Déjà paru en 2008 aux éditions Scali, l’ouvrage
Dans Les Griffes de la Hammer de Nicolas Stanzick retrouve deux ans plus
tard la voie des linéaires grâce à l’éditeur Le
bord de l'eau. La jaquette demeure à peu de choses près la
même et il sera donc bien difficile pour l’acheteur de distinguer l’ancienne
de la nouvelle version. La vigilance sera par conséquent de mise, d’autant
qu’il n’est pas question là d’une simple réédition. En
effet, nous avons tout d’abord droit à un petit rafraîchissement
d’ordre cosmétique. Le papier de cette nouvelle édition est plus
agréable et les polices de caractère plus petites. L’iconographie
est maintenant plus riche et s’offre même deux douzaines de très
belles pages en couleur. Le livre gagne ainsi indiscutablement en "standing"
mais ce n’est pas tout…
Cette édition 2010 se voit en effet enrichie de deux nouvelles interviews.
Bernard Charnacé et Jean-Pierre
Bouxyou ont donc maintenant la parole et ce pour un gain d’environ quarante
cinq pages. La première partie du livre s’en trouve elle-même quelque
peu modifiée, même s’il reste assez difficile de pointer l’exhaustivité
des altérations. Enfin, l’ouvrage dans sa version Le bord de l'eau
se voit offrir une préface écrite de la main de Jimmy
Sangster. Proposée en version originale anglaise, et via une traduction
française, cette introduction est un plus indéniable dans laquelle
le scénariste phare de la Hammer
fait preuve d’un savoureux humour "british". Amusé (et sans
aucun doute surpris) par le statut de "Star" qu’on lui accorde, l’homme
nous livre une belle poignée d’anecdotes, ouvrant d’une fort belle manière
la porte au reste de l’ouvrage.
Nous avions déjà chroniqué l’édition 2008 mais
une nouvelle lecture ne fait aucun mal. Il faut dire que le pavé de Nicolas
Stanzick est d’une densité tout à fait étonnante et qu’il
peut s’avérer intéressant de s’y replonger de temps à autres.
L’ouvrage est à ce titre une référence en terme de bibliographie,
que l’on parle de livres ou bien de périodiques. On trouvera également
en annexe à la liste complète des films de la Hammer,
couplés à leurs dates de sortie anglaise et américaine.
Les sorties françaises font curieusement l’objet d’une annexe séparée,
chose au final assez peu pratique mais ce n’est qu’un détail.
Le dos de ce nouvel ouvrage annonce fièrement "Le premier livre
français sur le Studio culte du cinéma fantastique".
La chose est partie vraie puisqu’aucun livre francophone ne traitait réellement
de la Hammer
et des ses productions. Là où l’annonce s’avère quelque
peu erronée, c’est que Dans Les Griffes de la Hammer n’est pas
à proprement parler un livre sur la société britannique.
Les titres ne sont pas tous traités et pour ceux qui le sont, nous ne
trouverons pas l’incroyable richesse d’ouvrages anglophones tels que les Hammer
Films : The Bray Studio Years et Hammer Films : The Elstree Studio Years.
Le titre du livre de Nicolas Stanzick est donc plus évocateur du contenu
réel que nous allons découvrir : L’analyse minutieuse d’une
tranche de cinéphilie bien particulière, dont le porte-étendard
fût effectivement la Hammer.
Si Nicolas Stanzick évoque effectivement largement les films de Fisher,
leur esthétique gothique, leur goût du sang et de la chaire, ce
n’est pas exactement ce qui ressortira à l’issue de notre compulsion.
La démarche relève en effet davantage de la sociologie, étudiant
la naissance puis l'"acceptation" d’un mouvement cinéphile
dans le contexte de l’époque (1957-1977). Plus que les films eux-mêmes,
nous sommes donc invités à découvrir leur arrivée
en France, leur réception en forme de douche froide et les balbutiements
d’une nouvelle forme de "contre-culture". Pour ce faire, l’auteur
déterre d’étonnantes chroniques d’époques, véritables
gifles à l’égare de Fisher
et de ses œuvres. Mais ce n’est pas tout. Car en plus de ces écrits oubliés,
Nicolas Stanzick s’abreuve également de souvenirs. C'est ainsi qu'il
interviewe quelques grands noms français ayant vécu l’émergence
du cinéma Hammer
et qui ont, pour certains, "milité" en faveur de la reconnaissance
du Fantastique. Jean-Claude
Romer, Alain Schlockoff et Gérard Lenne (entre autres) sont ainsi
de la partie, livrant observations et anecdotes sans retenue. Autant de confessions
nostalgiques qui serviront de base à l’analyse de Nicolas Stanzick. On
retrouvera ainsi cette mémoire cinéphile au travers de très
nombreuses citations dans le texte mais aussi, et en version intégrale,
dans la seconde partie du bouquin. En ce sens, la lecture des deux parties d’une
traite peut entraîner une sensation de redite assez logique. A vous donc
de voir s’il vaut mieux débuter votre lecture par les interviews ou par
l’analyse et la remise en contexte que réalise l’auteur. Qu’importe en
réalité car l’information est là, riche et souvent pertinente.
On pourra pointer quelques cheminements "sociologiques" plus ou moins
tirés par les cheveux mais c’est bien là le lot de tout travail
d’analyse un tant soit peu avancé. Il est à ce titre amusant de
constater qu’un monsieur comme Norbert Moutier s’inscrit à l’opposé
de cette démarche, niant pratiquement toute étude pour ne tirer
du cinéma populaire qu’un plaisir immédiat, quasi-viscéral.
Retrouver ce type de contrastes et ces différentes approches de la cinéphilie,
en plus d'un amour commun et inaltérable pour le Fantastique, est bien
l'une des grandes forces de ce Dans Les Griffes de la Hammer. De par
son approche relativement inédite et extrêmement documentée,
l’ouvrage de Nicolas Stanzick devrait donc séduire sans mal les amateurs
de la célèbre firme mais aussi et plus globalement les amoureux
d’un cinéma dit "de genre". Autant de raisons qui font de ce
livre un incontournable pour le lecteur de DeVilDead…
Xavier Desbarats