|
|
INTERVIEW PRIVEE DE
JEAN ROLLIN
Vous êtes mis à l'honneur par le festival pour sa 20° édition avec la projection de trois de vos films. Avez vous été consulté pour le choix de ces films ou est-ce vous qui les avez choisis personnellement ?
C'est à dire qu'ils désiraient des films anciens parmi mes premiers films, et il se trouve que je possédais une copie du VIOL DU VAMPIRE et une copie du FRISSON DES VAMPIRES, et ils ont trouvé ici dans une vieille salle de Bruxelles une copie de LA VAMPIRE NUE, voilàJustement en parlant de vos premiers films, au début, j'ai lu dans plusieurs de vos interviews que lors de projections, les spectateurs balançaient sur l'écran tout ce qu'ils avaient sous la main
Surtout pour le premier. Ca a été un scandale absolument mémorableEt à l'heure actuelle ce serait plutôt des fleurs et des compliments qu'on vous lancerait ?
Mais écoutez, j'ai été très surpris de voir il y a quelques années que ce vieux VIOL DU VAMPIRE qui a été projeté à la Cinémathèque de Paris recueillait un succès curieux pour la première fois, j'ai vu une projection dans le silence les gens regardaient l'écran, ne criaient pas, ne hurlaient pas J'ai été très surpris. En fait il semble que les jeunes de maintenant apprécient le film comme je l'espérais au début.Nous sommes actuellement dans une ère du cinéma fantastique de consommation ou les gens vont voir un film d'horreur plus pour rigoler un bon coup que pour frissonner On ne retrouve plus la fantaisie, l'aspect réellement fantastique et l'épouvante de ces anciens films
C'est vrai, dans ma jeunesse on disait "film d'épouvante", c'est un terme qui n'existe plus beaucoup mais je pense que ce qui a amené le genre à ce niveau drôle c'est la mode du film 'Gore'. Maintenant plus il y a d'effets spéciaux et plus il y a d'abominations plus les gens s'amusent parce qu'ils voient bien que c'est pas vrai C'est un peu la tendance, mais je ne fais pas partie justement de cette tendanceCroyez-vous plutôt que vous étiez un précurseur ou alors que vous n'êtes pas né à la bonne époque ?
Pfff Difficile à dire Heu Je pense que moi je suis resté toujours le même et qu'il y a maintenant un certain intérêt pour le fantastique plus poétique, magique Un peu dans le sens de George Franju Et comme je suis contre cette mode de films gore, les gens qui pensent comme ça viennent me voir.Justement en parlant de vos films, la nudité féminine est omniprésente
Oui, au début, sur LE VIOL DU VAMPIRE, j'avais un producteur américain ett on avait fait un deal. J'avais fait une séquence un peu bizarre et il disait : "Je ne comprends rien à ce que tu fais !". Je lui disais de ne pas s'en faire : "Laissez-moi faire ca, et je vous rajoute une femme nue".
Et chaque fois donc que je voulais faire quelque chose qui dérangeait, pour obtenir gain de cause je mettais une femme nue quelque part C'était une sorte de jeu.
Et si je faisais quelque chose de bizarre, on ne pourrait pas le vendre, mais s'il y a l'une ou l'autre femme nue, là je pourrais faire quelque chose !Donc c'était vraiment alors plus dans un but commercial plutôt que l'exploitation de fantasmes plus personnels ?
Dans le premier oui, et puis je me suis pris au jeu. Je ne voulais pas filmer des scènes d'amour dans un lit parce qu'il n'y a vraiment rien à filmer Mais si je mêle la fille et les personnages dans un décor insolite, ca prenait tout de suite un autre aspect, plus surréaliste Alors bon ca m'a intéressé de faire ca ! Et puis à l'époque j'étais intéressé par la peinture, et il y avait notamment un peintre belge surréaliste 'Paul Delvaux' qui peignait comme ça de manière très réaliste des sujets curieux, des paysages de gares dans lesquelles il y avait des femmes nues Et je me suis assez inspiré de ça et j'ai placé des femmes nues dans les endroits les plus insolites, et ça a marché, les gens étaient très surpris de voir ça c'était un peu comme des collages.Ca me fait justement penser à votre expérience avec Brigitte Lahaie où vous avez su faire sortir d'elle un autre coté de son talent d'actrice que celui auquel on était habitué
Oui c'est à dire que lorsque j'ai tourné avec elle, elle n'avait fait que des films X, et sur LES RAISINS DE LA MORT c'était son premier film traditionnel. Alors, elle était un peu intimidée au début car ce n'est absolument pas la même façon de tourner qu'un film X Et elle s'y est intéressée et a découvert le plaisir de jouer la comédie... C'est vrai qu'au début elle ne savait pas très bien jouer, mais elle a travaillé et c'est devenu d'ailleurs une bonne comédienne.En parlant des RAISINS DE LA MORT justement, il y a cet hommage à Barbara Steele une image fantastique.
Oui, mais ca a été très difficile à faire parce que c'était un endroit absolument désert, il n'y avait pas un café à mois de 40 kms. Alors nous étions là avec un froid absolument glacial. Et à un moment elle devait laisser tomber sa robe et rester immobile elle devait s'exposer à un froid terrible. Elle n'avait qu'une phrase à dire mais n'y arrivait pas tellement elle était pétrifiée par le froid. Alors on a du faire au moins 10 prises avant qu'elle n'arrive à dire sa phrase. c'était terrible, elle devenait bleue Mais c'est une image que je voulais absolument il y avait un escalier de pierre qui menait au ciel enfin bref, c'était très beau !
Vous accordiez beaucoup plus d'importance à l'image qu'à la parole dans vos films, est-ce toujours le cas aujourd'hui alors que vous êtes plus actif dans le secteur de la littérature ?
Non, maintenant évidement, comme j'écris, j'accorde bien plus d'importance aux dialogues. Mais à mes débuts c'est vrai que l'image était plus importante pour moi car j'avais une formation artistique proche du surréalisme et donc imagée. J'étais grand admirateur de Bunuel. Et ce qu'il a réalisé ce sont des images chocs, qui restent. Et puis j'avais tellement envie de montrer des décors étranges, des choses bizarresC'est votre vision du conte pour adulte ?
Oui, absolument. Par exemple j'ai construit un film entièrement sur une image comme ça : REQUIEM POUR UN VAMPIRE. C'est un de mes meilleurs souvenirs de films. Et j'avais une amie qui était chanteuse dans des cabarets et tout d'un coup je me suis dit que je la verrais bien en train de jouer du piano dans un cimetière, c'est une image qui est venue comme ça et bon heu J'ai placé ça dans le film. Ca a d'ailleurs été le plan le plus cher du film Il a fallu faire venir un piano dans un cimetière à 200kms de Paris, l'amener à dos d'homme au milieu du cimetière J'étais ravi.Vous êtes très exigeant avec votre équipe technique ?
Non, je fais ce que je peux.J'ai justement une anecdote en tête comme quoi vous seriez le seul réalisateur qui mange ses acteurs après les avoir filmés ?
Ah bon ! Ah oui, je vois à quoi vous faites allusion (rire) C'est sur un film qui s'appelle LES DEMONIAQUES qui était une coproduction avec la Belgique. et on tournait dans une île à côté des îles anglaises et quand il y a les grandes marées d'équinoxe l'île est coupée du monde pendant 8 jours. C'est une toute petite île avec quelques pêcheurs seulement, mais rien d'autre, tout juste un café. Alors nous avions ramassé des araignées de mer pour les filmer, elles tournaient la nuit, et le matin on les faisait cuire : Fallait bien manger quelque chose ! On est resté comme ça, coupés du monde pendant 3-4 jours... Alors en quelque sorte oui on mangeait nos acteurs...(rire)Pourriez-vous nous donner quelques films de vampires que vous appréciez, et que vous n'avez pas réalisés vous-même ?
Oui, je me souviens d'un film mexicain, réalisé par Fernando Mendez qui s'appelait LES PROIES DU VAMPIRE, c'était vraiment un film fabuleux, un vieux film en noir et blanc. Mais à part ça, bien évidemment tous les autres grands films de vampires : le premier DRACULA naturellement Mais ce film mexicain m'a tout particulièrement marqué.Christopher Lee est invité également au festival, l'avez-vous déjà rencontré ?
Jamais. Je ne l'ai jamais rencontré, même pas ici.
N'est-il pas trop frustrant justement d'être reconnu partout sauf dans son propre pays ?
Pas partout Mais si si, c'est très embêtant !Mais cela a changé maintenant ?
Oui, effectivement j'ai été très surpris de voir que le public français tout à coup s'intéressait à ce que je faisais Et avait changé Le public qui est le mien maintenant, c'est un public de jeunes et donc une génération après, et bon ! ca passe très bien avec cette génération et pas avec l'ancienne.Vous regardez encore des films de vampires aujourd'hui ? Alors que la tendance est plutôt à rapprocher le mythe du vampire de la littérature ?
Oui, bien sûr ! Je trouve cela intéressant Ce n'est pas tellement mon propos mais c'est bien que ce genre de films aille dans cette direction.Et quels sont vos projets maintenant ?
Et bien j'ai été très malade, on m'a greffé un rein. Donc j'ai eu peu d'activité ces dernières années. Je suis resté huit ans sous dialyse. J'ai quand même fait deux films avec quelles difficultés !! Et maintenant je me suis plus tourné vers l'écriture. J'ai écrit un certain nombre de bouquins, des histoires fantastiques bien sûr.
A l'époque ou je tournais mes premiers films, on pouvait facilement faire deux à trois films par an et pas forcement des films de vampires, je faisais des films sous des pseudonymes, des films érotiques, des comédies que je n'ai pas signés parce que ce n'était pas mon domaine. Ceci dit, actuellement, on me donne plus de moyens et donc j'espère bien qu'un jour j'aurai suffisamment de moyens pour avoir un travelling (rire). Je n'en ai jamais eu !Quelle formation avez-vous ?
Absolument aucune (rire). Je n'ai jamais passé un examen. J'ai quitté l'école assez tôt. Et j'ai fait beaucoup de petits boulots. J'ai fait un stage dans un laboratoire de films. Et J'ai fait des courts métrages Mon premier film a été une réelle opportunité. Il fallait que je fasse un petit film d'une quarantaine de minutes. Et comme le producteur était satisfait du résultat et surtout que cela n'avait pas coûté très cher, il m'a alors demandé de tourner une suite directe pour le distribuer. Et c'est comme ca qu'est né LE VIOL DU VAMPIRE et c'est aussi pourquoi le film est en deux parties. La deuxième partie a été filmée trois mois plus tard. Ca a été très difficile à écrire parce qu'à la fin de la première partie tous les personnages étaient morts. C'est la raison pour laquelle j'ai créé la reine des vampires, pour les ramener à la vie.Jean Rollin, merci beaucoup.
Oh c'est moi qui vous remercie, c'est avec plaisir.
Dossier réalisé
par Christian
De Coninck et Didier
Stefek
Photos de Frédéric
Duvivier
Les
illustrations et photos contenues sur ce site sont la propriété
de leurs éditeurs respectifs.
http://www.devildead.com
- devildead@devildead.com