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Le livre de la honte ?
Lorsque le livre est sorti, des comités féministes se sont ligués pour en dénoncer l’insoutenable violence dont sont victimes les personnages féminins, et plus généralement pour s’élever contre la perversité de Patrick Bateman.

La société d'édition Simon & Schuster a abandonné les droits de American Psycho malgré une coquette avance versée à son auteur, au profit de Vintage Books, qui a saisi l’occasion, mais qui s’est toutefois bien gardé de mener une campagne publicitaire lorsque le titre est paru et Bret Easton Ellis n’a pas eu l’occasion de dédicacer son ouvrage. 

Certaines librairies ont tout bonnement refusé de distribuer le livre à sa parution, et Bret Easton Ellis prétend même avoir reçu des menaces de mort et de nombreuses lettres indignées.

Les critiques détestent cet ouvrage, ils le prouvent encore en chroniquant le film, à croire que Bret Easton Ellis, en abordant le thème de la noirceur de l’âme humaine, a révélé une vérité quelque peu dérangeante dans les milieux bien pensants américains.

Nadia Derradji

Critique d'un livre dérangeant
American Psycho est sans doute l'un des rares romans de ces dernières années à avoir suscité autant de polémiques. Sur le thème ultra-rabaché du serial-killer, Bret Easton Ellis a pourtant réussi une oeuvre dérangeante.Certaines pages du bouquin naviguent entre la pornographie et le gore écoeurant, sans pour autant qu'il se réduise à une succession de scènes répugnantes. Le personnage principal et tueur en série à l'occasion, Patrick Bateman est la caricature même du yuppie des années 80 : il travaille à Wall Street, se préoccupe principalement de son aspect extérieur (vêtements, corps, visage) et les sujets de conversation qu'il tient avec ses congénères sont des modèles de superficialité et de discours politiquement corrects. On assiste donc à de longues réflexions sur le bien fondé du port de mocassins à gland avec les pantalons de couturier italien qui peuvent rebuter le lecteur de prime abord. De même, sortis hors de leur contexte, les apartés sur la discographie de Whitney Houston ou de Genesis, semblent lourds et ennuyeux mais il faut comprendre que c'est le patchwork de toutes ces scènes qui fait la complexité du personnage Patrick Bateman, sorte de Docteur Jekill et Mister Hyde des années fric. En poussant le raisonnement un peu plus loin, on peut même supputer que c'est sa vie de yuppie qui a fait du personnage le monstre ignoble qu'il est, même si le livre n'est pas politique au sens commun du terme. American Psycho n'est pas une lourde allégorie: regardez ces sales capitalistes qui, sous des dehors bien lisses, viennent nous égorger la nuit tombée. Par contre, le roman n'est assurément pas politiquement correct et s'est même vu affubler de tous les reproches: sexiste, homophobe... American Psycho ne laisse de toute façon pas ses lecteurs indifférents, à la fois par son contenu, bien évidemment mais aussi par le style de Bret Easton Ellis. Le roman n'a en effet pas de réelle intrigue et on ne fait que suivre les tribulations de Bateman, personnage d'autant plus ambigu qu'il n'est pas dépourvu d'humour et de clairvoyance sur ses congénères. C'est d'ailleurs ce qui sauve American Psycho de toutes ces accusations : l'humour, aussi noir soit-il, ramène le propos à une vaste blague, certes parfois de mauvais goût mais laissons le bon goût aux
amateurs d'Alexandre Jardin...

Rodolphe Donain


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