BOYS FROM BRAZIL
CES GARCONS QUI VENAIENT DU BRESIL


Barry Kohler, un jeune chasseur de nazis, repère le tristement célèbre docteur Mengele caché dans un coin reculé du Paraguay. Kohler apprend alors que Mengele prépare un étrange complot qui devrait permettre l'arrivée d'un "quatrième Reich" : ce plan implique l'assassinat de quatre-vingt quatorze hommes aux États-Unis, en Suède, en Allemagne... tous âgés de 65 ans et petits fonctionnaires... Kohler avertit Ezra Liberman, un fameux chasseur de nazis vivant à Vienne, mais, dans un premier temps, celui-ci refuse de l'écouter...

CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL est l'adaptation d'un best-seller d'Ira Levin, dont les œuvres ont inspiré d'autres films comme ROSEMARY'S BABY, THE STEPFORD'S WIVES ou SLIVER. Le producteur anglais Sir Lew Grade était alors un spécialiste des super-productions : le film catastrophe LE PONT DE CASSANDRA ; CAPRICORN ONE de Peter Hyams ; LA GUERRE DES ABÎMES dans lequel russes et américains tentent, chacun de leur côté, de renflouer le Titanic... Il acquit les droits du roman d'Ira Levin et en confia la réalisation de son adaptation à Franklin J. Schaffner, lui aussi spécialiste des films à grand spectacle. Surtout connu par les amateurs de science-fiction pour son chef-d'oeuvre LA PLANÈTE DES SINGES, il a aussi réalisé l'admirable biographie du général PATTON (qui lui valut l'Oscar du meilleur réalisateur) ; NICOLAS ET ALEXANDRA (à propos de la vie du Tsar Nicolas II de Russie) ; PAPILLON dans lequel Steve McQueen tente de s'évader de l'île du Diable, une colonie pénitentiaire de très haute-sécurité située en Guyane française...

Ici, Franklin J. Schaffner revient donc à un cinéma de science-fiction sérieux, pessimiste et soulevant des problèmes de société. C'était un style alors assez répandu dans le Hollywood des années 1970, suite au succès de LA PLANÈTE DES SINGES (SOLEIL VERT évoque le risque d'une crise alimentaire généralisée, L'ÂGE DE CRISTAL s'interroge sur la gestion du vieillissement de la population, ROLLERBALL met en garde contre les dérives des médias...)... D'autre part, CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL aurait pu, au vu de sa distribution extrêmement prestigieuse, s'appeler "LE CHOC DES TITANS" ! On y voit en effet s'affronter trois des plus grands acteurs anglo-saxons du vingtième siècle : James Mason, Laurence Olivier et Gregory Peck ! A leurs côtés, on retrouve d'autres visages connus, tels que Walter Gotell (le général Gogol dans la série des James Bond : L'ESPION QUI M'AIMAIT, MOONRAKER...), l'acteur suisse Bruno Ganz (ange dans LES AILES DU DÉSIR de Wim Wenders, Jonathan Harker dans NOSFERATU, FANTÔME DE LA NUIT de Herzog...).

Le britannique Laurence Olivier a d'abord commencé par connaître de grands succès au théâtre en Grande-Bretagne et aux États-unis avant de devenir, progressivement, une star du cinéma mondial en interprétant Heathcliff dans LES HAUTS DE HURLEVENT en 1939 ou en jouant dans REBECCA de Hitchcock. Avec HENRY V, sa première réalisation, il adapte et interprète Shakespeare au cinéma. Puis, il confirme magistralement cet essai avec son HAMLET (comme "MACBETH", il s'agit d'une pièce de Shakespeare où le fantastique a un rôle important), qui achève de le faire considérer comme l'un des plus grands acteurs de son siècle (et accessoirement réunit pour la première fois dans un même film Peter Cushing et Christopher Lee, ce dernier se contentant toutefois d'un très discret rôle de "porteur de hallebarde" !).

Si Olivier n'est en rien un spécialiste du fantastique, on l'a néanmoins vu interpréter des rôles aussi chers aux amateurs du genre que le chasseur de vampires Van Helsing dans le DRACULA de John Badham, le professeur Moriarti, ennemi juré de Sherlock Holmes, dans SHERLOCK HOLMES ATTAQUE L'ORIENT EXPRESS, ou même Zeus en personne dans LE CHOC DES TITANS ! Il avait aussi fait sensation en incarnant Christian Szell, un terrifiant criminel de guerre nazi traqué par Dustin Hoffman dans le remarquable thriller MARATHON MAN de John Schlesinger. CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL permet à Olivier de s'affranchir de cette mauvaise image en inversant les rôles, et en interprétant cette fois Ezra Liberman, un juif viennois chasseur d'anciens nazis. Ce rôle est inspiré par le personnage réel de l'autrichien Simon Wiesenthal qui, entre autres, aida la République Fédérale d'Allemagne à capturer Fritz Strangl, commandant des camps de Treblinka et de Sobibor, et qui démonta les arguments d'historiens allemands qui voulaient prouver que le journal d'Anne Frank était un faux. Bien que victime d'une grave maladie musculaire depuis 1974, Olivier tint pourtant courageusement son rôle, notamment dans la violente bagarre finale. Pourtant, Gregory Peck affirma que même des gestes simples, comme serrer une main, lui était pénible. Pour parfaire son interprétation Olivier se rendit à Vienne pour y étudier l'accent des juifs du ghetto de cette ville.

A ses côtés, on trouve James Mason, un autre comédien britannique de génie, qui, après avoir creusé son trou dans le cinéma britannique, arrive à Hollywood à la fin des années 40 où il devint rapidement une star, avec des titres comme : MADAME BOVARY de Vincente Minelli (où il incarne l'écrivain Gustave Flaubert !) ; LE PRISONNIER DE ZENDA aux côtés de Stewart Granger ; JULES CÉSAR de Mankiewicz, d'après Shakespeare, avec Marlon Brando et John Gielgud ; UNE ÉTOILE EST NÉE de George Cukor... Mais deux rôles en particulier l'ont rendu cher aux amateurs de fantastique. D'abord, dans le très raffiné PANDORA d'Albert Lewin, il interprète Hendrick van der Zee, le Hollandais Volant, marin maudit, condamné à errer sur les mers jusqu'à ce qu'une femme accepte de mourir pour lui : cette femme, Pandora, aura les traits majestueux d'Ava Gardner dans ce film où se mêlent les souvenirs des avants-gardes artistiques de l'entre-deux-guerre, que ce soit ceux des futuristes italiens ou des peintres surréalistes comme Magritte et De Chirico. Surtout Mason est LE capitaine Nemo dans 20.000 LIEUES SOUS LES MERS de Richard Fleischer, inoubliable transposition du roman de Jules Verne, dans lequel il incarne ce savant misanthrope parcourant les mers à bord de son sous-marin le Nautilus. On le retrouvera ensuite dans VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE de Henry Levin (encore une adaptation de Jules Verne), le téléfilm FRANKENSTEIN : THE TRUE STORY, dans la version de LE CIEL PEUT ATTENDRE réalisée par Warren Beatty, dans MEURTRE PAR DÉCRET (où il est le Watson d'un Sherlock Holmes interprété par Christopher Plummer), dans LES VAMPIRES DE SALEM de Tobe Hooper... Dans CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL, il joue un ancien officier nazi, chargé de superviser le plan du docteur Mengele : Mason retrouve en fait le rôle de l'officier allemand aristocratique et raffiné qu'il a incarné assez souvent (il joua Rommel dans LE RENARD DU DÉSERT et LES RATS DU DÉSERT, puis il interprèta des personnages du même style dans LE CRÉPUSCULE DES AIGLES, CROIX DE FER de Peckinpah...).



Enfin, la surprise la plus étonnante est de retrouver Gregory Peck dans le rôle du docteur Mengele, tristement célèbre criminel de guerre qui,à Auschwitz, se livra à des expériences pseudo-scientifiques (castration, injection d'encre bleu dans les yeux d'enfants...) sur des cobayes vivants. Notons au passage que le vrai Mengele n'a pas été retrouvé, et qu'il est supposé être mort au Brésil vers 1979. Peck a surtout tenu dans sa carrière des rôles de justicier (les avocats des films DU SILENCE ET DES OMBRES et LE PROCÈS PARADINE...), de gendre idéal (VACANCES ROMAINES où il forme un couple parfait avec Audrey Hepburn...), voire de victime (LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDS de Hitchcock, LES NERFS A VIFS de 1962...). Il s'est aussi fait une spécialité des personnages d'officiers américains (UN HOMME DE FER, LA FLAMME POURPRE, MAC ARTHUR LE GÉNÉRAL REBELLE...). Certes, il avait tenu des rôles plus ambigus (le capitaine Achab dans MOBY DICK de John Huston...), ou même vraiment négatifs (DUEL AU SOLEIL de King Vidor...). Mais de là à tenir le rôle de Mengele, c'était tout de même un pas qu'il fallait franchir ! Gregory Peck va d'ailleurs se montrer réticent quand on lui proposera ce film, puis il finira par accepter, séduit par le défi qu'impliquait pour lui l'interprétation d'un tel rôle. C'était aussi une opportunité de rappeler aux spectateurs le souvenir des horreurs nazies et de pouvoir jouer aux côtés de Laurence Olivier, avec lequel il n'avait jusqu'alors jamais travaillé. Peck n'est pas non plus un spécialiste de l'épouvante. Pourtant, il reste attaché à quelques classiques du fantastique comme le film de science-fiction LE DERNIER RIVAGE de Stanley Kramer (dans lequel la Terre est dévastée par une guerre atomique) ou LA MALEDICTION de Richard Donner (où il se retrouve père de Damien l'Antechrist).

Bénéficiant de ce très solide casting, CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL va se révéler être un mélange de science-fiction (s'appuyant essentiellement sur les progrès de la génétique) et de thriller politique. Certains hauts dignitaires du troisième Reich ayant réussi à échapper au procès de Nuremberg décident de mettre au point un plan afin d'assurer la conquête du monde par la "race aryenne". Le docteur Mengele, qui coule des jours paisibles au Paraguay, dirige les opérations et distribue des ordres de mission à ses fidèles : ainsi il les charge de tuer 94 petits fonctionnaires âgés de 65 ans et mariés à des femmes plus jeunes qu'eux de vingt années. Le chasseur de nazis Ezra Liberman entend parler de ce projet et, après un moment d'incrédulité, se met à enquêter sur ces étranges manœuvres. Petit à petit, il finit par comprendre le plan de Mengele, notamment lorsqu'il réalise que les hommes assassinés étaient tous les pères d'enfants physiquement totalement identiques. La progression de son enquête va inquiéter les amis nazis de Mengele : ils vont tenter de convaincre ce dernier d'abandonner son plan. Mais "l'Ange de la Mort" d'Auschwitz continuera seul son projet aussi démoniaque que dément... On peut noter que ce n'est pas la première fois qu'on voit au cinéma des savants plus ou moins fous employer leur science afin d'assurer le retour en force du Reich. Dans le tartignolle MADMEN FROM MANDORAS de 1963, des nazis parviennent à redonner la vie à la tête d'Hitler (le corps étant porté manquant !) : en 1968 le film devait se voir "augmenter" de scènes supplémentaires, ce nouveau montage étant distribué sous le titre THEY SAVED HITLER'S BRAIN. Dans THE FROZEN DEAD, Dana Andrews (RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR) interprète un savant fou nazi qui parvient à redonner la vie à des soldats allemands congelés : hélas, ces zombies abrutis ne seront pas aussi disciplinés qu'il l'aurait voulu... Dans TIME DEMON, concocté en vidéo par le français Richard J. Thomson, Hitler, qui n'est pas mort en 1945 mais a survécu jusqu'à nos jours, cherche à obtenir le secret de la vie éternelle...

CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL fonctionnent avant tout sur le mode d'un film d'espionnage. On voyage donc beaucoup (Paraguay - ces scènes ont en fait été tournées au Portugal - Autriche, Suède, États-Unis, Grande-Bretagne...) afin de tenter de démêler un complot obscur menaçant l'équilibre mondial. Pourtant, Ezra Liberman, vieillard malicieux et obstiné savoureusement interprété par Olivier, n'a rien d'un James Bond et il ne faut en aucun cas s'attendre à des séquences spectaculaires. C'est plutôt par son intelligence et sa persévérance qu'il parviendra à s'opposer aux plans des nazis. Les "méchants" ne sont pas non plus ordinaires : Schaffner est conscient de l'aspect grotesque du complot complètement fou de Mengele et de la situation dérisoire de ces vieux nazis qui tentent de se reconstruire un petit coin de Bavière, avec valses viennoises et soldats défilant au pas de l'oie, dans une région perdue d'Amérique du sud. On trouve alors de nombreux éléments d'humour noir, tels ce moment où Peck/Mengele et Mason/Seibert dissertent, avec des accents allemands appuyés, sur les futurs succès de la race aryenne en savourant des enregistrements de morceaux de Wagner ! Le final, au cours duquel Mengele et Liberman s'affrontent au milieu d'une meute de dobermans menaçants, est aussi extrêmement réussi, en particulier grâce à l'interprétation hallucinante de Gregory Peck, bouillonnant d'une haine et d'une folie furieuse absolument inouïes, sous l'oeil consterné et épouvanté de Olivier. On trouve de l'humour noir, encore, dans les comportements des mystérieux enfants que Mengele a amoureusement dispersés à travers le Monde (particulièrement le petit anglais !). En mélangeant spéculation politique très pessimiste et bouffonnerie macabre, Schaffner parvient à donner un ton surprenant et approprié à son film.

La qualité de l'image de ce DVD est un peu décevante. La définition et la luminoisté semblent très perfectibles. De même, les couleurs sont parfois un peu ternes, ou manquent de naturel (les carnations notamment). Certaines scènes nocturnes laissent apparaître d'évidentes traces de compression. On aurait pu s'attendre à mieux, mais l'excellent état de la copie permet un résultat d'ensemble globalement satisfaisant.

En bande-son, on ne dispose que du mono original anglais. Les sonorités en sont parfois un peu sourdes, ce qui rend certains dialogues, dont la compréhension est déjà rendue difficile par l'usage d'accents divers et variés, un peu pénibles à suivre. D'autre part, certaines envolées dynamiques des bruitages ("l'accident de voiture" en Allemagne, la musique...) paraissent bien trop fortes par rapport au niveau général de la bande-son et laissent sentir des pointes d'agressivité. Un souffle constant est aussi assez présent. Le résultat reste plutôt bon, mais, on aurait sans doute pu faire mieux.

En bonus, on trouve des notes de production assez informatives et complètes, ainsi que deux bandes-annonces d'époque en bon état. De très nombreuses bio-filmographies des acteurs, des producteurs, du réalisateurs... toutes très bien faites, sont disponibles. De même, le boîtier contient un feuillet donnant encore quelques infos sur le film. Tout cela paraît tout de même un peu léger. Mais au vu du prix raisonnable de ce DVD, il ne faut pas s'attendre à des miracles.

CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL est une véritable réussite. S'appuyant sur un argument de politique-fiction à la fois abracadabrant et fascinant, il parvient à trouver le ton juste entre la farce morbide et une étrangeté très inquiétante. Certes, on peut se plaindre du caractère un peu bavard de ce film, mais avec de tels acteurs, ce qui serait un défaut dans d'autres films devient ici un vrai régal. A travers cette fable, Schaffner invite à lutter contre l'oubli facile, qui ne fait que faciliter le recommencement des pires moments de l'Histoire. Le ventre de la bête immonde reste fécond, et les dernières images du film nous indique qu'en sont sortis quatre-vingt quatorze petits monstres, prêts à semer à nouveau la folie et la destruction sur Terre.

Emmanuel Denis

ON AIME
Quel casting !
Un excellent film
Un ton original

ON N'AIME PAS
Qualités d'image et de son perfectibles...

Meilleures scènes

  • Meurtre en Suède
    (Chapitre 18)
  • La clinique de Mengele
    (Chapitre 24)
  • Dénouement
    (Chapitres 26 à 30)
Année : 1978

Durée : 125 minutes

Acteurs :
Gregory Peck
Laurence Olivier

James Mason
Lilli Palmer
Uta Hagen
Steve Guttenberg

Réalisateur :
Franklin J. Schaffner

Scénario :
Heywood Gould
Ira Levin (livre)

Musique :
Jerry Goldsmith

Format disque :
Simple Couche

Format Image :

Format sonore :
Anglais : 

La bande-son codée sur deux canaux est en mono.

Sous-titrage :
Aucun


Les Suppléments

  • Bandes-annonces
    (à la fin des notes de production)
    • Trailer 1
    • Trailer 2
  • Notes de production
  • Filmographies
    • Gregory Peck
    • Laurence Olivier
    • James Mason
    • Lilli Palmer
    • Denholm Elliott
    • Uta Hagen
    • Steve Guttenberg
    • Rosemary Harris
    • Franklin J. Schaffner
    • Heywood Gould
    • Robert Fryer
    • Martin Richards
    • Stanley O'toole

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