que j'ai réalisés, n'importe quel réalisateur peut le faire. Mais ça, c'est très difficile à faire. Si aujourd'hui, tu m'appelles et tu me dis que l'on doit faire un autre CANNIBAL HOLOCAUST, c'est très difficile à reproduire. Parce que ce film est né de rien, nous sommes partis avec très peu de matériel et cela s'est fait un peu au jour le jour. Le scénario était vaguement établi mais on a improvisé en se demandant si telle ou telle chose était possible. Ce fut une expérience particulière et donc un film particulier pour moi.
J'aime aussi BARBARIANS, SOS CONCORDE ou UOMINI SI NASCE POLIZIOTTI SI MUORE, un film policier que j'apprécie. Mais tout cela ne dépasse pas CANNIBAL HOLOCAUST.

Il y a une grande différence entre votre approche pour LE DERNIER MONDE CANNIBALE, qui est plus un film d'aventures, et CANNIBAL HOLOCAUST qui a une portée plus politique.

C'est vrai mais il faut bien comprendre que les deux films n'ont pas été faits de la même façon. D'un côté, il y a LE DERNIER MONDE CANNIBALE qui a été financé par un producteur très riche qui savait déjà ce qu'il voulait. Pour CANNIBAL HOLOCAUST, nous avions les mains plus libres et nous avons proposé notre idée à un producteur qui a trouvé l'idée intéressante mais sans plus. C'est à dire une histoire qui serait filmée par quatre journalistes à la manière d'un reportage. Grâce au succès en Allemagne et au Japon du DERNIER MONDE CANNIBALE, nous avons trouvé un financement dans ces deux pays mais nous n'avons rien pu obtenir des producteurs italiens. C'est pourquoi le budget de CANNIBAL HOLOCAUST est moins important que celui du DERNIER MONDE CANNIBALE. Mais pour revenir en arrière, juste après le tournage de SOS CONCORDE, lorsque je suis rentré à Rome, ma femme m'a quitté et je me suis retrouvé seul avec mon fils. C'est lui qui a attiré mon attention sur les journaux télévisés où l'on voyait des morts et des images horribles. J'étais assez furieux et je me suis dit que j'allais faire un film qui parlerait de ces dérives. Je croyais que la critique accepterait un film comme ça mais je pense qu'il a été mal perçu. Il faut dire qu'à ce moment-là, en Italie, il y avait aussi beaucoup de problèmes avec les Brigades Rouges. Pourtant CANNIBAL HOLOCAUST s'est retrouvé en première page des journaux, arguant qu'il s'agissait d'un film abominable, et tout ce qui concernait les Brigades et les autres informations importantes se retrouvaient relégués au second plan.

Le film s'attaque aux médias mais paradoxalement, vous utilisez dans votre film des images chocs qui peuvent paraître ambiguës.

Je dirais même que c'est sûrement parce que CANNIBAL HOLOCAUST touche directement le monde des médias qu'il a fait autant de bruit à l'époque. Au moment de sa sortie, un grand journaliste de la gauche disait que Deodato faisait des choses horribles. Vingt ans plus tard, le même journaliste déclarait que Deodato était un grand homme puisqu'il était le seul à s'élever contre les médias. Mais à vrai dire, à ce moment-là, je ne pensais pas que le film poserait autant de problèmes !

Vous pensiez vraiment que cela n'allait pas susciter des remous et qu'il s'agissait d'un film normal ?

Oh, non ! Ce n'était pas un film normal. Mais je pensais simplement faire passer un message sous couvert d'un film d'aventure.

Quand on parle de CANNIBAL HOLOCAUST, la plupart des gens retiennent seulement le sang et la violence mais cela ne va jamais au-delà. A croire que le message que vous avez voulu faire passer a été totalement occulté par la réputation du film.

Ca me gêne. La plupart des gens me disent que j'ai fait un film avec du sang et qui est dégueulasse... Mais ils n'y voient rien de plus. Malheureusement, on ne peut pas s'élever contre ça, il n'y a rien à faire... Ca fait plus de vingt que ça dure ! Qu'est-ce qu'on peut y faire ? Une chose que j'apprécie aujourd'hui en France, c'est que personne ne m'a accusé de cruauté envers les animaux.

Michele De Angelis m'avait envoyé des photos de la conférence de presse qui s'est tenue à l'occasion de la sortie du DVD italien, où justement vous avez été pris à partie par des défenseurs des droits des animaux.

Ah, oui ! En Italie, ça ne s'arrêtera jamais. J'aurais beau me justifier encore et encore. Ca ne changera pas.

Connaissiez-vous la carrière de Robert Kerman et pourquoi l'avez-vous choisi pour jouer dans CANNIBAL HOLOCAUST ?

Tout le monde me dit qu'il a fait des films pornographiques. Mais à vrai dire, je ne le connaissais pas du tout pour ça. Je l'avais repéré sur le tournage de l'un de mes films précédents. Si vous regardez SOS CONCORDE, vous verrez que Robert Kerman y interprète un tout petit rôle dans la tour de contrôle. Lorsque je suis allé par la suite à New York pour faire le casting du film, il est venu et je me suis souvenu que je l'avais trouvé intéressant dans SOS CONCORDE. Mais je ne savais pas qu'il avait joué dans des films pornographiques. A ce propos, je me souviens que sa femme aurait elle aussi tourné dans des films X et elle apparaît aussi dans CANNIBAL HOLOCAUST. En tout cas, tout le monde me parle de la carrière précédente de Robert Kerman mais je ne le savais pas. C'est amusant parce que dans CANNIBAL HOLOCAUST, il apparaît nu et je dois dire qu'il ne m'a jamais semblé avoir le physique pour jouer dans de tels films. En tout cas, personne ne m'a apporté un film porno de lui au moins pour que je sache s'il s'agit de la vérité ou non !

Il existait des affiches d'un SPIDERMAN qui aurait dû être produit par la Cannon et dont la réalisation aurait été confiée à Tobe Hooper puis à Albert Pyun. Aujourd'hui, pendant la conférence de presse, vous avez fait une drôle de révélation à ce sujet...

J'ai été amené à réaliser un film pour la Cannon. L'Héroïc Fantasy battait son plein avec le succès de CONAN LE BARBARE et on m'a demandé d'en faire un, moi aussi. Au passage, on m'imposait les frères Paul. Je les ai rencontrés et ils étaient tout le temps en train de se prendre le bec, c'était drôle à voir. J'ai donc modifié BARBARIANS pour lui donner un ton plus léger et, à l'arrivée, nous nous sommes retrouvés avec une comédie. Le jour où nous avons présenté le film à la Cannon, nous pensions que nous allions être virés sur-le-champ ! Et pourtant, ils ont apprécié et le film fut un joli succès qui a été largement distribué dans le monde. A partir de là, la Cannon m'a proposé de venir m'installer à Los Angeles pour réaliser SPIDERMAN. J'ai donc fait quelques voyages pour trouver un village et une école pour mon fils, histoire de m'installer. Mais je n'ai pas eu de chance puisque lorsque tout était prêt pour notre déménagement, nous avons appris que la Cannon venait de faire faillite. Et nous sommes donc restés en Italie !

Dans le documentaire, on découvre des images prises sur le tournage du film. On peut y voir les transports en pirogues ou les maquillages... Par qui ces images ont-elles été tournées ?

Ca, c'était une grande chance. Le cameraman qui a tourné ça, Roberto Forges Davanzati, ne m'en a pas parlé clairement avant. En plus, j'y pense maintenant, lorsque je suis passé au tribunal, ces images auraient été providentielles. C'était stupide de ne pas avoir sorti ces images auparavant. Il faut vraiment que je l'appelle pour lui demander "Pourquoi ? Mais pourquoi ?".

Justement pourquoi ces images ne sont ressorties que maintenant ?

Il y a quelques années, Roberto m'avait envoyé une cassette VHS avec ces images. Je n'avais aucune idée de ce qu'elle pouvait contenir. Je l'ai posée dans un coin sans même la regarder et je n'ai pas fait le lien avec CANNIBAL HOLOCAUST. Au moment où il a été annoncé qu'un DVD allait se faire en Italie, Roberto m'a dit de ne surtout pas donner la cassette car cela signifiait beaucoup d'argent. Quelle cassette ? Je l'avais totalement oubliée... Lorsque nous avons regardé la cassette avec Michele De Angelis, nous avons découvert des images fantastiques que personne n'avait vues jusque là !

D'après EC Entertainment, la copie du film utilisée pour le DVD italien est incomplète puisqu'il manquerait trois minuscules passages. Etes-vous au courant ?

C'est incroyable. J'avoue que je ne comprends pas. Il faudrait demander à Michele De Angelis qui s'est occupé de faire le master du DVD italien à partir de mon propre négatif original.

Toujours à propos du DVD italien, il y a une sorte de blague au début du film où il démarre avec une image rayée et un son tout distordu avant que vous ne la balayiez de la main pour présenter le film. Qui a eu cette idée ? De quelle façon étiez-vous impliqué dans la création de ce DVD ?

L'idée amusante était de Michele De Angelis, un bon ami à moi, qui s'est occupé de produire le DVD. Mais sinon j'ai passé beaucoup de temps sur sa réalisation, j'ai supervisé la plupart des étapes, j'étais présent pour certaines interviews comme celle de Riz Ortolani. Et le résultat, il faut bien le dire, n'est pas mal du tout.

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Dossier réalisé par Christophe "Arioch" Lemonnier et Nadia Derradji

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