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Palmarès 2002

LINA ROMAY

INTERVIEW DE LINA ROMAY

Le Festival de Bruxelles a décidé de mettre à l'honneur Jesus Franco votre compagnon et vous-même, par la même occasion. Aujourd'hui, quel regard jetez-vous sur votre carrière ? D'une manière générale, qu'est-ce que vous pourriez changer et que changeriez-vous ? Qu'est-ce qui vous a déçu ? Qu'est-ce qui vous a apporté énormément de satisfaction dans votre carrière ?
Je ne changerai rien. Peut-être que parfois je donne l'impression de ne pas avoir les idées très claires mais ce n'est qu'une impression. J'ai toujours été très contente de ce que je faisais et de la manière dont je le faisais. Peut-être que je changerais ma façon de jouer dans certains films parce que, bien sûr, maintenant j'ai évolué, je suis plus mûre et dans certains films, quand je me regarde, je me dis : "Ah merde ! Pourquoi j'ai fait ça comme cela ?". Mais je ne changerai pas ma trajectoire. Je n'ai jamais eu de problème ni pour la nudité, ni pour les scènes de sexe. A ce niveau-là, je ne changerai absolument rien.

C'est donc quelque chose que vous ne reniez absolument pas contrairement à certaines actrices de votre génération qui disent : "J'ai tourné la page, je ne veux plus qu'on en parle.". Dans votre cas, ça ne vous dérange pas du tout, vous êtes fière de ce que vous avez fait ?
Oui, oui, absolument. Et puis je trouve que la sexualité dans la vie est quelque chose de naturelle. Ce n'est pas une partie de ta vie que l'on peut couper, alors pourquoi renier quelque chose de si important ? Finalement, nous sommes ici grâce à la sexualité de nos parents. Je n'ai jamais eu aucun problème pour ça et je trouve stupide les gens qui disent : "J'ai fait ça mais maintenant, c'est fini !". Quand j'entend dire cela, je réponds : "Mais pourquoi tu ne te fais pas none ou curé, tu es en train de couper une partie importante de ta personnalité.".

En fait, c'était plus de l'exhibitionnisme artistique que vulgaire : le film est toujours situé dans un contexte, le sexe n'est pas un prétexte, c'est avant tout un moyen de faire évoluer le film et de montrer quelque chose de valorisant aux spectateurs.
Dans les films de Jess, le sexe n'est pas gratuit, c'est toujours très nécessaire pour l'histoire.

En fonction du regard que vous portez sur votre carrière, comment voyez-vous des actrices, que vous avez certainement côtoyées, comme Brigitte Lahaie ou Laura Gemser qui aégalement décidé de ne plus en parler ? Avez-vous encore des contacts avec elles. Les avez-vous connues, approchées ?
Je n'ai jamais connu Laura Gemser mais je connais bien Brigitte Lahaie. On n'a jamais travaillé ensemble mais je la connais. Ecoutez… je ne peux pas les juger. Moi je n'ai pas de problème avec ça mais je respecte l'opinion des autres personnes sinon ce serait de la dictature.

Qu'est-ce que ça vous a apporté personnellement ?
Beaucoup de choses. Ca m'a apporté la liberté parce que pour se sentir libre il faut être libre. Je crois que c'est très important. Ca m'a apporté aussi le bonheur de faire un métier que j'aime beaucoup et où je suis heureuse. Ca m'a apporté le bonheur de connaître Jess et d'être avec lui… Je suis folle amoureuse de lui, au cas ou quelqu'un ne le saurait pas encore. Ca m'a donné l'opportunité de connaître beaucoup de personnes biens et moins biens. Ca m'a apporté l'opportunité de voyager énormément. Enfin, que de la satisfaction.

Donc, on peut dire que vous vous sentez bien.
Oui, oui, tout à fait. Je me sens beaucoup mieux aujourd'hui qu'il y a 10 ans, par exemple.

Grâce à l'accueil que votre public actuel réserve à vos films ?
Bien sûr ça aide. Il y a eu un moment où personne ne me reconnaissait, personne ne me disait : "Merci beaucoup pour tel film". Si tu fais un métier pour intéresser le public et que tu n'as pas de public, ce n'est pas réjouissant. Oui, il faut bien dire que cela m'a motivée.

Ca vous pousse à aller beaucoup plus loin. Dans quelle direction justement ? Voulez-vous toujours être devant la caméra ou passer derrière la caméra ?
C'est une bonne question. Je compte toujours être devant la caméra parce que je suis comédienne. Je peux arrêter deux ou trois mois mais après, ça me manque. Je compte aussi passer derrière la caméra. D'ailleurs, je n'ai jamais arrêté d'être derrière la caméra.

Grâce à l'expérience acquise auprès de Jess et la vôtre, est-ce que vous n'avez pas envie de mettre tout cela à profit pour justement apporter quelque chose au genre, repérer des talents chez de nouvelles actrices ou acteurs et faire la même chose qu'on a fait avec vous ? Un héritage en fait.
Ca, ce serait prétentieux de ma part. D'abord, Jess a beaucoup de talent et moi je ne sais pas si j'ai du talent en tant que réalisatrice. Il faudra pourtant bien que j'essaie un jour mais pour l'instant, je n'ai pas encore sauté le pas car je ne me sens pas encore mûre. Ce n'est pas une question de connaissance car la technique c'est très bien mais le plus important c'est d'avoir des sentiments, c'est ce qui est en toi. Je ne suis pas encore tout à fait prête mais je commence à croire que je pourrais bientôt faire quelque chose... dans pas longtemps.
Quant à trouver quelqu'un pour passer la relève, Jess et moi essayons depuis pas mal de temps et nous croyons que nous avons trouvé une fille pour me remplacer mais ça ne dépend pas seulement de nous mais d'elle aussi.

Vous ne voulez pas nous dire son nom ?
Elle s'appelle Fata Morgana. Nous croyons qu'elle peut être très bien mais il faut qu'elle soit d'accord.

Comment l'avez-vous découverte ?
C'est une fille qui fait du théatre et du cirque. C'est une très bonne comédienne.

Parlons maintenant un peu de votre filmographie. Quel est le film, dans lequel vous avez joué, dont vous êtes le plus fière ?
Aucun. Il y a des films que je déteste complétement.

Lequel par exemple ?
Par exemple, je déteste le film LE RHINOCEROS BLANC. J'étais nulle sur ce tournage. Il y en a d'autres que je déteste moins mais je n'ai jamais vraiment aimé un film. Il y a des séquences que je trouve pas mal mais en général je n'aime pas les films dans leur intégralité, je me trouve toujours des défauts.

Si aujourd'hui je venais vous trouver en total inconnu et que je vous disais : "Présentez-moi Lina Romay à travers un film", lequel choisiriez-vous ?
Je ne sais pas du tout, aucune idée.

Toujours dans votre filmographie actuelle, quels sont vos projets ? Avez-vous encore des tournages prévus ?
D'abord, nous avons le tournage de la nouvelle version de L'HORRIBLE DR. ORLOF et puis un autre film qui s'appelle THE CASE OF THE FRIGHTENED LADY ainsi que deux ou trois choses qui sont encore en chantier.

Rassurez-nous, vous serez dedans ?
Ah oui, oui, oui ! J'espère.

Qu'est-ce qui vous motive encore aujourd'hui ?
Jouer la comédie… J'adore !

Si vous deviez dire un mot à vos fans…
Allez au cinéma, achetez des vidéos, regardez des DVD et surtout regardez ce que vous aimez, n'essayez pas de suivre le courant.

Actuellement, avec le DVD, on a l'occasion de redécouvrir vos films dans un format optimal. Malheureusement c'est encore très limité : en Europe il n'y a pratiquement aucune maison de production qui sort ces DVD, aux Etats-Unis pas de problème, il y a déjà une belle filmographie de Lina Romay mais ils sont difficiles à trouver du fait qu'ils s'arrachent comme des petits pains.
C'est très flatteur.

Il y a toujours eu des histoires ou des mythes concernant des remontages de certains de vos films, des scènes retournées contre votre gré. N'avez-vous pas envie de mordre les responsables ?
Les producteurs et les distributeurs sont très coriaces, je n'ai pas assez de dents pour les mordre.

Notamment pour les re-titrages de vos films…
Ils changent tellement souvent de titres que je n'arrive plus à savoir si je joue dans un film ou non. Mais je ne peux rien y faire et Jess non plus. Nous, les acteurs, nous sommes un peu des kamikazes, on fait de notre mieux mais nous sommes entre les mains des producteurs et des distributeurs, et malheureusement on ne peut rien faire.

Parlons de vos relations avec Jess. Parlez-nous un peu de votre première rencontre.
Je l'ai rencontré un peu par hasard, enfin pas tout à fait par hasard. Il tournait un film dans le Sud-Ouest de l'Espagne. Mon petit ami était son photographe de plateau alors je suis allée le voir et j'ai rencontré Jess dans l'ascenseur de l'hôtel. Le lendemain, il tournait une scène dans une boîte de nuit où il y avait de la figuration. Il m'a demandé : "Peux-tu te mettre là ?". J'ai dit oui, il m'a filmée en gros plan et ensuite, dans la salle de montage, il a dit : "Cette fille, quand même, elle a quelque chose !". Deux ou trois mois plus tard, il est allé à Barcelone, il a parlé avec mon petit ami et lui a demandé ce que je faisais. A ce moment, j'étais étudiante aux Beaux-Arts car je voulais faire de la poterie et je faisais également du théatre en catalan. Jess est venu voir une de mes pièce et il m'a dit : "Ecoute, j'ai un rôle qui irait bien pour toi. Es-tu intéressée ?". J'ai accepté et c'est comme cela que tout a commencé.

Est-ce grâce à cette formation théatrale que, sur grand écran, vous jouez avec une aisance et un naturel hors du commun ?
Je ne crois pas non, car la façon de travailler au théatre et la façon de travailler au cinéma est complètement différente. Au théatre, il faut exagérer ses mouvements sinon les personnes dans le fond de la salle ne te voient pas, tandis qu'au cinéma, il faut que tout vienne de l'intérieur.

Et vous pensez que c'est Jess qui a su tirer tout cela de vous ou bien c'est vous qui, même inconsciemment, étiez préparée à être actrice et, tout naturellement, ce talent est ressorti ?
Non, je crois que c'est Jess, surtout au début car j'étais complètement perdue. Les premiers jours j'avais vraiment la trouille, d'ailleurs je ne sais pas comment j'ai pu lire mes lignes de dialogues. Jess a réussi à me calmer et ça s'est bien passé.

Ca devait être plutôt flatteur pour vous puisqu'au travers des films de Jess, on remarque sa manière de mettre en valeur les actrices.
Bien sûr. Ce que je peux dire aussi de Jess c'est qu'il arrive à ressortir le meilleur de chacun et donner l'impression qu'il ne fait rien. Il sort tout ce qui est en toi sans avoir l'impression qu'il est en train de te vampiriser. Il te dirige tellement bien et tu as le sentiment que c'est naturel.

Comment ça se passe, un tournage avec Jess Franco en tant qu'actrice ? Est-ce qu'il y a une part d'improvisation ?
D'abord, il y a un scénario même s'il y a beaucoup de gens qui croient qu'on travaille sans scénario. D'habitude, je n'ai pas besoin de le lire parce qu'au fur et à mesure qu'il l'écrit, je le lis. Il me connaît très bien. Il ne m'a jamais forcée à faire quelque chose que je ne veux pas faire. On discute surtout sur les personnages car parfois, c'est très clair dans le scénario mais parfois c'est un peu aléatoire. Donc on discute, on se met d'accord et c'est parti, on tourne. Avant de tourner une séquence on répète un peu car, bien sûr, ce n'est pas possible de tourner avec d'autres acteurs sans avoir répété la scène. On dit nos dialogues sans improviser mais quelques fois on les change un peu, tout en gardant l'idée générale. Parfois, si au moment de dire : "Coupez !", il ne coupe pas et si tu es inspiré, tu te laisse aller et ça va…
Travailler avec Jess, c'est très confortable parce qu'il aime beaucoup les acteurs. En général il est très gentil, il essaie que l'on soit très à l'aise mais s'il crie c'est que ça ne va pas du tout. Mais on essaie de faire de notre mieux.

Un tout dernier mot concernant l'écriture. Apportez-vous votre touche personnelle dans le travail d'écriture de Jess et surtout est-il tolérant ?
Oui, il est très tolérant… avec moi du moins. J'essaie toujours de me mettre de son côté mais quelques fois lorsque j'interviens, c'est qu'il n'a pas pensé à quelque chose d'important ou peut-être qu'il y a pensé mais ce n'était pas bon et l'a rejeté. Je ne veux pas m'imposer.

Je tiens à vous remerciez pour votre gentillesse, votre sincérité, votre naturel, pour tout ce que vous nous apportez et pour tout ce que vous nous apporterez encore et je vous souhaite encore beaucoup de succès.
Merci beaucoup, ça me fait très plaisir.

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Dossier réalisé par Christian De Coninck et Didier Stefek
Photos de Frédéric Duvivier

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