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INTERVIEW
LINDA HARDY

Comment devient-on la "Femme piège", que s'est-il passé depuis 1992 jusqu'à maintenant ?
Mon parcours est relativement eclectique. C'est un parcours riche en expériences, c'est aussi les raisons pour lesquelles je suis là aujourd'hui. Chronologiquement, avec le recul que j'ai aujourd'hui, pendant une période assez longue, j'ai eu le sentiment d'avoir été surtout utilisée pour mon enveloppe corporelle et les gens se sont beaucoup attachés à mon image. A partir du moment où j'ai décidé de faire de vrais choix et d'aller vers des désirs profonds et non pas vers des opportunités, ce qui a été le cas pendant longtemps, je commence à me retrouver et à ne plus avoir le sentiment de n'être que le reflet de moi-même.

Mais tu as été choisie ici surtout pour ta ressemblance ?
C'est vrai que pour une fois, c'était un atout extrêmement positif. C'était effectivement très surprenant pour moi au départ d'être confrontée à une certaine ressemblance avec le personnage de Jill et donc c'est vrai que ça a joué en ma faveur. La première rencontre avec Enki s'est faite au moment où il cherchait un cobaye pour la fabrication d'un teaser. Je devais en principe momentanement interpréter le personnage de Jill pour une vidéo destinée au marché de Cannes pour les distributeurs étrangers. Sa première idée était de ne pas forcément donner suite à cela. Pour ma part, à ce moment-là, il y avait une véritable volonté de rentrer dans la peau de ce personnage. Et, Enki s'est vite rendu compte que j'avais le potentiel et une réelle envie de l'interpréter à l'écran.

Vous connaissiez la Trilogie ?
Non, je n'étais pas du tout familière de cet univers-là. Donc c'est vrai que j'ai fait le travail d'approche qui est simplement un respect profond du réalisateur que l'on rencontre.

Qu'est-ce qui t'a plu dans le scénario ?
D'abord, l'histoire est très belle, c'est une évidence. Le côté visionnaire de l'univers d'Enki, ce mélange de mondes différents, de périodes de notre histoire, c'était déjà très séduisant. Ensuite, le personnage, qui est en pleine mutation, permet tout d'un coup d'ouvrir un registre de jeu relativement important, même si c'est un personnage tout en retenue.

Sur IMMORTEL, est-ce que tu as l'impression d'avoir tout donné du point de vue "sentiments" ? En fait, est-ce que tu as l'impression d'avoir perdu ta virginité artistique ?
Sur le papier, effectivement. Maintenant, je suis quelqu'un, dans mon jeu, qui fonctionne beaucoup à l'instinct, c'est à dire que je n'ai pas le sentiment d'être dans la réflexion. Quand je joue je ne réfléchis pas. C'est vrai que j'ai exploré un registre mais il y en a encore beaucoup à explorer. C'était extrêmement enrichissant ! L'important pour moi c'était, au-delà du côté énigmatique, froid et robotique de Jill, de la rendre émouvante et touchante. J'espère avoir réussi cela parce que dans cet univers un peu virtuel, glacial et effrayant, je pense que le public réagit beaucoup à l'affectif et à ce qu'il ressent profondément. Je tenais à ce que ça soit visible.

Donc, il faudra attendre septembre pour retrouver une autre Linda Hardy ?
Oui, ce sera complètement différent. Elle sera une grande amoureuse romantique très solaire, à l'opposé de Jill. J'ai envie d'aller vers plein de registres différents, j'ai envie de donner et de ne pas avoir de pudeur par rapport à une caméra, par rapport à une équipe et à un réalisateur. A partir du moment où l'on est dans ce désir de donner des choses et d'être généreux… oui, vous verrez autre chose…

Au niveau du maquillage ? Etait-ce long ?
Ca durait à peu près deux heures et demi par jour. Parfois même deux fois dans la journée. Il y a bien eu quelques petites difficultés. Par exemple, comme j'ai dû me raser la tête, j'ai eu quelques problèmes épidermiques. Des petites choses pas vraiment importantes. Mais cette transformation est tellement radicale que c'est un moyen extraordinaire de rentrer dans un personnage. Déjà physiquement, à partir du moment où le travail sur l'enveloppe de Jill est fait, on est déjà au quart du travail.

La télévision, c'est fini ?
Ah oui ! Mais ca fait quatre ans déjà…c'est marrant parce que j'ai l'impression d'avoir un parcours absolument incroyable, et c'est probablement le cas, et en même temps j'en suis fière.

Tu ne présentes pas le foot sur TF1 ?
Et bien… Sans rire, on me l'a proposé en effet ! Comme quoi il y a quand même des choses que j'ai refusées. Je ne fais pas tout et n'importe quoi non plus, en toute modestie !

Tu penses que tu retravaillerais avec Enki Bilal ?
J'espère oui ! Vous savez Enki, pour moi, a été comme un messie. Et ce qu'il a fait pour moi, ce qu'il a fait de moi, je lui en serai redevable à vie. Sans lui c'est clair, je n'en serais pas là ! De plus, c'était un vrai plaisir de travailler avec lui. Et, en dehors du cinéma, c'est quelqu'un extrêmement ouvert sur le monde et qui a beaucoup de respect pour les autres. Le rapport humain a été très enrichissant.

Et Charlotte Rampling ?
Je ne vais pas vous l'apprendre, Charlotte Rampling est une grande dame du cinéma et j'étais vraiment intimidée. D'ailleurs, elle, je continue à la vouvoyer bizarrement. C'est du respect et ça m'intimide complètement. Mais pendant le tournage, c'était génial... A aucun moment, durant le tournage, elle ne m'a fait sentir sa supériorité d'actrice. Et, quand vous avez quelqu'un qui a une telle richesse au niveau de son parcours, c'est assez rare. Elle est extrêmement intelligente et généreuse et c'est essentiel chez un comédien.

Le film est en anglais, vous avez vous-même tourné en anglais ?
Oui, j'ai tourné en anglais mais j'ai été doublée pour la version originale parce que les Américains tiennent à avoir un dialogue sans accent, bien que je ne pense pas avoir un accent prononcé, franchouillard. C'était bien en tout cas pour moi de le faire en anglais. Et puis, j'ai très bien été doublée par quelqu'un qui correspondait parfaitement et qui est resté dans mon jeu. Mais je me suis doublée en français et ca m'a demandé à nouveau un travail un peu différent.

Dossier réalisé par nos correspondants en Belgique : Christian De Coninck et Didier Stefek

Les illustrations et photos contenues sur ce site sont la propriété de leurs éditeurs respectifs.
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