Introduction
Caligula par Suetone
Les mauvais empereurs romains au cinéma
Du premier traitement au DVD
Les éditions DVD
Critique

LES MAUVAIS EMPEREURS ROMAINS
AU CINEMA

Caligula appartient donc à la catégorie des empereurs romains qui ont plutôt mauvaise presse. Or, ils sont en général les méchants idéaux pour les péplums se déroulant sous la Rome impériale. Dans cette catégorie, on trouve bien sûr Commode (qui régna de 180 à 192), le mal nommé, puisqu'il est surtout resté célèbre pour sa mégalomanie et sa brutalité ! On le rencontre sous les traits d'un Christopher Plummer machiavélique dans LA CHUTE DE L'EMPIRE ROMAIN d'Anthony Mann, super-production un peu bavarde et statique, qui engendra des recettes très décevantes ; cela devait, avec l'échec commercial du CLÉOPÂTRE de Mankiewicz, précipiter la fin du péplum hollywoodien au milieu des années 1960. Mais Commode reviendra, toujours aussi dangereux et méprisable, sous les traits poupins de Joaquin Phoenix dans GLADIATOR de Ridley Scott, en 1999, réveil inattendu et plutôt réussi du péplum américain.

Mais, le champion toutes catégories de l'infamie, c'est bien sûr l'adipeux Néron (qui régna de 54 à 68). Il est ainsi au cœur du roman "QUO VADIS" d'Henryk Sienkiewicz qui connaîtra maintes adaptations cinématographiques fameuses. Il y tient systématiquement la vedette et est souvent incarné par des stars : sa lâcheté et sa démence contrastent en effet de façon saisissante avec l'héroïsme résigné et sage des chrétiens qu'il martyrise systématiquement. L'Italie propose dès 1912 un QUO VADIS d'Enrico Guazzoni qui connut un succès international et fut un des tous premiers grands péplums latins (le célèbrissime CABIRIA de Pastrone ne date que de 1914). Le même pays en fait donc une nouvelle version en 1924, mobilisant trois réalisateurs, parmi lesquels on trouve le célèbre écrivain Gabriele d'Anunnzio (déjà crédité comme un des scénaristes de CABIRIA) : cette fois Néron est incarné par Emil Jannings, qui joua le portier du DERNIER DES HOMMES de Murnau. Puis Charles Laughton est un Néron hollywoodien, toujours persécuteur de chrétiens, dans LE SIGNE DE LA CROIX, en 1932, réalisé par Cecil B. DeMille. Un nouveau QUO VADIS, en Technicolor, est réalisé en 1951, avec cette fois Peter Ustinov dans le rôle de Néron. On pourrait continuer longtemps à énumérer les productions mettant en scène cet empereur réputé dément et incendiaire de Rome, tant elles sont nombreuses : L'INCENDIE DE ROME de Guido Malatesta en 1963 ; LE CALICE D 'ARGENT en 1954 avec un Paul Newman juvénile ; la parodie LES WEEK-ENDS DE NERON de 1955, avec Alberto Sordi dans le rôle titre ; l'érotique LES AVENTURES SEXUELLES DE NERON ET POPPÉE de 1981, attribué à Anthony Pass et Bruno Mattei...

Mais revenons à notre Caligula ! Certes, il n'a pas eu immédiatement la notoriété cinématographique d'un Néron. Il aurait du apparaître dans un prestigieux péplum, I, CLAUDIUS, tourné en 1937 et dédié, comme son nom l'indique, à son oncle et successeur Claudius : dans cette ambitieuse fresque britannique produite par Alexander Korda et réalisée par Josef Von Sternberg, Claudius aurait du être incarné par Charles Laughton. Mais, suite à une mésentente entre l'acteur et le réalisateur, ainsi qu'au décès accidentel de l'actrice qui devait jouer Messaline, l'épouse de Claudius, le tournage fut définitivement abandonné. Caligula apparaît toutefois dans LA TUNIQUE, péplum hollywoodien de 1953 interprété par Richard Burton et Victor Mature : c'était surtout l'occasion pour la Fox d'inaugurer le nouveau procédé Cinémascope, permettant d'obtenir une projection dans un format large grâce à l'emploi, lors du tournage et de la projection, d'objectifs respectivement anamorphosants et désanamorphosants. Les salles équipées de façon adéquate pour diffuser un tel film étant alors fort rares, une version quasi-identique de cette oeuvre fut tournée simultanément dans un format classique 1.37. Quoi qu'il en soit, LA TUNIQUE (il s'agit de celle du Christ, relique autour de laquelle va tourner le scénario) reste un péplum chrétien édifiant et assez soporifique, nous montrant un cruel Caligula persécutant quelques candidats au martyr. La Fox lui donnera une suite avec LES GLADIATEURS, dans lequel Victor Mature reprend le rôle du gladiateur Demetrius tandis que Jay Robinson est à nouveau Caligula. Puis cet empereur sera un peu oublié ensuite. Néanmoins, un nouveau I, CLAUDIUS sera produit sous forme d'une série télévisée de prestige par la BBC en 1976 : cette fois, le projet est mené à terme, et Caligula y apparaît sous les traits de John Hurt (l'inoubliable ELEPHANT MAN).

Le CALIGULA de Brass sort pour la première fois en Italie en 1979, après une longue genèse mouvementée (le tournage s'était déroulé principalement en 1976). Le succès international du film engendre toute une série de productions érotiques et racoleuses mettant en scène cet empereur. Arrêtons-nous sur quelques-unes d'entre elles. Dès 1977, on trouve une version érotico-parodique de la vie de l'empereur avec LES FOLLES NUITS DE CALIGULA (qui ne sortira en France qu'en 1982), réalisé par Roberto Montero : Caligula ne parvenant pas à satisfaire une jeune vierge au cours d'une cérémonie dédiée au dieu Priape, se déroulant sur le mont Phallus, il va vivre des aventures polissonnes pour retrouver sa puissance sexuelle. Joe D'Amato s'empresse de miser sur le succès du film de Brass avec son CALIGULA, LA VÉRITABLE HISTOIRE de 1981, dans lequel il fait jouer David Brandon (en Caligula) et Laura Gemser. Sortie en France en 1983, cette évocation inspira à un rédacteur de "La saison cinématographique" ce commentaire peu charitable : "Devant un tel désastre, on n'a même pas envie de dire que le scénario est inexistant, que les personnages sont pour la plupart incompréhensibles, on s'étonne seulement que la pellicule ait été impressionnée" ! D'Amato, toujours, ramènera l'empereur Caligula devant sa caméra pour une oeuvre pornographique à destination de la vidéo, genre vers lequel le réalisateur italien s'était tourné à la fin de sa carrière. Cette fois, c'est donc un "hardeur" du nom de Francesco Malcolm qui porte la toge dans CALIGULA : FOLLIA DEL POTERE.

Vient ensuite CALIGULA ET MESSALINE, en 1981, réalisé par Anthony Pass, qui marche à la fois sur les plate-bandes de CALIGULA et de MESSALINE, IMPÉRATRICE ET PUTAIN (dont on reparlera plus loin) : la rencontre de ces deux noms sur une affiche de cinéma était alors commercialement aussi racoleuse que, dans un autre style, KING KONG CONTRE GODZILLA, ou FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU ! Laissons à nouveau la parole à "La saison cinématographique" : "A la hideur particulièrement frappante du film contribuent essentiellement la totale absence de direction d'acteurs et le bâclage d'une réalisation peu scrupuleuse (faux-raccords ahurissants, figurants regardant la caméra, insertion hasardeuse de plans de foule piqués à d'anciens péplums...)"... Enfin LES ORGIES DE CALIGULA de Lorenzo Onorati, brode un peu n'importe comment sur la vie de Caligula, sort en France en 1985 et est accueilli par des commentaires toujours aussi blasés de la part de "La saison cinématographique" : "Ces Orgies ne sont en rien différentes des autres déjà produites : sexe mou et violence débridée typique du bis italien, emploi plus que généreux de stock shots dans le filon inépuisable des péplums des années soixante, héroïnes plantureuses...".

Mais il faut encore signaler l'existence d'un petit cousin de CALIGULA : MESSALINE, IMPÉRATRICE ET PUTAIN de 1977 (qui ne sortira en France qu'en 1981) ! En fait, le producteur Franco Rossellini avait profité des décors du CALIGULA de Brass pour y tourner un autre film simultanément. Réalisé par Bruno Corbucci, il raconte les aventures de Messaline, épouse de l'empereur Claudius et nymphomane notoire : les rôles principaux sont confiés à Anneka di Lorenzo et Lori Wagner, des modèles de "Penthouse", qui apparaissaient dans des séquences "hards" de CALIGULA. On y croise aussi l'acteur Thomas Milian (les western-spaghettis SALUDOS HOMBRE de Sollima, COMPANEROS de Sergio Corbucci...).

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Dossier réalisé par Emmanuel Denis

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